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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309962

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309962

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023 sous le n° 2309962, M. C G D, représenté par la Selarl Bescou - Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le refus de titre de séjour qui lui est opposé est entaché d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'OFII ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de son enfant garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et résulte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour qu'il conteste entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire ;

- son éloignement ne pouvait légalement être prononcé dès lors qu'il peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français sur lesquels elles sont fondées entache d'illégalité les décisions fixant son délai de départ volontaire et son pays de renvoi.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 décembre 2023.

II. Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023 sous le n° 2309965, Mme A E épouse D, représentée par la Selarl Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de procéder au réexamen de situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le refus de titre de séjour qui lui est opposé est entaché d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'OFII ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de sa fille garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et résulte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour qu'elle conteste entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire ;

- son éloignement ne pouvait légalement être prononcé dès lors qu'elle peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français sur lesquels elles sont fondées entache d'illégalité les décisions fixant son délai de départ volontaire et son pays de renvoi.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 décembre 2023.

Vu les arrêtés critiqués et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Feron ;

- et les observations de Me Guillaume pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissants algériens respectivement nés en 1977 et 1988 et entrés en France en compagnie de leur fille F au mois d'avril 2018, M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 24 octobre 2023 par lesquels la préfète du Rhône a rejeté leur demande de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel ils pourraient être éloignés d'office.

2. Les requêtes visées ci-dessus sont relatives à la situation des membres d'un même couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Les arrêtés critiqués ont été signés par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation pour ce faire par un arrêté de la préfète du Rhône du 13 octobre 2023 publié le 16 octobre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés du 24 octobre 2023 doit être écarté.

4. Traduisant un examen particulier de la situation respective des requérants, les arrêtés attaqués, qui font état de la situation administrative, personnelle et familiale de M. et Mme D ainsi que de la situation particulière de leur fille, comportent les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'ils contiennent. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation des arrêtés en litige et du défaut d'examen de la situation des intéressés doivent être écartés.

En ce qui concerne les refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont applicables aux demandes de titre de séjour formées sur le fondement de ces dernières stipulations : " (Le) préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Il ressort des pièces produites au dossier que, contrairement à ce qu'allèguent les requérants, les décisions en litige ont été prises conformément à l'avis d'un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relatif au suivi médical de leur fille née en 2016 et émis le 27 juin 2023 au vu des conclusions du rapport établi le 30 mai précédent par un médecin qui n'a lui-même pas siégé au sein de ce collège. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être écarté.

7. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. et Mme D, la préfète du Rhône s'est fondée sur leur situation personnelle et familiale et sur l'avis du 27 juin 2023 mentionné ci-dessus selon lequel un défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de leur fille ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester ce refus, les requérants, outre l'état de santé et la scolarisation de leur fille, font valoir leur bonne intégration en France ainsi que l'exercice d'une activité professionnelle depuis 2020 par M. D, qui a signé un contrat de travail à durée indéterminée au mois d'octobre 2021. Toutefois, les éléments avancés par les requérants relatifs aux lésions de la face et de la malformation jugulaire de leur fille ainsi qu'aux interventions chirurgicales requises par sa situation, en particulier les sclérothérapies, ne suffisent pas pour contredire l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur la situation médicale de la jeune F et, alors que Mme D ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière, il est constant que les requérants sont entrés en France au mois d'avril 2018 sous couvert d'un visa de court séjour et ne s'y sont maintenus régulièrement qu'au bénéfice du titre de séjour qui leur a été délivré en vue d'assurer une prise en charge médicale de leur fille pour une durée que le collège des médecins de l'OFII avait estimée à 36 mois dans son avis du 2 septembre 2019. Dans ces conditions, les circonstances qui sont invoquées ne permettent pas de considérer que le refus de titre de séjour opposé aux requérants porte une atteinte excessive à leur vie privée et familiale au sens des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que ce refus méconnaît l'intérêt supérieur de leur enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ces circonstances ne permettent pas davantage de considérer que les refus critiqués sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de leur destinataire.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

8. Compte tenu de ce qui précède, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui leur a été opposé entache d'illégalité la décision prise sur son fondement et leur faisant obligation de quitter le territoire français.

9. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : / h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France ". Si M. et Mme D soutiennent qu'ils ne pouvaient légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lorsqu'ils remplissent les conditions posées par cet article pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence, ils ne justifient toutefois de la régularité de leur résidence en France après expiration de leur visa de court séjour qu'à compter du 2 septembre 2019, date d'effet du premier certificat de résidence qui leur a été délivré. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Si les requérants font valoir que l'obligation qui leur est faite de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que leur éloignement méconnaît l'intérêt supérieur de leur fille protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale des intéressés exposés au point 7.

En ce qui concerne les autres décisions :

11. Compte tenu de ce qui précède, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français qui leur sont opposés pour soutenir que les décisions fixant leur délai de départ volontaire et leur pays de destination sont elles-mêmes entachées d'illégalité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions dirigées contre les arrêtés de la préfète du Rhône du 24 octobre 2023, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2309962 de M. D est rejetée.

Article 2 : La requête n° 2309965 de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G D, à Mme A E épouse D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 28 juin 2024.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. Gille

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

Nos 2309962-2309965

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