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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309446

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309446

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDAUBIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 novembre et 27 décembre 2023, Mme D F, représentée par Me Daubié, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " mention admission pour " raisons de santé " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- il a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne s'est pas interrogé sur la possibilité d'obtenir en Algérie un traitement à base d'iode ou une chirurgie envisagés par son médecin ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;

- il commet une erreur en indiquant qu'elle ne justifie pas d'attaches familiales intenses et stables en France ;

- le refus de titre et la mesure d'éloignement méconnaissent l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par une ordonnance du 28 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2024.

Mme F a été admise à l'aide juridictionnelle partielle, par une décision du 24 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté modifié du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D F, ressortissante algérienne née le 28 mars 1985, serait entrée régulièrement en France, le 21 mars 2022, sous couvert d'un visa de court séjour, selon ses déclarations. Elle a présenté une demande de certificat de résidence au regard de son état de santé. Par un arrêté du 28 août 2023, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme F demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens pour la mise en œuvre des stipulations précitées : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisent : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. ()".

3. Ensuite, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 juin 2023 selon lequel si l'état de santé de Mme F nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce traitement est disponible dans son pays d'origine à destination duquel elle peut voyager sans risque médical.

5. La requérante se prévaut alors du certificat médical établi par le docteur C du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne le 12 octobre 2022, faisant état de ce que l'intéressée, qui présente une maladie de Basedow, est asymptomatique sur le plan thyroïdien, que Mme F " est sous Optimizette. A priori elle est restée sous Neomercazole. " et que, s'il est toujours nécessaire de continuer le traitement, Mme F bénéficiera de Neomercazole ou d'une petite dose de PTU et d'autre part, " Une fois l'allaitement terminé, nous pourrons à ce moment-là arrêter le traitement pour faire un bilan complet thyroïdien avec une scintigraphie et décider d'un traitement plus radical : dose d'iode ou chirurgie. ". Elle se prévaut également d'un certificat médical du 16 mars 2023 qui mentionne la poursuite du traitement médical par Propilex. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le collège des médecins n'aurait pas procédé, pour émettre cet avis, à un examen complet de l'état de santé de la requérante qu'il lui appartenait de faire au regard des stipulations du 7. de l'article 6 l'accord franco-algérien, combinées avec les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, notamment quant aux traitements médicaux appropriés dont elle devait et pouvait bénéficier effectivement dans son pays. Par ailleurs, ces certificats médicaux, notamment concernant le traitement que l'intéressée serait susceptible de devoir bénéficier à l'issue de l'allaitement de son enfant après un bilan thyroïdien, et les autres pièces produites au dossier ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation ainsi portée par le préfet de la Loire au vu l'avis émis par le collège des médecins quant au fait qu'elle pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / ". Aux termes de 1'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Mme F soutient qu'elle est entrée en France, le 21 mars 2022, avec son époux et leur fille A, née le 1er septembre 2020 en Algérie, que son second enfant, B, est né en France, le 2 août 2022. Elle se prévaut notamment de la présence en France de son père et de ses oncles et tantes, de nationalité française et expose que le préfet a commis une erreur en indiquant qu'elle ne justifie pas d'attaches familiales intenses et stables en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le séjour en France de l'intéressée est récent. Il n'est pas établi que son époux serait en situation régulière sur le territoire national et elle ne justifie d'aucune intégration particulière en France. Aucune circonstance, notamment l'état de santé de l'intéressée, ne fait en outre obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité, et où notamment l'aînée des enfants pourra y être scolarisée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à son arrivée récente en France à l'âge de 37 ans. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la requérante n'est pas fondée à soutenir ni que le préfet de la Loire aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation en estimant qu'elle ne justifiait pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France, ni que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Compte tenu de ces éléments, cette décision ne méconnaît pas davantage l'intérêt supérieur de ses deux enfants, protégé par les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui disposait d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet 2023, et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté dès lors que, comme il a été dit ci-dessus, il n'est pas établi qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement médical approprié à son état de santé en Algérie.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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