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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310043

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310043

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantDOLICANIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Dolicanin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 31 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire, sous astreinte, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente et sous délai de quinze jours suivant la notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet de la Loire a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement est justifiée par les risques encourus en cas de retour en Macédoine.

L'intégralité de la procédure a été transmise au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- l'arrêté du préfet de la Loire du 2 mai 2023, publié le 3 mai 2023, portant délégation de signature à M. C Schuffenecker ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 janvier 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Dolicanin, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet de la Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023. Dès lors, il n'y a pas [0]de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de cette aide à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication. Il suit de là que les décisions attaquées ne sauraient être entachées d'incompétence au seul motif que le défendeur ne produit pas l'acte qui habilitait le délégataire à les signer. L'arrêté susvisé ayant été régulièrement publié et le tribunal s'étant assuré, au titre de son office, que M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, a agi dans les limites de la délégation qui lui a été consentie par l'arrêté susvisé du 2 mai 2023, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ".

5. Contrairement à ce que soutient M. A, la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Loire s'est fondé. A cet égard, la circonstance que ne soit pas mentionnée la date de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur l'état de santé du requérant, est sans incidence sur le respect de l'obligation formelle de motivation de la décision. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'acte attaqué doit donc être écarté.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, de nationalité macédonienne, souffre d'une insuffisance rénale terminale pour laquelle il bénéficie d'un suivi spécialisé et d'un lourd traitement médical impliquant notamment trois séances d'hémodialyse par semaine. Toutefois, si la gravité des conséquences d'un défaut de prise en charge de l'intéressé résulte nettement des documents médicaux joints à la requête, le requérant n'apporte aucun commencement de preuve en vue de démontrer qu'il ne pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Macédoine dont il est originaire et où il a vécu jusqu'en 2022. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire aurait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. A fait valoir qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Macédoine en raison de ses opinions politiques. Toutefois, ses déclarations relatives à ses engagements politiques et les mauvais traitements dont il aurait été victime, qui ne sont corroborées par aucune pièce, demeurent très générales et peu circonstanciées, et ne peuvent donc suffire à établir la réalité du risque qu'il invoque. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision fixant la Macédoine comme pays de destination serait contraire aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

10. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Selon l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

11. Dans le cadre du présent recours, M. A, qui ne produit pas la décision rendue par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne développe aucun argumentaire en vue de faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de cette décision et justifiant son maintien sur le territoire français le temps de l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. En outre, ainsi qu'il a été dit précédemment, la réalité des risques qu'il soutient encourir en cas de retour en Macédoine n'est pas établie. Les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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