vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309663 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Rodrigues, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler :
- la décision, révélée le 12 avril 2023, par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour ;
- les décisions du 18 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 30 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié ", " travailleur temporaire " ou " étudiant ", et, dans l'attente, de le convoquer en préfecture dans un délai de huit jours afin de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de le convoquer en préfecture dans un délai de huit jours afin de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour :
- elle est révélée par l'attestation de dépôt d'une demande de titre de séjour ne valant pas autorisation provisoire de séjour qui lui a été remise à l'issue de son rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône le 12 avril 2023 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la préfète du Rhône ne lui a pas communiqué ses motifs dans le mois suivant la demande qu'il avait présentée le 11 septembre 2023 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il aurait dû se voir remettre un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour après avoir déposé, le 12 avril 2023, une première demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 12 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.
La préfète du Rhône a produit, le 7 février 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, un mémoire en défense qui n'a pas été communiqué.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2023.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Gueguen a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 juillet 2004, déclare être entré en France le 21 mars 2021. Le 12 avril 2023, l'intéressé, qui déclare avoir sollicité des services de la préfecture du Rhône la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est vu remettre une " attestation de dépôt d'une demande de titre de séjour " ne valant pas " autorisation provisoire de séjour ". Par un courrier du 1er septembre suivant, dont l'administration a accusé réception le 11 septembre 2023, M. A a sollicité la communication des motifs de la décision, révélée le 12 avril 2023, par laquelle la préfète du Rhône avait refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que ceux de la décision implicite de rejet née le 12 août 2023 du silence gardé pendant quatre mois sur sa demande de titre de séjour conformément aux dispositions combinées des articles R.* 432-1 et R. 432-2 du même code. Enfin, par des décisions du 18 septembre 2023, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions précitées des 12 avril et 18 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour :
2. Selon les termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance () de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que l'étranger qui sollicite pour la première fois la délivrance d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue du dépôt de sa demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture du Rhône le 12 avril 2023, M. A s'est vu remettre un document intitulé " attestation de dépôt d'une demande de titre de séjour " comprenant le visa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la mention selon laquelle cette " attestation ne (valait) pas autorisation provisoire de séjour ", la signature de l'agent(e) l'ayant remise à l'intéressé, le tampon du " bureau de l'accueil et de l'admission au séjour " de la direction des migrations et de l'intégration (DMI) de la préfecture du Rhône ainsi que l'information selon laquelle sa demande serait " considérée comme rejetée au terme d'un délai de quatre mois à compter de la date de (ce) dépôt ", conformément aux dispositions combinées des articles R.* 432-1 et R. 432-2 du même code, et les voies et délais de recours lui permettant le cas échéant de la contester. Alors qu'un tel document ne saurait être regardé comme le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 dudit code et révèle un refus de l'autorité préfectorale de le délivrer, le requérant soutient en l'espèce, sans être contredit, que sa demande du 12 avril 2023 constituait une première demande de titre de séjour, et la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction, n'établit ni même ne fait valoir l'incomplétude du dossier de la demande de l'intéressé. