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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310120

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310120

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFERRON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête d'un professeur demandant l'annulation du refus de paiement d'heures supplémentaires effectives (HSE). Le tribunal a jugé que l'administration n'avait pas commis d'erreur de droit en procédant à une compensation annualisée des heures, conformément au décret du 20 août 2014. Il a également estimé que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet du recours gracieux n'était pas recevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 novembre 2023 et 5 juin 2024, M. B... A..., représenté par Me Ferron, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 13 avril 2023 par laquelle le recteur de l’académie de Lyon a rejeté sa demande de paiement d’heures supplémentaires effectives (HSE) sur les périodes du 20 au 23 septembre 2022, du 27 au 30 septembre 2022 et du 4 au 7 octobre 2022, ainsi que la décision implicite du 22 août 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) d’enjoindre au recteur de l’académie de Lyon de faire droit à sa demande de paiement d’heures supplémentaires effectives ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;
- le rectorat a commis une erreur de droit en opérant une compensation annualisée des heures hebdomadaires qu’il a effectuées en supplément de son obligation réglementaire de service, en méconnaissance du décret du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d’enseignement du second degré et du décret du 20 août 2014 portant modification de certains statuts particuliers des personnels enseignants relevant du ministre chargé de l’éducation nationale ;
- le recteur de l’académie a commis une erreur de fait et une erreur manifeste d’appréciation, dans la mesure où il était présent dans l’établissement sur demande écrite de son supérieur hiérarchique du 20 septembre au 7 octobre, qu’il ne lui appartient pas de démontrer qu’il était dans l’établissement sur la période du 1er au 16 septembre 2022, et qu’il ne peut se voir reproché d’avoir réalisé seulement quinze heures et non le maxima hebdomadaire de dix-huit heures puisqu’il appartenait au rectorat de compléter son service d’enseignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2024, le recteur de l’académie de Lyon conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens invoqués n’est fondé.

Par une ordonnance du 3 février 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 5 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 50-1253 du 6 octobre 1950 ;
- le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 ;
- le décret n° 2014-940 du 20 août 2014 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, première conseillère,
- les conclusions de Mme Eymaron, rapporteure publique,
- les observations de Me Ferron, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :


M. A..., professeur de lycée professionnel dans l’académie de Lyon, a demandé, le 13 janvier 2023, le paiement des heures supplémentaires effectives (HSE) qu’il estime avoir effectuées sur la période du 20 septembre au 7 octobre 2022, soit 41,40 heures. Par une décision du 13 avril 2023, le rectorat de l’académie de Lyon a rejeté cette demande. Le 20 juin 2023, M. A... a formé un recours gracieux à l’encontre de cette décision, reçu le 22 juin suivant, et une décision implicite de rejet est née deux mois plus tard du silence gardé par le rectorat, soit le 22 août 2023. Après la mise en œuvre d’une procédure de médiation préalable obligatoire n’ayant pas aboutie le 7 octobre 2023, M. A... demande au tribunal d’annuler la décision du 13 avril 2023 et la décision implicite née le 22 août 2023.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les vices propres de la décision implicite du 22 août 2023 :

Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l’encontre d’une décision administrative un recours gracieux devant l’auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L’exercice du recours gracieux n’ayant d’autre objet que d’inviter l’auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d’un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l’autorité administrative.

Il en résulte que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite du 22 août 2023 rejetant le recours gracieux formé par M. A..., qui est un vice propre de cette décision, ne peut être utilement invoqué.

En ce qui concerne le refus de paiement des heures supplémentaires effectives :

