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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309665

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309665

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Frery, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 août 2023 par lesquelles le préfet de l'Ardèche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet de l'Ardèche n'était ni présent, ni représenté.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les observations de Me Tronquet, substituant Me Frery, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né le 16 août 1999, déclare être entré en France le 13 octobre 2017, en compagnie de ses parents, respectivement nés les 18 juillet 1969 et 7 avril 1979 en Arménie, de l'une de ses deux sœurs, née le 28 juin 2002 en Arménie et de son frère, né le 6 février 2014 en Allemagne. Après avoir sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture du Rhône, l'intéressé, qui s'était vu remettre le 5 décembre 2017 une attestation de demande d'asile en " procédure Dublin " et dont le transfert aux autorités allemandes n'a pu être réalisé dans le délai imparti, s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 1er août 2018 et a, par suite, déposé une demande de protection internationale qui a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 24 mai 2019, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 14 novembre 2019. En suivant, par un arrêté du 23 octobre 2020, le préfet de l'Ardèche a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et l'a astreint à se présenter une fois par semaine auprès des services de la gendarmerie nationale d'Annonay. Le 3 avril 2023, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture de l'Ardèche la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, par des décisions du 17 août 2023, le préfet de l'Ardèche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, l'a astreint à se présenter trois fois par semaine auprès des service de la gendarmerie nationale d'Annonay et lui a ordonné de remettre son passeport ou tout justificatif de son identité aux services de la gendarmerie nationale du Teil. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions précitées du 17 août 2023 par lesquelles l'autorité préfectorale lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

2. Selon les termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit à cet égard que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

