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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310085

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310085

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Paquet, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 10 novembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de le convoquer dans un délai de 15 jours et de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à défaut d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'il est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ou à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le contrat de travail à durée indéterminée dont il bénéficie depuis le mois d'octobre 2021 a été suspendu par son employeur depuis le mois d'octobre 2023 du fait de l'absence de tout document administratif lui permettant de travailler ; il est ainsi privé de toute ressource ; il doit faire face aux charges afférentes à son logement et présente une dette locative ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un examen complet et sérieux de sa situation ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît le droit d'être entendu ; elle n'est pas motivée en droit ni en fait ; elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète ne peut fonder sa décision de refus de lui fixer un rendez-vous sur le seul fait qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement alors qu'il faisait valoir des éléments nouveaux ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- la requête n° 2310084 enregistrée le 24 novembre 2023 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gros, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet ;

- les observations de Me Paquet, représentant M. A, qui a repris ses écritures et a ajouté que la décision contestée doit être regardée comme un refus de titre de séjour qui n'a pas été précédé d'un examen réel et sérieux de la situation de M. A et méconnaît les stipulation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant angolais né le 11 septembre 1981, est entré en France en octobre 2015 muni d'un visa de court séjour. Sa demande de renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait, valable du 29 octobre 2020 au 28 octobre 2021, au regard de son état de santé, en application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée par une décision du 19 octobre 2022 assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 20 juillet 2023, le tribunal a rejeté le recours présenté par M. A contre ces décisions. M. A a formé un appel contre ce jugement. Le 13 juin 2023, M. A a présenté une demande de rendez-vous sur la plateforme dématérialisée " démarches simplifiées " en vue du dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision contestée du 10 novembre 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui fixer un rendez-vous.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

6. En l'espèce, M. A qui a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, fait valoir que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation dès lors notamment qu'alors qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le mois d'octobre 2021, son employeur a suspendu son contrat de travail depuis le mois d'octobre 2023 du fait de l'absence de tout document administratif lui permettant de travailler et qu'il est ainsi privé de toute ressource alors qu'il doit faire face aux charges afférentes à son logement et est désormais redevable d'une dette locative. Alors que la préfète du Rhône se borne à fait valoir que M. A a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 19 octobre 2022 et se trouve en situation irrégulière sur le territoire national, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

7. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète du Rhône a refusé de fixer un rendez-vous à M. A en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour au titre d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que " dans le cadre du dépôt d'un précédent dossier de demande de titre de séjour, une décision négative avec obligation de quitter le territoire français a été prise à [son] encontre " et " en présence d'une telle mesure, et en l'absence de circonstances nouvelles ". Ainsi, la préfète du Rhône s'est prononcée sur son droit au séjour sur le territoire français. Par suite, il y a lieu de considérer que la décision attaquée du 10 novembre 2023 qui refuse de fixer un rendez-vous à M. A refuse également de lui délivrer le titre de séjour demandé au motif qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne présente pas d'éléments nouveaux.

8. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation de M. A sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

9. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

10. La suspension prononcée implique que la demande de M. A soit réexaminée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu'il soit besoin, en l'état actuel de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y n'a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-l du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision de la préfète du Rhône du 10 novembre 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 12 décembre 2023.

La juge des référés,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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