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en lui délivrant une simple attestation de dépôt d'une demande de titre de séjour ne valant pas autorisation provisoire de séjour, en lieu et place du récépissé de première demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour prévu par les dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône a entaché sa décision, ainsi révélée le 12 avril 2023, d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, en particulier les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour lui refuser tant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " que celle d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ". Par suite, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A. À cet égard, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale d'avoir considéré qu'il " ne poursui(vai)t () pas d'études supérieures mais seulement des études secondaires qu'il pourrait effectuer dans son pays d'origine " dès lors qu'il n'avait présenté, pour l'année 2023-2024, " qu'une promesse d'embauche en contrat d'apprentissage pour un titre professionnel peintre applicateur de revêtements techniques ", ", alors que la simple attestation de dépôt précitée, qui lui avait été remise le 12 avril 2023, " ne pouvait convaincre aucun employeur de l'embaucher ", le divergence d'analyse quant à l'appréciation de son droit au séjour au regard des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas de nature à établir le défaut d'examen allégué, alors au demeurant que la préfète du Rhône a également relevé que l'intéressé " ne justifi(ait) pas d'une entrée régulière sur le territoire français " et que, " entré en France postérieurement à son (seizième anniversaire), il n'avait " pas suivi une scolarité (sur le territoire national) sans interruption depuis au moins l'âge de (seize) ans ". De même, si M. A fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir " pris en compte à sa juste valeur la qualité de (s)a scolarité en cours et (s)a formation qualifiante ", ni " le fait (qu'il) n'avait plus aucune famille susceptible de l'accueillir en Guinée, ses deux parents étant décédés ", la divergence d'analyse quant à l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé et aux attaches qu'il aurait conservées dans son pays d'origine n'est pas davantage de nature à établir le défaut d'examen allégué, alors au demeurant que la préfète du Rhône a notamment relevé que le requérant n'était " pas démuni d'attaches privées et familiales en Guinée, son pays d'origine, où il a(vait) vécu l'essentiel de son existence, où (étaient) nécessairement ancrées ses attaches sociales et culturelles, où résid(ai)ent, selon ses déclarations, son frère et sa sœur, et où il pourra(it) reconstituer sa cellule familiale ". Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, tel qu'articulé, est infondé et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Et selon les termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".
7. Pour refuser de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sur le fondement des dispositions du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'avait pas présenté, à l'appui de sa demande, un passeport revêtu d'un visa de long séjour délivré par les autorités consulaires française conformément aux dispositions de l'article L. 412-1 du même code, ni entrepris une demande en ce sens. Par ailleurs, pour refuser à l'intéressé la délivrance de cette même carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 dudit code, l'autorité préfectorale s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que M. A ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français, d'autre part, de ce qu'il était entré en France postérieurement à son seizième anniversaire, de sorte qu'il n'y avait pas suivi une scolarité sans interruption depuis au moins l'âge de seize ans, et, enfin, de ce que n'ayant produit, pour l'année 2023-2024, qu'une promesse d'embauche en contrat d'apprentissage pour un titre professionnel " Peintre applicateur de revêtements techniques ", l'intéressé, qui avait obtenu un certificat d'aptitude professionnel (CAP) au mois de " juin 2023 ", ne poursuivait pas d'études supérieures en France mais seulement des études secondaires qu'il pourrait effectuer dans son pays d'origine.
8. En l'espèce, il est constant que M. A est entré sur le territoire français au cours de l'année 2021 sans être muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour, et s'il soutient que la " nécessité liée au déroulement des études est établie par les pièces du dossier " dès lors qu'il " préparait un titre professionnel en qualité de " peintre, applicateur de revêtements techniques " ", il ne conteste pas utilement le motif tiré de ce qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France, ledit motif étant, à lui-seul, de nature à justifier légalement le refus de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sur le fondement des deux premiers alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors au surplus que l'intéressé, qui suit des études secondaires, n'établit ni même n'allègue poursuivre ou avoir entrepris de poursuivre des études supérieures. Par ailleurs, si M. A se prévaut de ses " très bons résultats " obtenus dans le cadre de sa scolarité sur le territoire national, de l'obtention d'un CAP spécialité " Maçon " à l'issue de l'année scolaire 2022-2023, de la préparation d'un CAP " Peintre applicateur de revêtements techniques " au cours de l'année scolaire 2023-2024 et de la prise en charge dont il bénéficie en France, étant hébergé et soutenu financièrement par une connaissance, ces seuls élément ne sont pas de nature à démontrer que l'autorité préfectorale aurait fait une appréciation manifestement erronée de sa situation personnelle. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entacher sa décision d'une " erreur manifeste d'appréciation " que la préfète du Rhône a refusé au requérant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ".