3. Les décisions contestées visent les textes dont elles font application, en particulier les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B sur lesquelles le préfet de l'Ardèche s'est fondé pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1, 3° du même code, pour fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que pour prononcer à son encontre, dans son principe et sa durée, une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 dudit code. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale, qui ne s'est pas " content(ée) de faire usage de formules stéréotypées ", ni de " termes () convenus et peu personnalisés ", ni même de " lister l'ensemble des faits (le) concernant () sans en tirer les conséquences ", mais a procédé à un examen approfondi du droit au séjour de l'intéressé au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour, n'était pas tenue de mentionner dans ses décisions l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, et notamment les " nombreux éléments de fait et () témoignages " ainsi que les " preuves de (son) () intégration socio-professionnelle ", que l'intéressé avait produit à l'appui de sa demande. Enfin, si le requérant fait grief au préfet de l'Ardèche de s'être contenté de relever qu'il n'était " pas protégé contre l'édiction d'une mesure d'éloignement en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code, qui au demeurant comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, sa motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Par suite, les décisions contestées, qui comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à M. B d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Ardèche n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. B. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la lecture de la décision en litige que l'autorité préfectorale ne s'est pas bornée à " reprodui(re) () à trois reprises " et " de manière identique " la " même argumentation " pour " écarter l'application des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais qu'elle a successivement procédé à l'examen approfondi du droit au séjour de l'intéressé au regard des dispositions des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du même code sur le fondement desquelles il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et la circonstance que le préfet de l'Ardèche ait notamment repris, lors de l'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale sur lesquels il s'était fondé pour lui refuser la délivrance de cette même carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 dudit code n'est à cet égard pas de nature à démontrer le défaut d'examen allégué dès lors que l'intéressé n'établit ni même n'allègue avoir fait état d'autres considérations humanitaires ou motifs exceptionnels à l'appui de sa demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 de ce même code. Enfin, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale d'avoir " élud(é) (d)es éléments importants tels que la qualité des témoignages produits et (son) parcours exemplaire () depuis son arrivée en France ", la divergence d'analyse quant à son droit au séjour sur le territoire français n'est pas davantage de nature à établir le défaut d'examen invoqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, tel qu'articulé, est infondé et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et selon les termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. M. B soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il a quitté son pays d'origine au cours de l'année 2012 et qu'il est présent en France depuis le mois d'octobre 2017, où il a démontré sa volonté d'intégration sociale et professionnelle en dépit de la barrière de la langue, où réside l'ensemble de sa famille, notamment ses sœurs et son frère qui y sont scolarisés, et où il a noué des liens intenses et stables. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français à la date déclarée du 13 octobre 2017, en compagnie de membres de sa famille, la durée de la présence en France de M. B n'est due qu'à son maintien en situation irrégulière, l'intéressé ne contestant pas s'être soustrait à la précédente mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet le 23 octobre 2020 suite au rejet de sa demande d'asile. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. B a été scolarisé en classe de première et de terminale littéraires au sein du lycée polyvalent Boissy d'Anglas d'Annonay entre les années scolaires 2017-2018 et 2019-2020, qu'il a obtenu un diplôme d'études en langue française (DELF) de niveau A2 le 23 juillet 2018, un diplôme approfondi de langue française (DALF) le 19 juin 2019, puis son diplôme du baccalauréat général série " Littéraire " le 29 septembre 2020 avant de s'inscrire en première année de licence " Langues étrangères appliquées " (LEA) parcours " Anglais-Allemand " au sein de l'Université Grenoble Alpes pour l'année universitaire 2021-2022, et si l'intéressé verse notamment au débat, outre ses bulletins de notes de lycée faisant en dernier lieu état de nombreuses absences et de ses " résultats satisfaisants ", ses avis d'impositions pour les années 2019 à 2022, une attestation d'hébergement rédigée le 17 septembre 2023, une " lettre de soutien en faveur de (s)a régularisation ", non datée et co-signée par une cinquantaine de " professeurs et camarades de classe " du lycée polyvalent Boissy d'Anglas d'Annonay, près d'une trentaine de témoignages rédigés aux mois de février, mars, octobre et novembre 2023, le certificat de scolarité de sa première sœur en première année de licence " LEA " parcours " Anglais-Allemand " au sein de l'Université Grenoble Alpes pour l'année universitaire 2023-2024, le certificat de scolarité de son frère en cours moyen 1ère année au sein de l'école primaire publique Saint-Exupéry pour l'année scolaire 2023-2024, le certificat de scolarité de sa seconde sœur, née le 14 janvier 2018 sur le territoire français, en classe de grande section au sein de la même école pour l'année scolaire 2023-2024, ainsi que les bulletins de salaire de ses parents pour les mois de juin à octobre 2023, ces éléments ne suffisent pas à démontrer que le requérant aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national à la date de la décision contestée. Enfin, M. B, célibataire et sans charge de famille sur le territoire français où il est entré après sa majorité, ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale dans tout autre pays que la France, et notamment en Arménie, pays dont l'ensemble des membres de sa famille ont la nationalité et où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions de son séjour en France, et en dépit de ses efforts d'intégration, le préfet de l'Ardèche n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B en lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont infondés et doivent être écartés.

