mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | HASSID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour comportant un droit au travail valable jusqu'à la nouvelle instruction de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;
- elle ne pouvait pas examiner sa situation au regard des dispositions de l'article L.435-1 sans commettre d'erreur de droit ;
- elle s'est sentie à tort en situation de compétence liée ;
- elle ne pouvait pas lui opposer la situation de l'emploi pour lui refuser de régulariser sa situation au titre de son activité professionnelle ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Par une ordonnance du 24 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 octobre suivant.
Un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2025, soit après la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda, première conseillère,
- et les observations de Me Cavalli, substituant Me Hassid, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 3 mars 1987, est entré sur le territoire français le 28 mai 2015, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable du 10 juin 2015 au 9 juin 2018. Le 8 juin 2018, il a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié. Par une décision du 24 mai 2019, la préfète du Rhône a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. La légalité de ces deux décisions a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 20 décembre 2019. Le 3 mars 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et sa demande est demeurée sans réponse. Par un jugement du 21 mars 2023, le tribunal a annulé la décision implicite de rejet de la préfète du Rhône et lui a enjoint de réexaminer sa situation. Par une décision du 20 septembre 2023, dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour.
2. En premier lieu, il ne ressort, ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Rhône, qui a examiné la situation professionnelle et personnelle du requérant, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, ni qu'elle se serait crue en situation de compétence liée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Dans la mesure ou l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point traité par l'accord bilatéral franco-marocain. Toutefois, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de régulariser un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
4. D'une part, si, comme il a été dit au point précédent, un ressortissant marocain ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est loisible au préfet d'examiner la situation de l'intéressé au regard des critères posés par ces dispositions dans le cadre de son pouvoir de régularisation. Alors qu'il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône a procédé ainsi pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. D'autre part, si M. B se prévaut de sa particulière insertion en faisant valoir son diplôme de spécialisation en mécanique agricole, ses expériences professionnelles au sein des sociétés Autoprestiges et Carrefour, sa présence au sein de la société qu'il a créée, JEM automobiles, depuis le 27 mai 2019, ces éléments ne suffisent pas à démontrer une particulière insertion professionnelle. Ainsi, la préfète du Rhône, qui pouvait notamment relever l'incohérence entre le contrat de travail de l'intéressé et ses fiches de paie dès lors que M. B ne travaillait plus au sein de la société JEM automobile en qualité de mécanicien mais en qualité de directeur général de cette société et soulever que ce métier ne figure pas dans la liste des métiers en tension fixée par l'arrêté du 1er avril 2021, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation par le travail.
6. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré pour la dernière fois en France le 28 mai 2015, à l'âge de 28 ans, sous couvert d'un titre de séjour " travailleur saisonnier ". S'il se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis huit ans, de ses quarante-huit fiches de paie, de sa formation et de ses expériences professionnelles et de la création de sa propre société, il ne justifie d'aucune attache personnelle ancienne, stable et intense en France alors qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 24 mai 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 20 décembre 2019. Par ailleurs, célibataire et sans charge de famille, il ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine, le Maroc, où il a vécu la majeure partie de son existence et où résident ses parents et son frère. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation, en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale.
7. En troisième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés, en l'absence d'argumentation particulière, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6. De même, la préfète du Rhône n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, première conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La rapporteure,
V. JordaLa présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026