9. En quatrième lieu, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
10. M. A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est présent en France depuis l'année 2021, qu'il y a été recueilli, alors qu'il était mineur, par une famille qui l'héberge et subvient à ses besoins, qu'il y a fait preuve de sérieux et d'assiduité dans le cadre de sa scolarité, qu'il y dispose désormais d'un projet professionnel abouti et qu'il se retrouvera en situation d'isolement en cas de retour dans son pays d'origine alors qu'il présente en outre une " vulnérabilité particulière " compte tenu de son parcours migratoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille, n'est présent sur le territoire français, où il est entré irrégulièrement à la date déclarée du 24 mars 2021, que depuis moins de trois années à la date de la décision en litige. Par ailleurs, si M. A verse notamment au débat les documents relatifs à sa scolarité au sein du lycée professionnel Tony Garnier de Bron pour les années scolaires 2021-2022 à 2023-2024, une attestation rédigée le 2 novembre 2022 par un professeur de maçonnerie faisant état de son sérieux et de son investissement lors de sa première année de CAP spécialité " Maçon ", une attestation rédigé le 1er février 2023 par le secrétaire de l'association " Ménival Football Club " pour l'année 2022-2023, les attestations d'hébergement et de prise en charge rédigées le 14 avril 2023 par une compatriote titulaire d'un titre de séjour dont la copie versée au débat n'est pas lisible, aux termes desquelles l'intéressée déclare l'héberger à Villeurbanne et s'engager à subvenir à ses frais de séjour à hauteur de 619 euros par mois, le relevé de note de son CAP spécialité " Maçon " délivré le 11 juillet 2023 ainsi qu'une promesse d'embauche au sein de la société Etandex datée du 17 juillet suivant, pour la période comprise entre le 4 septembre 2023 et le 31 juillet 2024, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage destiné à l'obtention d'un titre professionnel de " Peintre applicateur de revêtements techniques ", ces éléments ne suffisent pas à démontrer que le requérant aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national où il poursuit des études secondaires. Enfin, si l'intéressé fait état du décès de ses parents en Guinée " lors d'un accident de moto ", il n'établit cependant pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident, selon les termes non contestés de la décision attaquée, son frère et sa sœur, ni être dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale, la seule " attestation de passage " délivrée par Médecins du Monde le 24 mars 2023 et faisant état d'une dizaine de consultations entre le 7 juillet 2021 et le 10 février 2023 n'étant à cet égard pas de nature à corroborer sa " vulnérabilité " et les faits de " violences intrafamiliales " dont il allègue avoir été victime dans ce pays de la part d'une " belle-mère " et de " ses demi-frères ". Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, et en dépit de son investissement dans le cadre de ses études secondaires depuis le début de l'année 2022, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est infondé et doit être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.
11. En dernier lieu, selon les termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
12. En l'espèce, en se bornant à faire référence à l'ensemble des éléments relatifs à sa vie privée tels que relatés au point 10, M. A ne fait état d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si le requérant verse au débat l' " attestation de passage " précitée du 24 mars 2023, attestant d'une dizaine de consultations auprès de Médecins du Monde entre le 7 juillet 2021 et le 10 février 2023, ce seul document n'est pas, par lui-même, de nature à établir qu'il aurait été " victime de violences intra familiales puis de violences graves pendant son long périple jusqu'en Europe " ni qu'il aurait " souffert d'une oreille " et " définitivement perdu l'audition sur cette oreille ". Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Rhône a pu refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur leur fondement.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, en l'absence d'argumentation particulière, et en tenant compte des conséquences spécifiques de la mesure d'éloignement en litige, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 10.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision, révélée le 12 avril 2023, par laquelle la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la seule décision, révélée le 12 avril 2023, par laquelle la préfète du Rhône a refusé à M. A la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour, n'implique aucune des mesures d'exécution demandées par le requérant. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante pour l'essentiel, le versement à M. A d'une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision, révélée le 12 avril 2023, par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
Le rapporteur,
C. Gueguen
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026