Aux termes du l’article 1er du décret du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d’enseignement du second degré : « Les dispositions du présent décret s’appliquent aux (…) professeurs de lycée professionnel régis par le décret du 6 novembre 1992 susvisé, sans préjudice des dispositions des articles 31 à 32 de ce même décret (…) ». Aux termes de l’article 2 de ce décret : « Dans le cadre de la réglementation applicable à l’ensemble des fonctionnaires en matière de temps de travail et dans celui de leurs statuts particuliers respectifs, les enseignants mentionnés à l’article 1er du présent décret sont tenus d’assurer, sur l’ensemble de l’année scolaire : / I. - Un service d’enseignement dont les maxima hebdomadaires sont les suivants : (…) 3° (…) professeurs de lycée professionnel : dix-huit heures ; (…) II. - Les missions liées au service d’enseignement qui comprennent les travaux de préparation et les recherches personnelles nécessaires à la réalisation des heures d’enseignement, l’aide et le suivi du travail personnel des élèves, leur évaluation, le conseil aux élèves dans le choix de leur projet d’orientation en collaboration avec les personnels d’éducation et d’orientation, les relations avec les parents d’élèves, le travail au sein d’équipes pédagogiques constituées d’enseignants ayant en charge les mêmes classes ou groupes d’élèves ou exerçant dans le même champ disciplinaire. Dans ce cadre, ils peuvent être appelés à travailler en équipe pluriprofessionnelle associant les personnels de santé, sociaux, d’orientation et d’éducation. (…) ». Selon l’article 1er du décret du 6 octobre 1950 fixant les taux de rémunération des heures supplémentaires d’enseignement effectuées par des personnels enseignants des établissements d’enseignement du second degré : « Les personnels visés par les décrets n° 50-581 et n° 50-582 du 25 mai 1950 susvisés et aux 1°, 2°, 3° et 4° du I de l’article 2 du décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d’enseignement du second degré dont les services hebdomadaires excèdent les maxima de services réglementaires (…) reçoivent, par heure supplémentaire et sous réserve des dispositions légales relatives au cumul des traitements et indemnités, une indemnité non soumise à retenue pour pension civile. (…) Les indemnités prévues au paragraphe premier ci-dessus sont attribuées dans les mêmes conditions aux professeurs de lycée professionnel régis par le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 modifié susvisé et aux professeurs d’enseignement général de collège visés par le décret du 14 mars 1986 susvisé. (…) ». L’article 5 de ce code prévoit : « Lorsque le service supplémentaire ne comporte pas un horaire régulier, chaque heure effectivement faite est rétribuée à raison de un trente-sixième de l’indemnité annuelle définie à l’article 2, le taux ainsi déterminé étant majoré de 25 %. Les heures consacrées, par les personnels enseignants, aux études dirigées ou à l’accompagnement éducatif sont rétribuées selon les mêmes modalités. Pour les personnels enseignants, les heures supplémentaires consacrées à des tâches de surveillance sont rémunérées à raison d’un trente-sixième du taux annuel de l’heure supplémentaire calculé dans les conditions prévues à l’article 2 modifié, le taux obtenu étant réduit de 50 % ». En vertu de l’article 32 du décret du 6 novembre 1992 relative au statut particulier des professeurs de lycée professionnel : « Par dérogation aux dispositions du décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d’enseignement du second degré, les professeurs de lycée professionnel qui exercent les fonctions de directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques sont tenus de fournir sans rémunération supplémentaire, dans l’ensemble de l’année scolaire, un maximum de service hebdomadaire de trente-neuf heures. / Ce service peut comprendre, avec accord de l’intéressé, des heures d’enseignement en formation initiale sous statut scolaire. Chaque heure d’enseignement est décomptée pour la valeur de deux heures pour l’application du maximum de service prévu à l’alinéa précédent. / Les professeurs de lycée professionnel peuvent exercer des fonctions d’assistance technique auprès des directeurs délégués aux formations professionnelles et technologiques. Ils sont alors soumis aux obligations de service prévues aux alinéas ci-dessus ». Enfin, l’article L. 711-1 du code général de la fonction publique prévoit : « La rémunération des agents publics exigible après service fait est liquidée selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique », et aux termes de l’article L. 711-2 de ce même code : « Il n’y a pas service fait : / 1° Lorsque l’agent public s’abstient d’effectuer tout ou partie de ses heures de service ; / 2° Lorsque l’agent, bien qu’effectuant ses heures de service, n’exécute pas tout ou partie de ses obligations de service ».

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) 6° Refusent un avantage dont l’attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l’obtenir ; (…) ».

Si la décision du 13 avril 2023 expose les motifs de fait pour lesquelles le recteur de l’académie de Lyon a décidé de ne pas faire droit à la demande de paiement des heures supplémentaires effectives réclamé par M. A..., elle est dépourvue de toute motivation en droit. Par suite, et alors que cette décision refuse un avantage dont l’attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l’obtenir, M. A... est fondée à soutenir qu’elle est insuffisamment motivée.

En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la mention d’une durée de service de « 10 h 50 » dans la décision en litige résulte d’une écriture comptable correspondant à une durée de dix heures et trente minutes, exprimée en centièmes d’heure. Cette mention ne saurait, dès lors, être regardée comme révélant une erreur dans l’évaluation du service assuré par M. A.... En outre, le requérant n’apporte aucun commencement de preuve permettant de mettre en doute la mention selon laquelle il n’était pas présent dans son établissement au-delà des dix-heures et demie d’enseignement du 1er au 16 septembre 2022. La décision en litige n’est, dès lors, entachée d’aucune erreur de fait.

