vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309561 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | CARON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 11 et 13 novembre 2023, sous le n° 2309561, M. A C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Rhône en date du 10 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. C soutient que :
1°) s'agissant de l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
3°) s'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Les 14 et 15 novembre 2023, la préfète du Rhône a versé des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pineau pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023 :
- le rapport de M. Pineau, magistrat désigné ;
- les observations de Me Caron, avocate pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens en se désistant toutefois du moyen tiré de l'incompétence suite aux documents produits en défense. A l'appui du moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale, elle souligne que la cellule familiale de M. C s'est constituée en Ukraine qu'il a été contraint de quitter avec son épouse et les deux enfants de celle-ci, qu'il a vocation à bénéficier par ricochet de la protection de son épouse puisque la cellule familiale ne peut se reconstituer en Arménie où elle ne dispose d'aucune attache. Les enfants de son épouse, qu'il considère comme les siens, doivent également rester en France car ils ne peuvent le suivre en Arménie, pays que M. C a d'ailleurs quitté depuis de plusieurs années. S'agissant du refus de délai de départ volontaire, la décision est insuffisamment motivée s'agissant du risque de soustraction, il n'est pas une menace pour l'ordre public et sa situation personnelle et familiale aurait dû conduire à l'octroi d'un délai de départ volontaire. La situation familiale de M. C en France démontre le caractère disproportionné de l'interdiction de retour et cette décision fait également obstacle à ce qu'il puisse obtenir un visa dans l'espace Schengen.
- les observations de Mme B, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés. Elle rappelle que le requérant a fait l'objet d'un refus de séjour et d'une mesure d'éloignement en dépit desquels il s'est maintenu. S'agissant de son mariage avec une ressortissante ukrainienne, il n'avait pas fait mention de ce statut matrimonial lors de sa demande de titre de séjour et ne s'en est prévalu que lors de son recours contentieux et, depuis, le requérant a été interpellé pour des violences conjugales. Le requérant ne justifie donc pas de la stabilité de sa relation conjugale et il n'existe pas de communauté de vie à la date de la décision attaquée. Il ne démontre pas davantage être dépourvu de liens dans son pays d'origine et il a déclaré être aidé financièrement par sa famille qui réside en Arménie. S'agissant du refus de délai de départ volontaire, le requérant constitue une menace pour l'ordre public en raison des violences conjugales et il a en outre été placé en garde à vue pour des faits de tentative de vol par effraction. Un risque de soustraction est également démontré par l'absence de garanties de représentation, l'inexécution de la précédente mesure d'éloignement et ses déclarations s'opposant à la présente obligation de quitter le territoire français. L'interdiction de retour est proportionnée dans sa durée puisque l'entrée du requérant est récente, qu'il ne démontre pas l'existence de liens stables en France, que son comportement représente une menace pour l'ordre public et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant arménien né le 9 février 1986, déclare être entré en France au cours de l'année 2022 afin de quitter l'Ukraine où il séjournait avec son épouse et les deux enfants de cette dernière. Le 6 avril 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire. Par un arrêté du 13 septembre 2022, confirmé par un jugement du tribunal du 9 mai 2023, le préfet du Rhône a refusé d'admettre M. C au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par un arrêté du 3 juin 2023, la préfète de l'Ain a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Toutefois, par un jugement du 14 juin 2023, le tribunal a annulé la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français édictée par la préfète de l'Ain. Suite à son interpellation, la préfète du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à M. C, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois par un arrêté du 10 novembre 2023 dont M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation. Si le requérant avait été placé en rétention administrative par une décision du 10 novembre 2023, le juge de la liberté et de la détention a prononcé la levée de cette mesure et la préfète du Rhône a alors, par une décision du 10 novembre 2023, assigné M. C à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et indique les éléments déterminants qui ont conduit le préfet du Rhône à faire obligation de quitter le territoire français à M. C, à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, à fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement au pays dont l'intéressé a la nationalité ou tout pays où il est légalement admissible et à prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Les décisions attaquées comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et satisfont aux exigences prévues par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit ainsi être écarté.
4. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions en litige ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant. Contrairement à ce qui est soutenu, l'arrêté en litige mentionne les déclarations de M. C s'agissant de son mariage avec une ressortissante ukrainienne résidant régulièrement sur le territoire national et de la présence de trois enfants mais la préfète a néanmoins estimé que le requérant ne démontrait pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine compte tenu de sa situation. S'il est loisible au requérant de contester cette appréciation, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué puisque la situation matrimoniale du requérant, tel qu'il en avait fait état lors de son audition, a bien été prise en compte. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
6. M. C fait état de son mariage avec une ressortissante ukrainienne, intervenu le 17 juin 2021 et de ce qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation des deux enfants de son épouse qu'il considère comme les siens et il soutient que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Ukraine où il dispose d'un titre de séjour, en raison de la protection reconnue à son épouse et de la situation de guerre dans ce pays, ou en Arménie où son épouse est dépourvue de toute attache. Toutefois, le mariage du requérant demeure récent et il ressort des pièces du dossier qu'il n'existe pas de communauté de vie entre M. C et son épouse à la date de la décision contestée dans la mesure où il a indiqué être sans domicile fixe et ne pas résider avec cette dernière. De surcroît, il ressort des pièces produites en défense que les services de police sont intervenus au centre d'hébergement où résident l'épouse du requérant et les deux enfants de cette dernière suite à une rixe. Il ressort du procès-verbal de l'intervention du 27 août 2023 qu'un personnel du centre a été témoin d'une violente dispute entre le requérant et son épouse, sur le parking du centre d'hébergement. Interrogée, l'épouse du requérant a indiqué être en instance de séparation et elle a déclaré que le requérant, venu récupérer des affaires, lui aurait donné un coup au visage entrainant une lésion au niveau de la lèvre, constatée par les services de police. Si, lors de son audition, le requérant a contesté avoir frappé son épouse, il a néanmoins admis la dispute et lors de son audition ultérieure, après de son interpellation pour des faits de tentative de vol par effraction, être sans domicile et avoir cherché à s'introduire dans une habitation afin d'y dormir, circonstance démontrant l'absence de toute communauté de vie avec son épouse à la date de la décision attaquée. En outre, le requérant ne produit aucun justificatif ayant trait à sa situation matrimoniale, hormis un acte de mariage, dont il n'est pas contesté qu'elle n'avait pas été évoquée par M. C lors de sa demande de titre de séjour déposée en 2022. Par suite, M. C ne peut être regardé comme disposant d'attaches à la fois intenses et pérennes en France où sa présence demeure très récente et où il s'est maintenu irrégulièrement en dépit des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire prises à son encontre. Enfin, M. C n'apporte pas la preuve de ce qu'il ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale en Arménie où, nonobstant son installation en Ukraine, il a passé l'essentiel de son existence et où réside nécessairement des membres de sa famille puisque l'intéressé a évoqué un soutien financier de celle-ci. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Si M. C invoque la présence sur le territoire français des deux enfants de son épouse, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de ces enfants, nés en 2009 et 2012, ni qu'il entretiendrait avec eux des liens anciens et soutenus dès lors que son mariage avec leur mère demeure récent et qu'il ne vit pas avec ces enfants mineurs à la date de la décision attaquée. En outre, si M. C indique être le père d'un enfant né d'une précédente relation, il n'apparaît pas que cet enfant serait présent sur le territoire français, le requérant ayant formulé des indications contradictoires à cet égard au fil de ses différentes auditions et aucune pièce n'étant versé à l'instance s'agissant de cet enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées en relevant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifie pas d'un hébergement stable et établi sur le territoire français et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Le requérant soutient qu'il disposerait d'une adresse connue de l'administration, celle où son épouse réside, mais il ressort des déclarations de M. C, lors de son audition, qu'il a précisé être sans domicile fixe et l'attestation d'hébergement en centre d'hébergement qu'il verse à l'instance a trait à son épouse et à ses deux enfants, de telle sorte qu'il ne peut, en tout état de cause, être regardé comme disposant d'une résidence effective et permanente au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. C a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Ainsi, au regard de ces éléments et sans que la préfète du Rhône n'ait à motiver davantage sa décision, l'existence d'un risque de soustraction a pu valablement être retenue pour fonder la décision contestée, la situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'exposée précédemment, ne constituant pas des circonstances particulières au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, M. C s'est défavorablement fait connaître pour des faits de violences conjugales et des faits de tentative de vol par effraction pour lesquels il est personnellement mis en cause alors que sa présence demeure récente en France et, dès lors, la préfète du Rhône a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que son comportement constitue une menace pour l'ordre public de nature à justifier le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
12. M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre dès lors dans les cas prévus par l'article L. 612-6 précité, pour lesquels l'autorité administrative assortit son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Or, la situation personnelle du requérant, telle qu'elle a été exposée précédemment, ne relève pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées devant conduire à ce que la préfète s'abstienne de ne pas assortir la mesure d'éloignement sans délai d'une interdiction de retour sur le territoire français. S'agissant de la durée de cette interdiction, le requérant se prévaut de la présence en France de son épouse, bénéficiaire d'une protection temporaire en sa qualité de ressortissante ukrainienne et de celle de ses deux enfants mais il résulte de ce qui a été exposé précédemment qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait une communauté de vie entre M. C et son épouse à la date de la décision attaquée, ni qu'il entretiendrait avec les enfants de son épouse des liens particuliers, de telle sorte que le requérant ne peut être regardé comme disposant de liens d'une nature particulière sur le territoire français où sa présence demeure très récente, où il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et où son comportement constitue une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il a été exposé au point 11. Dans ces conditions, en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette durée ne présentant pas le caractère disproportionné invoqué puisque la durée de l'interdiction pouvait aller jusqu'à trente-six mois. Enfin, si M. C indique que l'inscription dans le système d'information Schengen induite par la décision attaquée constitue une mesure d'expulsion automatique de tout l'espace Schengen, une telle circonstance, qui est relative à l'exécution de cette mesure, demeure sans incidence sur la légalité de la décision contestée. En outre, dès lors qu'aucun obstacle ne s'oppose à ce que M. C poursuive son existence en Arménie, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2309561 de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Caron et à préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
N. Pineau
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026