mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BELIGON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2023, M. D A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry et représenté par Me Beligon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de faire mettre à disposition son dossier par la préfecture de l'Isère ;
3°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire national pour une durée de deux ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet doit justifier de la délégation du signataire de cet arrêté ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation en fait et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant arrivé en France il y a plusieurs années, n'ayant plus d'attache en Roumanie et n'ayant jamais fait l'objet d'une condamnation ;
- elle méconnait le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute pour le préfet de pouvoir démontrer l'existence d'une menace grave pour l'ordre public ;
- aucune situation d'urgence ne nécessite que le préfet refuse de lui octroyer un délai de départ volontaire au sens de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision d'interdiction de circulation sur le territoire national pour une durée de 24 mois est disproportionnée au regard de l'atteinte qu'elle porte au droit à la libre circulation des citoyens européens sur le territoire de l'Union européenne ;
Des pièces ont été produites par le préfet de l'Isère le 28 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme Marie Chapard les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 29 novembre 2023, Mme Marie Chapard a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Beligon, pour M. A, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que les faits pour lesquels il a été interpellé ont été classés sans suite ; que la préfecture n'a pas cherché à connaitre la durée de son activité professionnelle en tant qu'ouvrier du bâtiment pour vérifier son droit au séjour, pas plus qu'à vérifier son état de santé alors qu'il a entrepris des démarches de reconnaissance de son handicap qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale,
- les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue roumaine, qui a soutenu être entré en France en 2022 pour travailler en Corse, vivre dans une maison abandonnée et de la distribution de l'aide alimentaire, ne plus exercer d'activité professionnelle dans l'attente que ses démarches pour faire refaire son passeport via le consulat aboutissent, avoir des enfants et des petits enfants en Roumanie, ne jamais avoir eu de problème avec la police avant les faits qui ont conduit à son interpellation et qu'il se conformera aux décisions du préfet si elles étaient confirmées par le tribunal,
- les observations de Me Tomasi, pour le préfet de l'Isère, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés et soutenant que l'éloignement de M. A, fondé sur la menace à l'ordre public en raison de plusieurs incidents et par la récente interpellation de l'intéressé pour des faits de menace avec une arme blanche, pourrait être aussi fondé sur le 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne justifiant plus d'aucun droit au séjour sur le territoire et représentant une charge pour le système national.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant roumain né le 22 septembre 1975, demande l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire national pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, du dossier de M. A :
4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et l'ensemble des pièces de procédure ont été produites sur audience par l'administration. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Nathalie Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture, qui dispose d'une délégation de compétence par un arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige mentionne la date d'arrivée en France de M. A, le 15 septembre 2022, son absence de famille sur le territoire national, le fait qu'il est père de trois enfants dont il n'a pas la charge, la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 1er mai 2022 sans l'exécuter et la menace que son comportement constitue pour l'ordre public. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de fait qui en constituent le fondement, le préfet n'étant par ailleurs pas tenu de mentionner l'ensemble de la situation de l'intéressé. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de M. A. Ce dernier n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de sa situation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "
8. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour obliger M. A à quitter le territoire, le préfet de l'Isère s'est fondée sur la menace que constitue sa présence pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé le 24 novembre 2023 et placé en garde à vue pour avoir menacé un homme à l'arme blanche, sur la voie publique, en plaçant un couteau sous sa gorge. Il en ressort également que M. A est par ailleurs connu des services de police pour des faits de destruction et dégradation de véhicule et de biens publics et qu'il a déjà été interpellé, le 30 avril 2022, en flagrant délit, pour des faits de violences aggravées. Dans ces conditions, et alors que sa présence en France est récente, qu'il se dit père de trois enfants dont il n'a pas la charge et qui se trouvent en Roumanie, qu'il ne dispose d'aucun autre moyen d'existence que la mendicité et l'aide alimentaire, qu'il est sans domicile et qu'il a déjà fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 1er mai 2022 qu'il ne justifie pas avoir exécutée, le préfet de l'Isère a légalement pu prononcer à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement quant à la menace que constitue le comportement de M. A pour l'ordre public et compte-tenu du fait qu'il a déjà fait l'objet, le 1er mai 2022, d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire qu'il ne démontre pas avoir exécutée, et en l'absence de toute insertion de l'intéressé sur le territoire français, le préfet de l'Isère justifie de la condition d'urgence, au sens des dispositions précitées, pour ne pas accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le préfet, en prenant à l'encontre de M. A, une décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire n'a commis aucune erreur d'appréciation et a correctement examiné sa situation personnelle.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2o ou 3o de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "
12. Compte tenu de ce qui a été dit au points 8 sur la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public que constitue la présence de M. A en France ainsi que de l'absence de liens familiaux dont disposerait l'intéressé sur le territoire et d'insertion dans la société française, le préfet de l'Isère n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en fixant à deux années la durée de l'interdiction de circulation en France qu'il a édictée. Eu égard aux circonstances exposées précédemment le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'une telle interdiction serait disproportionnée au regard de ses conséquences sur sa liberté de circulation, pas plus qu'il n'est fondé à soutenir qu'elle n'aurait pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2023 et des décisions qu'il contient.
Sur les frais liés au litige :
14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Isère.
Lu en audience publique le 29 novembre 2023.
Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés.
La magistrate désignée,
M. C,
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026