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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310019

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310019

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 23 et 27 novembre 2023, M. D B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 5 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de vingt-quatre mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête de M. B A est irrecevable, dès lors qu'elle n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 23 novembre 2023, soit postérieurement au délai de recours contentieux de quarante-huit heures prévu par les dispositions des articles R. 776-2 et R. 776-4 du code de justice administrative qui avait commencé à courir le 5 août 2023, date à laquelle l'intéressé s'était vu notifier les décisions contestées du même jour qui comportaient la mention régulière des voies et délais de recours ;

- à titre subsidiaire, les décisions contestées ne sont entachées d'aucune illégalité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de M. Clément, greffier :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Vray, avocate d'astreinte, représentant M. B A, qui conclut aux mêmes fins et soutient, d'une part, que les décisions contestées sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle de l'intéressé, et, d'autre part, qu'elles méconnaissent son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est marié avec une compatriote, qu'il a deux enfants à charge, qu'ils résident séparément pour permettre à son épouse et leurs enfants de bénéficier d'un hébergement par le 115 et qu'il travaille dans le bâtiment sans contrat de travail ; elle indique également qu'elle laisse au tribunal le soin d'apprécier le bien-fondé de la fin de non-recevoir opposée en défense ; elle précise enfin au tribunal que le requérant continue de se présenter auprès des services de la police aux frontières de Lyon, ne sachant pas si l'assignation à résidence dont il a fait l'objet le 5 août 2023 pour une durée de quarante-cinq jours a été prolongée ;

- et les observations de M. B A, assisté de M. C, interprète en langue portugaise, qui déclare s'en remettre à l'appréciation du tribunal.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant angolais né le 27 décembre 1980, déclare être entré en France au cours de l'année " 2017 " ou le " 11 février 2018 ". Après avoir déposé, le 1er mars 2018, une demande d'asile qui a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 26 juin 2018, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 7 février 2019, l'intéressé a fait l'objet de décisions du 8 octobre 2019 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. Suite à son interpellation par les services de la police municipale le 4 août 2023 et son placement en garde à vue pour des faits de " refus d'obtempérer ", " violence aggravée ", " conduite sous l'empire d'un état alcoolique " et " défaut de permis de conduire " commis le jour-même place du 8 mai 1945 dans le 8ème arrondissement de Lyon, par décisions du 5 août suivant, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de vingt-quatre mois. Enfin, par un arrêté du même jour, l'autorité préfectorale l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours, où il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de sa situation administrative, en l'obligeant à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, entre 9 heures et 18 heures, auprès des services de la police aux frontières de Lyon, afin de faire constater qu'il respecter la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet et les démarches entreprises pour l'obtention de son document de voyage, et en lui interdisant de sortir de ce département sans autorisation.

2. D'une part, selon les termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles () L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; / 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues aux articles () L. 612-1 du même code ; / 3° Les interdictions de retour sur le territoire français prévues aux articles L. 612-6 () du même code () / 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 721-4 du même code ; / 5° Les décisions d'assignation à résidence prévues aux articles L. 731-1 () du même code. () "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 () le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". Selon les termes de l'article R. 776-4 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas () d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 () du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative. ". Par ailleurs, l'article R. 421-5 du même code prévoit que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Et aux termes de l'article R. 776-5 de ce code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles () R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ".

4. Il ressort des pièces produites en défense que les décisions précitées du 5 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a obligé M. B A à quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions combinées des article L. 611-1, 4° et L. 612-1, 1° et 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en application de l'article L. 721-4 du même code et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de vingt-quatre mois sur le fondement de l'article L. 612-6 dudit code, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel l'autorité préfectorale l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours en application de l'article L. 731-1, 1° de ce même code, qui comportaient respectivement la mention régulière des voies et délais de recours, ont été notifiées simultanément à l'intéressé par voie administrative le 5 août 2023, à 18 heures 00 et 18 heures 05, alors qu'il était assisté d'un interprète et qu'il avait préalablement déclaré comprendre et parler la langue française. Dans ces conditions, et ainsi que le fait valoir la préfète du Rhône, la requête de M. B A, qui n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 23 novembre 2023, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui avait commencé à courir le 5 août 2023, est tardive, la circonstance que l'intéressé ait produit, à l'appui de ses écritures, un formulaire de demande d'aide juridictionnelle rempli le 23 novembre 2023 étant à cet égard sans incidence. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie et la requête de M. B A, qui est irrecevable, ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

Le greffier

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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