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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310223

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310223

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de renvoi et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer dans le délai d'un mois un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de la munir sous huit jours d'une autorisation provisoire de séjour puis de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le refus de séjour en litige est entaché d'une erreur de droit dès lors que sa situation n'a pas été examinée au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour en litige portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour présente un caractère disproportionné et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 février 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet,

- et les observations de Me Vray pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante arménienne née en 2002, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration par intérim, en vertu de la délégation qui lui a été donnée par un arrêté de la préfète de l'Ain du 25 septembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 17 novembre 2023 doit être écarté.

3. Traduisant un examen de la situation particulière de la requérante, l'arrêté critiqué, qui fait en particulier état du fondement de la demande de titre de séjour de l'intéressée et de sa situation familiale, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation des décisions en litige et du défaut d'examen de la situation de la requérante doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Si Mme C soutient que la préfète de l'Ain a entaché sa décision d'illégalité en n'examinant pas sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sans se prévaloir du dispositif d'admission exceptionnelle au séjour prévu par cet article L. 435-1. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit que la préfète de l'Ain aurait ainsi commise doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Pour soutenir que les dispositions législatives et les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, Mme C se prévaut de sa résidence en France depuis l'année 2016, de la présence de ses parents et de son frère sur le territoire national, notamment de sa mère qui y séjourne de façon régulière, de sa bonne insertion, de la qualité de son parcours scolaire et de ses talents artistiques reconnus. Il est toutefois constant que Mme C a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire le 24 août 2021 qu'elle a vainement contestée et à laquelle elle n'a pas déféré et que son père fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Si Mme C fait valoir qu'elle poursuit désormais des études supérieures et que son talent artistique en tant que chanteuse lyrique est reconnu, ces circonstances ne suffisent pas pour caractériser une intégration socio-professionnelle particulière et la requérante ne justifie pas de la validation de sa première année du cursus d'études artistiques dans lequel elle était inscrite pour l'année universitaire 2022-2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré d'une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Les circonstances dont il est fait état et tirées notamment, outre sa situation familiale, des talents artistiques de l'intéressée ne suffisent pas davantage pour considérer que la décision en litige résulterait, au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C, d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter sans délai le territoire français :

7. Si Mme C soutient que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée viole les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante exposés au point 6.

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

9. Il est constant que Mme C s'est soustraite à l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet le 24 août 2021. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment quant à la situation de la requérante et alors que son entrée à l'âge de 14 ans et la durée de sa résidence en France ne suffisent pas en l'espèce pour caractériser des circonstances particulières au sens des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré par Mme C de ce que la préfète de l'Ain aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en ne lui accordant pas de délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes circonstanciés de l'arrêté en litige, que, pour opposer à la requérante une interdiction de retour d'un an sur le territoire français, la préfète de l'Ain s'est déterminée au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment quant à la situation personnelle et familiale de la requérante, qui n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet au mois d'août 2021, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de retour en litige porte dans son principe ou sa durée une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou que les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté de la préfète de l'Ain du 17 novembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme C à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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