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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310381

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310381

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCJA PUBLIC CHAVENT-MOUSEGHIAN-CAVROIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 décembre 2023 et 9 mai 2024, la SCI Le Murier, représentée par la SELARL CJA Public Chavent-Mouseghian-Cavrois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le maire de Décines-Charpieu a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réalisation d'un ensemble immobilier comprenant cinquante-sept logements et un local commercial sur un terrain situé 98 avenue Jean Jaurès, ainsi que la décision du 2 octobre 2023 par laquelle le maire a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Décines-Charpieu de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Décines-Charpieu la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les notices de sécurité et d'accessibilité étaient bien jointes au dossier de demande de permis de construire ; le motif de refus fondé sur l'absence de dossier spécifique ERP est ainsi entaché d'une erreur de fait ; il est également entaché d'une erreur de droit, l'affectation précise des locaux du rez-de-chaussée n'étant pas connue et aucune demande de pièce complémentaire n'ayant été formée par la commune ;

- l'absence de production des statuts d'une association syndicale des acquéreurs aurait pu conduire l'autorité administrative à considérer que le projet était soumis au statut de la copropriété ; en tout état de cause, ce document aurait dû faire l'objet d'une demande de pièce complémentaire ; au demeurant, elle a produit un projet de statut d'association syndicale libre à l'appui de son recours gracieux ;

- le dossier de demande de permis de construire était réputé complet en l'absence de demande de pièces complémentaires adressée par la commune ; en tout état de cause, les pièces du dossier ont permis au service instructeur d'apprécier la division projetée et aucune installation classée pour la protection de l'environnement n'était présente sur le terrain d'assiette du projet ;

- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article 2.2.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon applicable à la zone URm1 est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article 3.2.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm1 est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article 4.1.2 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm1 est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article 1.3.2.2.2 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 avril et 3 juin 2024, la commune de Décines-Charpieu, représentée par la SELARL Guitton et Dadon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, le refus est justifié par de nouveaux motifs, tirés de la méconnaissance des articles 2.5.4.1 et 2.5.4.4 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon, des articles 2.2.1.1 et 4.2.1 de ce règlement applicables à la zone URm1, des articles 3.3.1 de ce règlement applicables aux zones URm1 et URm2 et de l'article 2.4 de ce règlement applicable à la zone URm2.

Par une lettre du 4 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 19 juin 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 juillet 2024.

Les parties ont été informées le 27 septembre 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de ce que les dispositions de l'article 2.2.1.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm2 doivent être substituées à celles de l'article 2.2.1.1 de ce règlement applicable à la zone URm1 comme base légale de l'arrêté attaqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Mouseghian, représentant la SCI Le Murier, société requérante,

- et celles de Me Dadon, représentant la commune de Décines-Charpieu.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 mars 2023, la SCI Le Murier a déposé en mairie de Décines-Charpieu une demande de permis de construire portant sur la réalisation d'un ensemble immobilier comprenant cinquante-sept logements et un local commercial sur un terrain situé 98 avenue Jean Jaurès. Par un arrêté du 8 juin 2023, le maire de Décines-Charpieu a refusé de délivrer le permis ainsi sollicité. Par la présente requête, la SCI Le Murier demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision du 2 octobre 2023 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon applicable à la zone URm2 : " Règle générale 2.2.1.1 - Dans la bande de constructibilité principale / a. Implantation par rapport aux limites séparatives latérales / L'implantation des constructions est différenciée selon la largeur de façade du terrain : - en retrait* des deux limites séparatives latérales*, pour les terrains ayant une façade supérieure ou égale à 15 mètres en limite de référence* ; / () Le retrait* est au moins égal au tiers de la hauteur de façade* de la construction (R = Hf/3), avec un minimum de 4 mètres. / () / c. Adossement à une construction contigüe / Pour favoriser une meilleure insertion d'une construction, une implantation sur les limites séparatives latérales* est admise lorsqu'il s'agit de l'adosser à une construction principale implantée en limite séparative latérale sur un terrain contigu*. Dans ce cas, la construction nouvelle s'inscrit dans un gabarit défini par : - l'épaisseur de la construction contiguë, sans pouvoir être inférieure à 10 mètres, - un angle de 45°, établi selon les schémas ci-après. En outre, dans le triangle, inscrit dans l'angle à 45° et identifié dans les schémas ci-après, seules sont admises les parties de construction nécessaires aux rampes d'accès aux stationnements en sous-sol. () ". En vertu de l'article 2.2.2 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon : " Modalités de calcul et champ d'application du retrait / Le retrait est la distance, mesurée horizontalement entre tous les points de la façade de la construction et ceux correspondant à la projection verticale d'une limite séparative, qui sont situés à la même altimétrie. / Lorsque la valeur du retrait est exprimée proportionnellement à la hauteur de la construction, il y a lieu de prendre en considération la hauteur de façade (Hf) ". Enfin, les dispositions communes de ce règlement précisent que : " la façade d'un terrain est constituée par son linéaire situé sur la limite de référence ".

3. Le maire de Décines-Charpieu, qui a notamment pris l'arrêté contesté en raison de la méconnaissance de l'article 2.2.1.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm1 s'agissant de l'implantation du bâtiment A, ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions de cet article, ce bâtiment étant implanté en zone URm2.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. L'arrêté contesté trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article 2.2.1.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm2. Ces dispositions peuvent être substituées à celles de l'article 2.2.1.1 de ce règlement applicable à la zone URm1 dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver la société requérante d'une garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et, enfin, que les parties, informées par le tribunal par lettre du 27 septembre 2024 de ce qu'il était susceptible de procéder d'office à cette substitution de base légale, ont été en mesure de produire leurs observations sur ce point. Par conséquent, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale.

6. Il ressort des pièces du dossier que, alors que le terrain d'assiette du projet litigieux présente une façade de 30,69 mètres en limite de référence, le bâtiment A est implanté en retrait d'une seule limite séparative latérale, en méconnaissance de l'article 2.2.1.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm2. Si la société pétitionnaire fait valoir, dans le cadre de la présente instance, qu'elle a entendu faire application de la règle prévue par les dispositions précitées du c) de cet article en implantant le bâtiment A sur la limite séparative latérale ouest, dans le prolongement de la construction contiguë, il ressort toutefois des pièces du dossier que des balcons sont implantés au sein de l'espace formé par un angle à 45 °, délimité à partir de l'extrémité sud-est de cette construction, conformément aux schémas indiqués dans le règlement, alors que les dispositions précitées interdisent toute construction dans l'espace correspondant à cet angle, à l'exception des seules rampes d'accès aux stationnements en sous-sol. Par suite, alors que le projet ne respecte pas la règle prévue au c) de l'article 2.2.1.1 du règlement du PLU-H applicable à la zone URm2, en refusant la délivrance du permis de construire sollicité au motif que le bâtiment A est implanté sur une limite séparative latérale, le maire de Décines-Charpieu n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

7. Le motif tiré de la méconnaissance de l'article 2.2.1.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm2 étant, à lui seul, de nature à justifier légalement le refus de permis de construire, l'éventuelle illégalité des autres motifs de refus de l'autorisation d'urbanisme ne serait pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le maire de Décines-Charpieu aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le motif dont la légalité est confirmée au point 6 du présent jugement.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les substitutions de motifs sollicitées en défense par la commune de Décines-Charpieu, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 juin 2023 et de la décision du 2 octobre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Décines-Charpieu, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société requérante une somme à verser à la commune de Décines-Charpieu en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Le Murier est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Décines-Charpieu présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Le Murier et à la commune de Décines-Charpieu.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

F.-M. ALe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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