vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, M. A E D, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 5 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai de deux mois, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros hors taxes à verser à la SCP Couderc-Zouine au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour elle de renoncer à la part contributive de l'État.
M. D soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne la décision lui refusant un titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard au sérieux des études poursuivies ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la décision a été prise le 5 septembre 2023 et que la préfète a motivé sa décision par l'existence d'une perspective de retour " durant les congés estivaux " ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions antérieures.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit d'observations.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993, approuvée par la loi n° 94-532 du 28 juin 1994 et publiée par le décret n° 96-996 du 13 novembre 1996 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo ;
- les observations de Me Zouine, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant de la République du Congo, né le 19 avril 2003 déclare être entré en France le 21 mai 2019. Il a sollicité, le 3 mai 2022, la régularisation de sa situation par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par des décisions du 5 septembre 2023 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 31 mai 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
3. En premier lieu, l'article 4 de la convention franco-congolaise visée ci-dessus stipule que : " Pour un séjour de plus de trois mois, les ressortissants français à l'entrée sur le territoire congolais et les ressortissants congolais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ". L'article 9 de la même convention stipule que : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Enfin, aux termes des stipulations de l'article 13 de cette convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ".
4. Il est constant que M. D qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, ne remplit pas les conditions prévues par les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-congolaise pour obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Par ailleurs, l'intéressé soutient que la préfète du Rhône aurait dû à titre dérogatoire lui délivrer un tel titre de séjour et se prévaut de ce qu'il est entré mineur sur le territoire français, qu'il a suivi une scolarité sérieuse jusqu'à l'obtention de son baccalauréat et qu'il suit désormais de manière sérieuse des études de management de la logistique et des transports. Toutefois, si l'intéressé a produit à l'appui de sa demande une inscription en 1ère année de bachelor pour l'année 2022/2023, il ne justifie par aucun élément qu'il poursuivrait des études. Il ressort en outre des termes de la décision et n'est pas contesté par M. D, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas suivi une scolarité sans interruption depuis au-moins l'âge de 16 ans. Par ailleurs, la préfète du Rhône a relevé que l'intéressé a indiqué une fausse date de naissance lors de sa demande de titre de séjour et qu'il a ainsi tenté d'obtenir un titre de séjour au moyen d'un procédé frauduleux. Si l'intéressé reconnait dans ses écritures résider en France avec un passeport d'emprunt qui lui permettrait de voyager seul, et fait valoir qu'il a remis à la préfecture son acte de naissance et son passeport dont l'authenticité n'auraient pas été remises en cause, il ne verse pas ces pièces au débat et ne conteste pas qu'il a frauduleusement déclaré être né le 19 avril 2003, alors que tant le passeport présenté pour l'obtention d'un visa en mai 2019 que la demande de renouvellement d'un titre de séjour par son père en 2012 mentionnent une date de naissance le 19 avril 2000, de sorte que l'intéressé est entré majeur sur le territoire français. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer, à titre dérogatoire, un titre de séjour portant la mention " étudiant ".
5. En deuxième lieu, dès lors que M. D n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qu'en qualité d'étudiant et que la préfète du Rhône ne s'est pas prononcée sur son droit au séjour à un autre titre, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
6. En dernier lieu, si le requérant soutient qu'il a suivi une scolarité sérieuse témoignant d'une volonté d'insertion et d'intégration, il ne justifie pas, à l'exception du diplôme du baccalauréat produit à l'instance, de ses résultats en 1ère année de bachelor universitaire de technologie, ni qu'il suivrait cette formation avec assiduité. Par suite, et alors que l'intéressé ne justifie pas de l'impossibilité de solliciter un visa de long séjour pour régulariser sa situation, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D déclare être entré en France le 21 mai 2019, et qu'il n'a cherché à régulariser sa situation que le 3 mai 2022. S'il se prévaut de la présence en France de son père, de ses frères et sœurs, il est toutefois majeur et célibataire et ne justifie ni des liens qu'il entretient avec eux, ni d'autres liens intenses et stables sur le territoire, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays où résident sa mère et un autre frère, et où il a passé l'essentiel de son existence. Par ailleurs, il ne justifie pas à la date de la décision attaquée qu'il poursuivrait sa formation en bachelor, ni qu'il serait dans l'impossibilité de solliciter un visa de long séjour pour régulariser sa situation. Par suite, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la seule circonstance que la décision ait été édictée le 5 septembre 2023 et que la préfète du Rhône ait motivé sa décision par l'existence d'une perspective de retour " durant les congés estivaux " ne saurait caractériser l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour et de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, où siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
Le rapporteur,
C. Bertolo
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026