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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310055

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310055

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023, M. D E B, représenté par la Selarl BS2A Bescou - Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays vers lequel il pourra être éloigné d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et de procéder dans le délai d'un mois au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'obligation de quitter le territoire qui lui est opposée résulte d'un défaut d'examen de sa situation, méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de sa fille protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et résulte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité les décisions lui refusant un délai de départ volontaire et fixant son pays de destination ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour qui y trouve son fondement ;

- l'interdiction de retour qui lui est opposée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de fait, résulte d'une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît la durée maximale prévue par l'article L. 612-6 de ce code ;

- l'interdiction de retour critiquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 février 2024 par une ordonnance du 1er février précédent.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 4 mars 2024.

Vu l'arrêté critiqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- et les observations de Me Guillaume pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1993, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté a été signé par Mme C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture, en vertu de la délégation qui lui a été donnée par un arrêté de la préfète du Rhône du 13 octobre 2023 publié le 16 octobre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 22 novembre 2023 doit être écarté.

3. Alors que l'arrêté attaqué fait état de façon circonstanciée de la situation administrative, personnelle et familiale du requérant et notamment des motifs pour lesquels il y a lieu de lui opposer une interdiction de retour, le moyen tiré par M. B du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Pour soutenir que les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence et de ses attaches familiales en France où il est entré en 2016, où il réside chez sa mère, où se trouvent également son père, son frère et sa sœur ainsi que sa fille A née en 2019 de sa relation avec une ressortissante roumaine dont il est séparé. Toutefois, et alors qu'il est constant que la jeune A a été confiée à l'aide sociale à l'enfance, le requérant n'assortit ses allégations d'aucune pièce justificative, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière et ne conteste pas les énonciations de la décision attaquée relatives aux infractions pénales qui lui sont reprochées et pour lesquelles il a été interpellé et placé en garde à vue ou encore aux mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2020 et en 2022 et auxquelles il n'a pas donné suite. Dans ces conditions, le moyen tiré, d'une part, de l'atteinte excessive que la décision en litige porterait au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant A protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Les circonstances dont il est fait état ne permettent pas davantage de considérer que la décision en litige résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination et le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qu'il conteste pour soutenir que les décisions critiquées qui y trouvent leur fondement sont elles-mêmes entachées d'illégalité.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. Eu égard à ce qui précède, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour qui y trouve son fondement.

9. Alors que, contrairement à ce qu'affirme M. B, la décision en litige ne fixe pas à 36 mois la durée de l'interdiction de retour en litige, il ressort des pièces du dossier que, pour opposer au requérant une interdiction de retour de deux ans, la préfète du Rhône s'est déterminée au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5 quant à sa situation personnelle ou familiale, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui opposant l'interdiction de retour en litige, ni à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B dirigées contre l'arrêté du 22 novembre 2023, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () ". Alors que, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font pour leur part obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. Gille

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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