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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309838

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309838

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2023, Mme D A, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 novembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de procéder sans délai à l'effacement de son inscription au fichier système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise alors que la préfète du Rhône n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 33 de la convention de Genève et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'erreur d'appréciation.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 20 novembre 2023.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 décembre 2023.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Vray, pour Mme A, qui a repris ses conclusions et moyens.

La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée à l'audience.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 23 mars 1995, est entrée en France à la date déclarée du 30 novembre 2017 pour y solliciter l'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 avril 2020 et par la Cour nationale du droit d'asile le 25 février 2021. Elle a, entre temps, donné naissance à sa fille, prénommée C, le 4 novembre 2018. Mme A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 30 janvier 2023, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 février 2023. Alors qu'elle sollicitait à nouveau le réexamen de sa demande d'asile, la préfète du Rhône lui a, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait obligation de quitter le territoire français, octroyé un délai de départ volontaire de trente jours, fixé le pays de destination et édicté à son encontre une interdiction de retour d'une durée de six mois. Par sa requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône, dont il n'est pas établi qu'elle aurait eu connaissance de l'état de grossesse de la requérante à la date de l'arrêté contesté, n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Selon l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des Etat contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ". Et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ou à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ".

5. Tout d'abord, il résulte des dispositions précitées du c) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, du fait du rejet de sa première demande de réexamen de sa demande d'asile, Mme A ne disposait plus du droit de maintenir sur le territoire français en dépit du dépôt d'une seconde demande de réexamen. Ensuite, Mme A ne bénéficiant pas d'une protection internationale contre le refoulement, elle ne peut utilement invoquer les stipulations précitées de l'article 33 de la convention de Genève. Enfin, la requérante fait valoir qu'elle et sa fille née en novembre 2018 en France encourent des risques d'excision en cas de retour dans son pays d'origine, le Nigeria. Toutefois, ainsi que l'ont d'ailleurs relevé les autorités en charge de l'asile, Mme A n'apporte pas d'élément suffisamment précis permettant de tenir pour établi que l'excision est une pratique prévalant dans son environnement familial nigérian. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à invoquer la violation des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, selon le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. De première part, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de séparer la jeune C de sa mère. Ensuite, il n'est ni établi ni même allégué que cette enfant ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans des conditions normales au Nigeria. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 5 précédent que le risque d'excision n'est, au regard des pièces du dossier, pas avéré. Dès lors, c'est sans méconnaître l'intérêt supérieur de l'enfant que la préfète du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à Mme A à destination du Nigeria.

8. Enfin, selon l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Pour faire interdiction de retour à Mme A pendant six mois, la préfète du Rhône a relevé, d'une part, que l'intéressée est dépourvue de vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France, et, d'autre part, qu'elle n'a pas exécuté une obligation de quitter le territoire français édictée en 2021 par le préfet de la Charente-Maritime. Ainsi, et alors même que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète du Rhône lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant six mois.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, par suite, qu'être rejetées également.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée par la requérante au profit de son avocat sur le fondement combiné à celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La magistrate désignée,

A. B La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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