jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BISALU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 et 30 novembre 2023 sous le n° 2310197, M. B A, représenté par Me Bisalu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, et d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la procédure contradictoire et le droit d'être entendu ont été méconnus ;
- son éloignement est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour et porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué procède d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive et que le requérant doit être regardé comme s'étant désisté de ses conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 3 décembre 2023 sous le n° 2310425, M. B A, représenté par Me Bisalu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2023 par lequel le Préfet de police lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au Préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées dans le délai de trente jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui restituer son passeport dans le même délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la procédure contradictoire et le droit d'être entendu ont été méconnus ;
- son éloignement est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour, porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs ;
- l'arrêté attaqué procède d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire enregistré le 9 février 2024, le Préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués sont pas fondés.
Vu les arrêtés critiqués et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Feron.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes visées ci-dessus sont relatives à la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
2. Ressortissant haïtien né en 1985, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office. M. A conteste également l'arrêté du 2 décembre 2023 par lequel le Préfet de police lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 11 octobre 2023 :
3. Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour () notifiées simultanément () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté critiqué, fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et faisant mention des voies et délais de recours, a été envoyé au requérant par les services de la préfecture de l'Ain à l'adresse que celui-ci leur avait lui-même indiquée dans sa demande de titre de séjour. Alors que le pli contenant l'arrêté du 11 octobre 2023 n'a pas été retiré par l'intéressé et a en conséquence été retourné à la préfecture le 19 octobre 2023, il ne ressort pas du dossier que le requérant a informé les services concernés de son changement d'adresse comme il lui appartenait de le faire et le délai de recours contre cet arrêté a commencé à courir à compter de cette notification. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain est fondée à soutenir que, n'ayant été enregistrées que le 28 novembre 2023, les conclusions de la requête de M. A dirigées contre l'arrêté du 11 octobre 2023 sont tardives et doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté du 2 décembre 2023 :
5. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Traduisant un examen de la situation personnelle du requérant en relevant notamment l'expiration du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé pour exécuter l'arrêté du 11 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, l'arrêté du 2 décembre 2023 faisant interdiction à M. A de retourner sur le territoire français pendant douze mois fait état des éléments de fait et de droit qui lui donnent son fondement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu par les services de police préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige et a été mis à même de présenter ses observations sur la perspective d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure contradictoire n'a pas été respectée doit être écarté.
9. Alors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté du 11 octobre 2023 portant refus de titre et obligation de quitter le territoire est devenu définitif, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cet arrêté pour soutenir que l'interdiction de retour en litige, qui n'a pas été prise pour l'application de cet arrêté du 11 octobre 2023, est elle-même entachée d'illégalité.
10. Alors que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi, il ressort des pièces du dossier que, pour opposer au requérant une interdiction de retour de douze mois, le Préfet de police s'est déterminé au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant à invoquer sa présence en France depuis 2019 et à faire état sans autres précisions ni justifications de la pathologie dont il déclare souffrir et de la présence en France de sa compagne et de deux de ses enfants, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour qu'il conteste résulte dans son principe ou sa durée d'une inexacte application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 5, ni à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du Préfet de police du 2 décembre 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2310197 de M. A est rejetée.
Article 2 : La requête n° 2310425 de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Ain et au Préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Feron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
C. Feron
Le président,
A. Gille
La greffière,
F. de Biasi
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain et au Préfet de police en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Nos 2310197-2310425
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026