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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310309

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310309

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023, M. A D, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions en date du 30 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celle-ci ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît les dispositions des articles L. 521-1, L. 521-7, L. 541-2, L. 542-2, L. 572-1 et L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- l'obligation de quitter le territoire français en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33 de la convention de Genève et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet du Nord a produit des pièces, enregistrées le 4 décembre 2023.

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné M. Richard-Rendolet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet, qui a présenté son rapport et a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, du fait de l'absence d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les observations de Me Petit, avocat, pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Tomasi, pour le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. D, requérant, assisté de M. C, interprète en langue kurde, qui indique être titulaire du statut de réfugié en Italie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant irakien, demande au tribunal d'annuler les décisions en date du 30 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. Il demande également, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celle-ci.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la recevabilité des conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement, et des décisions subséquentes :

3. Il résulte de la combinaison des articles L. 542-2 et L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office de protection des étrangers et du droit d'asile peut demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français et des décision subséquentes dont il fait l'objet jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou jusqu'à ce que celle-ci rende sa décision. En l'espèce, M. D n'ayant pas fait l'objet d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative à une demande d'asile qu'il aurait formulée, il n'est pas recevable à présenter de telles conclusions qui doivent nécessairement être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, en vertu de la délégation de signature qui lui a été donnée par un arrêté du préfet du Nord du 31 août 2023 publié le même jour au recueil n° 228 des actes administratifs de la préfecture du Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 30 novembre 2023 doit être écarté.

5. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord, à qui M. D n'avait pas fait connaître, lors de son audition par les services de police du 30 novembre 2023, qu'il était titulaire du statut de réfugié en Italie, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction des décisions en litige. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen dont seraient entachées ces décisions doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ". A cet égard, l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " En fonction de ses déclarations sur les motifs de son voyage, l'étranger dont le séjour ne présente pas un caractère familial ou privé présente selon les cas : / 1° Pour un séjour touristique, tout document de nature à établir l'objet et les conditions de ce séjour, notamment sa durée ; 2° Pour un voyage professionnel, tout document apportant des précisions sur sa profession ou sa qualité ainsi que sur les établissements ou organismes situés sur le territoire français par lesquels il est attendu ; / 3° Pour un séjour motivé par une hospitalisation, tout document justifiant qu'il satisfait aux conditions requises à l'article R. 6145-4 du code de la santé publique pour l'admission dans les établissements publics de santé, sauf dans le cas de malades ou blessés graves venant recevoir des soins en urgence dans un établissement français ; /4° Pour un séjour motivé par des travaux de recherche au sens de l'article L. 421-15, le titre de séjour délivré par un Etat membre de l'Union européenne, ou par la Principauté du Liechtenstein, la République d'Islande, le Royaume de Norvège ou la Confédération suisse, la convention d'accueil signée dans le même Etat ainsi que l'un des justificatifs prévus à l'article R. 313-2 ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 et modifiée en dernier lieu par l'article 2 du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 qui reprend les dispositions de l'article 5 du règlement (CE) n° 562/2006 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; () / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; / () ".

8. Enfin, aux termes de l'article R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'entrée en France est motivée par un transit, l'étranger est tenu de justifier qu'il satisfait aux conditions d'entrée dans le pays de destination ".

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord a entendu éloigner M. D du territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs, d'une part, qu'il ne pouvait justifier de ce qu'il remplissait les conditions énoncées à l'article R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, qu'il ne remplissait pas les conditions de l'article L. 311-1 du même code pour une entrée régulière sur le territoire français. M. D soutient qu'étant en possession d'un titre de séjour italien et d'un document de voyage en cours de validité, il justifie d'une entrée régulière en France. Toutefois, d'une part, l'intéressé ne justifie ni de l'objet et des conditions de son séjour en France ni disposer de moyens de subsistance suffisants, de sorte que son entrée sur le territoire français ne peut être considérée comme régulière en application des dispositions précitée, et d'autre part, alors qu'il ressort de l'audition de l'intéressé que son entrée en France est motivée par son souhait de rejoindre la Grande-Bretagne, il n'allègue ni ne démontre qu'il satisferait aux conditions d'entrée dans ce pays. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait commis une erreur de droit lorsqu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Il résulte de ces dispositions que le ressortissant étranger qui a manifesté son intention de demander l'asile ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant qu'il ait été mis en mesure de déposer sa demande et que celle-ci ait été examinée, ou que l'intéressé ait été effectivement transféré à l'État responsable de son examen.

11. Pour soutenir que ces dispositions auraient été méconnues, M. D expose avoir manifesté son intention de demander l'asile lors de son audition menée le 30 novembre 2023 par les services de police. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de cette audition, l'intéressé a exposé avoir quitté l'Irak au motif de " la crise économique ", n'a pas exprimé le souhait de déposer une demande d'asile en France, ni n'a exprimé de craintes pour sa vie ou sa sécurité en cas de décision fixant l'Irak comme pays de destination qui auraient pu être interprétées comme manifestant une volonté de demander une protection en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions des articles L. 521-1, L. 521-7, L. 541-2, L. 542-2, L. 572-1 et L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. D déclare être entré en France le 24 novembre 2023 en provenance d'Allemagne, dans le but d'entrer au Royaume-Uni. Il expose être en relation de concubinage avec une ressortissante ukrainienne vivant en Suède. Toutefois, aucun de ces éléments n'est de nature à établir que l'intéressé dispose d'une vie privée et familiale en France, ni qu'il justifie d'une insertion socio-professionnelle particulière sur le territoire. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte excessive que l'obligation de quitter le territoire en litige porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi. Par suite, les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ayant été abrogées au 1er janvier 2016, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté comme inopérant.

15. Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".

16. Si M. D démontre être titulaire du statut de réfugié en Italie et soutient pour cette raison ne pouvoir être éloigné à destination de l'Irak, il est constant que la décision attaquée prévoit qu'il pourra être éloigné à destination de tout pays dans lequel il établit être légalement admissible. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a suspendu l'exécution de la décision d'éloignement dans l'attente de la réponse des autorités italiennes à sa demande d'admission de l'intéressé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève.

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. M. D expose qu'il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains et dégradants en raison de sa confession chrétienne, risque qui a conduit à ce que la qualité de réfugié lui soit attribuée par les autorités italiennes. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 16, la décision attaquée prévoit que M. D pourra être éloigné à destination d'un autre pays que celui dont il a la nationalité. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

19. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour prise sur son fondement.

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

21. M. D fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre dès lors dans les cas prévus aux dispositions précitées, pour lesquels l'autorité préfectorale doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. La situation personnelle de M. D ne relève pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées devant conduire le préfet à s'abstenir d'assortir la mesure d'éloignement sans délai d'une interdiction de retour sur le territoire français. M. D, qui ne démontre pas la réalité du concubinage avec une ressortissante ukrainienne dont il se prévaut, est sans charge de famille et n'a aucune attache familiale en France. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 6 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

F-X. Richard-RendoletLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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