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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310311

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310311

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023, M. B A, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 29 novembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a fixé son pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 521-1 et L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit.

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 5 et 6 décembre 2023.

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné M. Richard-Rendolet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet ;

- les observations de Me Petit, avocat, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, et soutient en outre que la décision est entachée d'un vice de procédure, le principe général du droit d'être entendu ayant été méconnu ;

- les observations de Mme C, pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

- et les observations de M. A, requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire national par un jugement de la Cour d'appel de Chambéry en date du 13 février 2014. Par un arrêté du 8 janvier 2015, le préfet de la Savoie a ordonné l'expulsion de l'intéressé, expulsion réalisée à destination de l'Albanie le 5 février 2015. Le 28 novembre 2023, l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue pour les faits de conduite avec usage d'un faux permis de conduire, et a fait l'objet d'une décision de placement en rétention administrative prise le lendemain par la préfète du Rhône. Par une décision du 29 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation par le présent recours, la préfète du Rhône a fixé le pays de destination de l'intéressé.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La décision attaquée, qui fait notamment mention de l'interdiction définitive du territoire français à laquelle M. A a été condamné, ainsi que de l'absence d'éléments apportés par l'intéressé concernant son admissibilité dans un autre pays que celui dont il a la nationalité, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction de la décision en litige. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen dont serait entachée cette décision doivent être écartés.

4. Si M. A expose n'avoir pu formuler d'observations quant à son pays de renvoi avant que la décision en litige fût prise, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été auditionné à trois reprises le 28 et le 29 novembre 2023 par les services de police et qu'il a pu exprimer son souhait, consigné par écrit dans une fiche d'observations du 28 novembre, de ne pas retourner dans son pays d'origine. Par suite, le moyen du vice de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. A soutient qu'il encourt des risques pour sa sécurité en cas de retour en Albanie en raison de menaces pesant sur sa personne. Si M. A expose à l'audience être la cible potentielle d'un assassinat en raison de ses activités passées en Albanie, il ne ressort pas de son récit, peu circonstancié, que les menaces dont il fait état auraient un caractère vraisemblable. Par suite, M. A n'établit pas qu'il ne peut bénéficier de la protection de son pays d'origine ni qu'il serait susceptible d'être personnellement soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans ce pays. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.

7. Enfin, si M. A expose avoir manifesté sa volonté, lors de ses auditions par les services de police, de déposer une demande d'asile en France, il ressort des pièces du dossier que lors de ces auditions, après avoir soutenu être de nationalité bulgare, l'intéressé a fait état, en termes généraux, de menaces le concernant dans son pays d'origine, mais n'a pas expressément exprimé le souhait d'engager une démarche visant à obtenir l'asile en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 521-1 et L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 29 novembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a fixé son pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 6 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

F-X. Richard-RendoletLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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