mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FIRMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 novembre 2023 et les 24 avril et 5 août 2024, MM. A B, Aboubakar C et Bulakati D, représentés par Me Firmin, demandent au tribunal :
1°) de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le maire de la commune de Caluire-et-Cuire a ordonné l'évacuation totale et immédiate de l'immeuble situé au 16 rue Pierre Brunier à Caluire-et-Cuire et a interdit à toute personne de pénétrer dans les lieux, à l'exception des membres des services de secours et des personnes expressément et préalablement autorisées par l'autorité municipale ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Caluire-et-Cuire une somme de 1 200 euros à verser au conseil de MM. B et C au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation ;
- il est entaché d'un détournement de procédure ;
- il est entaché d'une erreur quant à l'appréciation du danger grave et imminent ;
- les mesures prises sont disproportionnées et portent atteinte à leurs libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 avril et 16 juillet 2024, la commune de Caluire-et-Cuire, représentée par la Selarl Philippe Petit et associés (Me Pyanet), conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par MM. B, C et D ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune de Lyon qui n'a pas produit d'observations.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leravat,
- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public,
- et les observations de Me Firmin, représentant MM. B, C et D.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 8 novembre 2023, le maire de la commune de Caluire-et-Cuire a ordonné l'évacuation totale et immédiate de l'immeuble situé au 16 rue Pierre Brunier à Caluire-et-Cuire, appartenant à la commune de Lyon, et a interdit à toute personne de pénétrer dans les lieux, à l'exception des membres des services de secours et des personnes expressément et préalablement autorisées par l'autorité municipale. MM. B, C et D, occupants sans droits ni titres de l'immeuble, demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. MM. C et B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 7 décembre 2023 et du 31 mai 2024. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre MM. C et B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
3. En revanche, M. D n'établit pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par conséquent, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'État qui y sont relatifs. " Aux termes de l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". Aux termes de l'article L. 2212-4 de ce code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / Il informe d'urgence le représentant de l'État dans le département et lui fait connaître les mesures qu'il a prescrites. "
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 2213-24 du même code : " Le maire prescrit la réparation ou la démolition des murs, bâtiments, édifices ou monuments funéraires menaçant ruine dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. "
6. Les pouvoirs de police générale reconnus au maire par les dispositions précitées des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, qui s'exercent dans l'hypothèse où le danger menaçant un immeuble résulte d'une cause qui lui est extérieure, sont distincts des pouvoirs qui lui sont conférés dans le cadre des procédures de péril ou de péril imminent régies par les articles L. 511-1 à L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, auxquels renvoie l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales, qui doivent être mis en œuvre lorsque le danger provoqué par un immeuble provient à titre prépondérant de causes qui lui sont propres. Toutefois, en présence d'une situation d'extrême urgence créant un péril particulièrement grave et imminent, le maire peut, quelle que soit la cause du danger, faire légalement usage de ses pouvoirs de police générale, et notamment prescrire l'exécution des mesures de sécurité qui sont nécessaires et appropriées.
7. En l'espèce, pour prendre l'arrêté attaqué le maire de la commune de Caluire-et-Cuire s'est fondé, en application de ses pouvoirs de police générale qu'il tire des dispositions citées au point 5, sur l'urgence à garantir la sécurité des personnes occupant l'immeuble, en raison de l'état d'insalubrité des lieux, du risque d'incendie du fait de raccordements électriques non-conformes, des planchers instables par certains endroits et de la fragilité structurelle du bâtiment.
8. Toutefois, si le diagnostic effectué par les services techniques de la commune, non daté, et le rapport d'intervention établi par les services de la police municipale le 7 novembre 2023 produits par la commune de Caluire-et-Cuire, font apparaître la vulnérabilité à l'humidité de la structure en pisé de l'immeuble, à l'origine d'un effondrement partiel en 2017, des traces d'infiltration d'eau, des fissures sur certaines façades, un réseau électrique non-conforme et l'absence d'alimentation en eau potable et d'issues de secours, il ressort des pièces du dossier et, en particulier des diagnostics de la structure du bâtiment réalisés à la demande de la commune de Lyon aux mois de juillet 2021 et de février 2024, ce dernier étant postérieur à la date de l'arrêté attaqué mais révélant des circonstances de fait qui lui sont antérieures, que des travaux d'urgence ont été entrepris à la suite de l'effondrement d'une partie de la façade ouest du bâtiment en août 2017, qu'en dépit des nombreux désordres affectant le bâtiment, les remontées capillaires en provenance du sol ne " présent(ent) pas de degré d'urgence quant à (s)a solidité " et qu'aucun des éléments de ce bâtiment n'est en état de ruine. En outre, le diagnostic structurel réalisé en 2021 fait état de " planchers () généralement en bon état ", à l'exception d'une " poutre " située au rez-de-chaussée, considérée comme étant en état de ruines, ce constat n'étant pas repris dans le diagnostic réalisé au cours de l'année 2024. Ainsi, si ces documents attestent de l'existence de risques, ils ne révèlent pas l'existence d'une situation d'extrême urgence créant un péril particulièrement grave et imminent à la date du 8 novembre 2023. Dans ces circonstances, le maire de la commune de Caluire-et-Cuire ne pouvait légalement faire usage de ses pouvoirs de police administrative générale pour prendre la mesure contestée. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté du 8 novembre 2023 est entaché d'une erreur de droit.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 8 novembre 2023 du maire de la commune de Caluire-et-Cuire doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
10. MM. B et C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Firmin, avocate de MM. B et C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la commune de Caluire-et-Cuire le versement à Me Firmin de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre MM. B, C et D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 8 novembre 2023 du maire de la commune de Caluire-et-Cuire est annulé.
Article 3 : La commune de Caluire-et-Cuire versera à Me Firmin la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à MM. B A, Aboubakar C, Bulakati D, à Me Firmin et à la commune de Caluire-et-Cuire.
Copie sera adressée pour information à la commune de Lyon.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
C. LERAVAT
La présidente,
V. VACCARO-PLANCHET
La greffière,
S. ROLLAND
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026