En troisième lieu, l’administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l’excès de pouvoir que la décision dont l’annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l’auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d’apprécier s’il résulte de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision si elle s’était fondée initialement sur ce motif. Dans l’affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu’elle ne prive pas le requérant d’une garantie procédurale liée au motif substitué.

La décision en litige mentionne que l’obligation de présence de M. A... dans son établissement pour compléter son service du 1er septembre 2022 au 21 janvier 2023 aurait dû s’élever à 65 heures, alors qu’il réclame le paiement de 41 heures et demie d’heures supplémentaires, avant de conclure qu’il n’a pas honoré son obligation de service de dix-huit heures hebdomadaires sur « toute la période indiquée », raison pour laquelle il n’a pas lieu de faire droit à sa demande de paiement d’heures supplémentaires effectives. En tenant compte de l’ensemble des heures effectuées par M. A... sur la période du 1er septembre au 21 janvier 2023 pour calculer s’il pouvait prétendre au paiement d’heures supplémentaires effectives alors qu’il aurait dû, en application de l’article 1er du décret du 6 octobre 1950 susvisé, examiner si les services d’enseignement effectués par l’intéressé chaque semaine du 1er septembre au 7 octobre 2022 avait excédé ou non les maxima de service réglementaires, en l’occurrence dix-huit heures hebdomadaires, le recteur de l’académie de Lyon a commis une erreur de droit.

Toutefois, le recteur fait valoir qu’en tout état de cause, M. A... n’a pas effectué les heures dédiées à la mission d’assistance technique auprès des directeurs délégués aux formations professionnelles et technologiques, et que sa seule présence dans l’établissement ne peut donner lieu à rémunération, en application de l’article L. 711-2 du code général de la fonction publique.

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a assuré un service hebdomadaire d’enseignement de dix heures et demie sur la période du 19 septembre au 7 octobre 2022, alors qu’il était soumis à une obligation réglementaire de service fixée à un maximum de dix-huit heures. Alors que son chef d’établissement lui avait demandé, au début du mois de septembre 2022, de compléter son service en exerçant, à raison de quinze heures, les fonctions d’assistance technique auprès des directeurs délégués aux formations professionnelles et technologiques sur le fondement de l’article 32 du décret du 6 novembre 1992 relative au statut particulier des professeurs de lycée professionnel, M. A... a fait savoir qu’il refusait cette mission. Ainsi, s’il soutient avoir été présent au sein de l’établissement à la demande de son supérieur hiérarchique durant la période du 19 septembre au 7 octobre 2022, ce que ne conteste pas le recteur, il n’est pas établi ni même allégué qu’il aurait effectivement accompli les obligations inhérentes à l’exécution de la mission d’assistance technique qui lui avait été confiée par la lettre de mission du 8 septembre 2022, ce qui aurait, au demeurant, porté son obligation de service à trente-neuf heures hebdomadaires en vertu de l’article 32 du décret du 6 novembre 1992 susvisé. Par suite, faute d’avoir exécuté ses obligations de service sur la période du 20 au 23 septembre 2022, du 27 au 30 septembre 2022 et du 4 au 7 octobre 2022, M. A... n’est, en tout état de cause, pas fondé à réclamer le paiement d’heures supplémentaires, sans qu’il puisse utilement reprocher à son employeur de ne pas avoir complété son service d’enseignement pour atteindre le maxima de dix-huit heures hebdomadaires. Il résulte de l’instruction que le recteur de l’académie de Lyon aurait pris la même décision s’il s’était fondé sur ce motif, lequel ne prive pas M. A... d’une garantie.

Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que M. A... est seulement fondé à demander l’annulation de la décision du 13 avril 2023 pour insuffisance de motivation, et, par voie de conséquence, de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Au regard de ce qui a été dit au point 11, l’exécution du présent jugement n’implique pas qu’il soit fait droit à la demande de paiement d’heures supplémentaires effectives présentée par M. A.... Dès lors, il y a seulement lieu d’enjoindre au recteur de l’académie de Lyon de procéder au réexamen de cette demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :


Article 1er : La décision du 13 avril 2023 par laquelle le recteur de l’académie de Lyon a rejeté la demande de paiement d’heures supplémentaires effectives présentée par M. A... sur les périodes du 20 au 23 septembre 2022, du 27 au 30 septembre 2022 et du 4 au 7 octobre 2022, ainsi que la décision implicite du 22 août 2023 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l’académie de Lyon de procéder au réexamen de la demande de M. A..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l’académie de Lyon.


Délibéré après l’audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,
Mme Océane Viotti, première conseillère,
Mme Léa Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.


La rapporteure,





O. ViottiLe président,





H. Drouet

La greffière,





A. Villain


La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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