mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2023, M. G A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry et représenté par Me Beligon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de faire mettre à disposition son dossier par la préfecture de l'Ain ;
3°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet doit justifier de la délégation du signataire de cet arrêté ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'ayant pas saisi le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration alors qu'il est épileptique et qu'il ne pourra pas être pris en charge dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, sa présence en France ne constituant pas une menace pour l'ordre public ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa situation personnelle et ses liens en France justifierait que la préfète l'admette au séjour pour des motifs humanitaires ;
- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son comportement ne constituant pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public et la préfète ne justifiant pas en quoi il risquerait de se soustraire à la mesure d'éloignement ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée puisqu'il n'a plus d'attache en Algérie et que l'ensemble de ses centres d'intérêts privés et familiaux sont en France.
Des pièces ont été produites par la préfète de l'Ain le 27 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme Marie Chapard les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 29 novembre 2023, Mme Marie Chapard a présenté son rapport, informé les parties de ce que le jugement à intervenir est susceptible de prononcer d'office une injonction à suppression par la préfète de l'Ain du signalement de M. A du système d'information Schengen sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et entendu :
- les observations de Me Beligon, pour M. A, soulevant un nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que M. A entretient des liens particulièrement forts avec la France où il vit depuis qu'il a 16 ans après avoir été recueilli par sa tante, de nationalité française, dans le cadre d'une kafala légalement établie ; qu'il n'a plus de lien avec l'Algérie, son père étant décédé et ne sachant rien de sa mère qui l'a abandonné ; que ses grands-parents sont en France avec un titre de séjour ; qu'il a suivi une partie de sa scolarité en France où il a obtenu un baccalauréat professionnel et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale pour les faits pour lesquels il est signalé,
- les observations de M. A, qui a soutenu être originaire de la région parisienne où il a vécu avec sa tante avec laquelle il a toujours des liens forts ; s'être rendu à Annecy pour suivre une formation, puis en Suisse pour travailler en tant que livreur de repas ; avoir des liens forts avec ses grands-parents, qui vivent aussi en région parisienne où il souhaite retourner ; ne pas nier les faits pour lesquels il est connu des services de police mais ne plus rien avoir à se reprocher depuis plusieurs années ; être accompagné par la Cimade pour entreprendre des démarches en vue d'obtenir un titre de séjour.
- et les observations de Me Tomasi, pour la préfète de l'Ain, faisant notamment valoir que l'ensemble des moyens soulevés sont infondés, que M. A a déjà fait l'objet de trois décisions portant obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas contestées et qu'il ne justifie pas avoir exécutées ; que le système de santé algérien pourra prendre en charge son épilepsie, dont il ne démontre par ailleurs pas la véracité ; qu'il ne démontre pas que sa mère ne serait plus en Algérie ; que son comportements constitue une menace pour l'ordre public, M. A faisant l'objet d'une vingtaine de signalements dans les fichiers de police ; que l'absence de délai de départ volontaire est fondée puisqu'il ne justifie pas d'un domicile stable et s'est soustrait à de précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire français et que l'interdiction de retour de trois ans n'est pas excessive au regard de la menace qu'il représente.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 28 août 1998, entré en France en 2014 muni d'un visa court séjour Schengen, demande l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, du dossier de M. A :
4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et l'ensemble des pièces de procédure ont été produites sur audience par l'administration. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. L'arrêté attaqué a été signé par M. E B, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui dispose d'une délégation de compétence en cas d'absence ou d'empêchement de M. F C, directeur de la citoyenneté et de l'intégration, par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 25 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs du même jour. Dès lors, et alors qu'il n'est pas soutenu que M. C aurait été présent en préfecture de l'Ain à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "
7. La décision portant obligation de quitter le territoire français en litige mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de M. A et les précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle fait également état d'éléments quant à sa situation personnelle, professionnelle et familiale. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de fait qui en constituent le fondement, la préfète n'était par ailleurs pas tenue de mentionner l'ensemble de la situation de l'intéressé. Cette décision satisfait ainsi à l'exigence de motivation prévue par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que la préfète n'aurait pas procédé, ainsi qu'elle y était tenue, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de sa situation.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. "
9. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré souffrir d'épilepsie, ce dont la préfète fait mention dans la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, il n'en ressort pas qu'il aurait produit à l'appui de ses déclarations de certificats médicaux susceptibles de les corroborer, ni que les informations qu'il a données lors de son audition par les services de police auraient été suffisamment précises et circonstanciées pour établir qu'il serait susceptible d'entrer dans le champ de la protection prévue par les dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 611-3 précité doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
11. M. A est entré en France sous couvert d'un visa valable jusqu'au 12 février 2015. Il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité de son visa et ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Il entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort également des pièces du dossier que M. A est connu des services de police pour une quinzaine de faits de dégradation de bien, de vol, de recel, de contrefaçon de marque, de transport non autorisé et trafic de stupéfiants, de revente de stupéfiants et de violation de domicile, faits qui auraient été commis entre 2017 et 2021. Il entre ainsi également, par la régularité de ces signalements et leur caractère récent, dans le champ d'application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de 25 ans, est entré en France en 2014, à l'âge de 16 ans. Il y a été recueilli par sa tante, de nationalité française, dans le cadre d'une kafala, et démontre y avoir suivi une scolarité. Il indique également, sans être sérieusement contesté, que son père est décédé quand il était enfant et n'entretenir aucun lien avec sa mère qui l'a abandonné. S'il fait état d'un diplôme en transport et logistique obtenu en France, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle, la promesse d'embauche produite n'étant pas circonstanciée. Dans ces conditions, et alors qu'il est célibataire et sans charge de famille, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En sixième lieu, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement. Or, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A lui permette de prétendre, de plein droit, à un titre de séjour en raison de son droit au respect de la vie privée et familiale et fasse ainsi obstacle à son éloignement. Ce moyen doit être écarté.
15. En sepième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
16. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans avoir demandé son admission au séjour. Il se trouve ainsi dans le cas où, en application du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de vérification du droit de séjour dressé le 24 novembre 2023 que M. A a déclaré ne pas pouvoir retourner en Algérie en cas d'éloignement. Il en ressort enfin qu'il a déjà fait l'objet de trois décision portant obligations de quitter le territoire français le 21 janvier 2020, le 9 novembre 2021 et le 20 juin 2022 qu'il n'a pas exécuté. Il se trouve ainsi également dans les cas où, en application du 4° et du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit dès lors être écarté.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
18. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
19. La préfète a refusé d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire. Il se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à en encontre. En revanche, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, soit la durée maximale, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant est en France depuis ses 16 ans, qu'il y réside donc depuis neuf années, qu'y est présente sa tante, de nationalité française, qui l'a recueilli dans le cadre d'une kafala dont il produit l'acte légal, qu'il a été scolarisé sur le territoire national et qu'y résident, de manière régulière, ses grands-parents, la préfète a, nonobstant le comportement de l'intéressé mentionné au point 11 du présent jugement, commis une erreur d'appréciation au regard de l'ensemble des critères fixés par les dispositions de l'article L. 612-10 précité.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est uniquement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire datée du 24 novembre 2023. Il n'est en revanche pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire datées du même jour.
21. Le présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire pendant trois ans, implique nécessairement l'effacement du signalement de M. A aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, effacement dont les modalités sont fixées par l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence de cette annulation, il y a donc lieu d'enjoindre d'office à la préfète, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder à cet effacement dans le cas où ce signalement aurait été effectué à la date du présent jugement, et ce dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.
Sur les frais liés au litige :
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. A, qui au demeurant a été admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
DÉCIDE :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision par laquelle la préfète de l'Ain a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 24 novembre 2023, annulée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et à la préfète de l'Ain.
Lu en audience publique le 29 novembre 2023.
Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés.
La magistrate désignée,
M. D,
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026