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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310188

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310188

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2023, Mme A B, représentée par la Selarl BS2A Bescou-Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- le refus de titre de séjour qu'elle conteste est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le refus de séjour critiqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur de droit ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire qu'elle conteste portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français critiqués entache d'illégalité les décisions prises sur leur fondement fixant son délai de départ volontaire et son pays de destination.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire, qui a produit des pièces enregistrées le 8 février 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 janvier 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet ;

- et les observations de Me Guillaume pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante arménienne née en 1958 et entrée en France au mois de janvier 2020, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de la Loire a rejeté la demande de titre de séjour qu'elle a présentée en raison de son état de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, en vertu de la délégation qui lui a été donnée par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 25 octobre 2023 doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Traduisant un examen particulier de la situation de Mme B, le refus de titre de séjour en litige, qui fait notamment état des attaches familiales de l'intéressée et de l'appréciation portée sur son état de santé au vu d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 5 mai 2023, comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si, par une erreur de plume, l'arrêté attaqué ne mentionne que la possibilité pour la requérante de voyager sans risque vers son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est également déterminé au vu de l'avis émis le 5 mai 2023 quant à la nécessité et aux possibilités d'un suivi de l'état de santé de la requérante. Par suite, les moyens tirés par Mme B du défaut d'examen de sa situation et de l'insuffisante motivation du refus de séjour critiqué doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue la requérante, la décision en litige a été prise conformément à l'avis d'un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 5 mai 2023 au vu des conclusions d'un rapport établi le 17 mars précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège. Dans ces conditions, le moyen tiré en ses diverses branches de l'irrégularité de la procédure suivie au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont se prévaut la requérante doit être écarté.

6. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, le préfet de la Loire s'est fondé sur l'avis du 5 mai 2023 mentionné ci-dessus selon lequel un défaut de prise en charge médicale de son état de santé ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Alors qu'ainsi qu'il a été dit, l'autorité préfectorale ne s'est pas déterminée au seul regard de la possibilité pour la requérante de voyager sans risques vers son pays d'origine, Mme B se borne à se prévaloir des titres de séjour qui lui ont précédemment été délivrés en raison de son état de santé et n'apporte aucune précision quant à la nature de la pathologie ayant justifié sa demande. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation que le préfet de la Loire aurait commises au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour soutenir que la décision attaquée porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, Mme B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, où elle est entrée au cours de l'année 2020, et de la présence sur le territoire national de ses enfants nés en 1984 et en 1988. Toutefois, il est constant que la requérante, qui n'y justifie pas au demeurant d'une intégration particulière, n'a été autorisée à séjourner en France qu'en raison de son état de santé initial et que son mari réside en Arménie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 62 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont il est fait état et tirées notamment de la prise en charge alléguée de la requérante par sa fille ne suffisent pas davantage pour considérer que le refus critiqué résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

9. Si les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce qu'un étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire lorsque son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et lorsqu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. Si Mme B soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante exposés au point 7.

En ce qui concerne les autres décisions :

11. Eu égard à ce qui précède, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste pour soutenir que les décisions prises sur leur fondement et fixant son délai de départ volontaire ainsi que son pays de destination sont elles-mêmes entachées d'illégalité.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet de la Loire du 25 octobre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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