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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309416

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309416

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu les procédure suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023 sous le n° 2309416, Mme D C, représentée par Me Latékoué Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant du pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui a produit des pièces le 20 décembre 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 janvier 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023 sous le n° 2309418, M. A E, représenté par Me Latékoué Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant du pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui a produit des pièces le 10 janvier 2024.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 janvier 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fullana pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Fullana.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2309416 et n° 2309418 présentées par Mme C et M. E concernent les membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par le même jugement.

2. Mme C, ressortissante congolaise née le 6 décembre 1991, et M. E, ressortissant congolais né le 15 janvier 1987, sont entrés en France le 21 juillet 2020 selon leurs déclarations. Ils ont déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 9 février 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 31 août 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Ils demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 16 octobre 2023 par lesquels le préfet de la Loire leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, les arrêtés en litige ont été signés par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait à cet effet d'une délégation, par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français visent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles mentionnent également les éléments de fait relatifs à la situation propre des intéressés et notamment leur situation familiale et l'existence de plusieurs enfants du couple. A cet égard, si les deux plus jeunes enfants du couple ne sont pas mentionnés, il ne ressort pas des pièces des dossiers et n'est d'ailleurs par allégué par les requérants que ceux-ci en auraient informé les services de la préfecture. Dans ces conditions, les décisions d'éloignement sont suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Il ressort des pièces des dossiers que Mme C et M. E sont entrés en France, selon leurs déclarations, le 21 juillet 2020 avec leur fils, B né le 10 mars 2016, et que le couple a donné naissance en France à deux enfants, respectivement nés le 14 novembre 2020 et le 5 août 2022. Ils ne se prévalent d'aucune autre attache familiale ou personnelle sur le territoire français ni d'une insertion socio-professionnelle particulière. En outre, ils ne font état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, où ils ne démontrent pas être dépourvus d'attaches et ne fournissent aucune information sur le lieu de résidence de la première fille de M. E, Sephora, et de l'autre enfant du couple, Keren, respectivement nées le 8 septembre 2007 et le 23 septembre 2012 dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de la durée comme des conditions de leur séjour en France, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne portent pas au droit de Mme C et de M. E au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et ne méconnaissent ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, () l'intérieur supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, dès lors que rien ne s'oppose à ce que les enfants du couple en âge de l'être poursuivent leur scolarité dans leur pays d'origine et en l'absence de tout autre élément, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme C et M. E ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si les requérants exposent qu'ils encourent des risques de persécution en cas de retour dans leur pays d'origine en raison de leurs engagements politiques pour les droits humains, les documents produits, constitués principalement de certificats médicaux et d'une carte de défenseur des droits humains établie au nom de M. E, sont insuffisamment circonstanciés et probants pour remettre en cause l'appréciation des risques portée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile qui ont rejeté leur demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination méconnaitraient les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme C et M. E ne sont pas fondés à soutenir que les décisions du 16 octobre 2023 du préfet de la Loire sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation. Dès lors, leurs conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à la mise en œuvre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C et de M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A E et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La magistrate désignée,

M. FullanaLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,, 2309418

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