7. En dernier lieu, selon les termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. En l'espèce, en se bornant à faire référence à l'ensemble des éléments relatifs à sa vie privée et familiale tels que relatés au point 6, M. B ne fait état d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel au sens et pour l'application des dispositions susmentionnées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Ardèche a pu refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur leur fondement. Par ailleurs, si le requérant se prévaut dans le cadre de la présente instance de deux promesses d'embauche en qualité " d'ouvrier " sous contrat à durée déterminée (CDI) à compter du 4 mai 2023 et en qualité de " serveur " sous contrat à durée déterminée (CDD) à compter du 9 octobre suivant, respectivement établies les 27 mars et 20 septembre 2023 par la société à responsabilité limitée (SARL) ESSIO Solution, spécialisée dans le domaine des travaux d'installation électrique, et la société par actions simplifiées (SAS) La Gentilhommière, et s'il ressort des termes de la décision contestée que l'intéressé avait également produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, une promesse d'embauche de la SAS Domaine de Manville datée du 27 mars 2023, d'une part, il n'établit ni même n'allègue justifier d'une expérience ou d'une qualification pour l'exercice d'une activité professionnelle en qualité " d'ouvrier ", et, d'autre part, alors même qu'il ressort des termes de la décision attaquée que " la situation de l'emploi pour des postes " d'employé de l'hôtellerie " (est) en tension en Drôme-Ardèche ", il ne justifie pas davantage d'une qualification et d'une expérience particulières pour l'exercice d'une activité professionnelle en qualité de " serveur ", et ce en dépit tant de l'exercice d'une activité de " commis de salle " du 13 décembre 2021 au 12 décembre 2022, dans le cadre d'un contrat de professionnalisation conclu avec la SAS Domaine de Manville en vue de de l'obtention d'un titre professionnel de " serveur en restauration - niveau 3 ", que de la production d'une lettre de recommandation non datée et d'une " Attestation de blocs de compétence du titre à finalité professionnelle de niveau - Serveur en restauration " délivrée le 29 mars 2023 et lui préconisant d'acquérir les connaissances et compétences manquantes par rapport au référentiel du titre professionnel précité, notamment par un complément de formation et le développement de ses compétences dans le cadre d'une expérience professionnelle complémentaire. Enfin, si M. B verse au débat un document relatif à la création d'un " compte salarié " chèque emploi-service universel (CESU) daté du 27 juillet 2020, les deux bulletins de salaire relatif à un " emploi familial " exercé au cours des mois de juillet 2020 et mars 2021 pour " financer " ses " projets artistiques " en photographie, ainsi qu'un contrat de commande d'auteur conclu le 15 janvier 2021 avec l'association " Compagnie La Baraka " en vue de la réalisation de portraits d'artistes au sein du Studio Chorégraphique de la chapelle Sainte-Marie d'Annonay le 29 janvier suivant, ces éléments ne sauraient davantage être regardés comme des motifs exceptionnels de nature à justifier la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser la situation du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par la délivrance d'une telle carte.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Ardèche n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. B. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale ne s'est pas bornée à édicter une obligation de quitter le territoire français " au seul motif " qu'il n'était " pas protégé " à l'encontre d'une telle mesure au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais au motif qu'il s'était vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que le lui permettaient les dispositions de l'article L. 611-1, 3° du même code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, tel qu'articulé, est infondé et doit être écarté.

11. En dernier lieu, en l'absence d'argumentation particulière, et en tenant compte des conséquences spécifiques de la mesure d'éloignement en litige, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 6.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

12. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que les décisions contestées devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles () L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

15. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de l'Ardèche, après avoir relevé que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que sa durée de présence en France de six années n'était due qu'à son maintien en situation irrégulière sur le territoire français, d'autre part, de ce qu'il n'y justifiait pas de liens personnels et familiaux forts, à l'exception de ses parents en situation irrégulière et de ses frères et sœurs, ni d'une expérience et d'une ancienneté d'emploi significatives, en outre, de ce qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 23 octobre 2020 suite au rejet de sa demande d'asile et s'était soustrait à son exécution, et, enfin, de ce que sa présence sur le territoire national ne représentait pas une menace pour l'ordre public.

17. En l'espèce, le requérant, qui ne conteste pas le principe même de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, soutient que le préfet de l'Ardèche aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il dispose de " liens personnels et familiaux forts en France ", qu'il y a " réalisé un parcours scolaire exemplaire ", qu'il " présente trois promesses d'embauche très sérieuses " et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 6 que la durée de présence en France de M. B n'y est due qu'à son maintien en situation irrégulière et que l'intéressé n'y justifie pas de liens privés et familiaux suffisamment anciens, intenses et stables à l'exception des membres de sa famille qui n'y disposent pas davantage d'un droit au séjour et ont également vocation à quitter le territoire national. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas avoir précédemment fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 octobre 2020, suite au rejet de sa demande de protection internationale. En outre, l'autorité préfectorale n'a édicté à l'encontre du requérant qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à deux ans. Par suite, et alors même que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Ardèche n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an, laquelle ne revêt pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné. Enfin, et en dépit de ses efforts d'intégration et des promesses d'embauche dont il se prévaut dans le cadre de la présente instance, l'autorité préfectorale n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'intéressé.

18. En dernier lieu, en l'absence d'argumentation particulière, et en tenant compte des conséquences spécifiques de la décision contestée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au points 6.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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