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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310394

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310394

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantLULÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2023, Mme D C, représentée par Me Lulé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour en litige est entaché d'un vice de procédure, faute de production de l'avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le rejet de sa demande de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et l'interdiction qui lui est faite de retourner sur le territoire français portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaissent l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle est fondée entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français, qui méconnaît également le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste entache d'illégalité les décisions fixant son pays de renvoi et lui opposant une interdiction de retour ;

- la fixation de son pays de renvoi et l'interdiction de retour en litige méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire, qui a produit des pièces enregistrées le 7 février 2024.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 décembre 2023.

Vu l'arrêté critiqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- et les observations de Me Lulé pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante albanaise née en 1995 et entrée en France au mois d'octobre 2016, Mme C conteste l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. Le préfet de la Loire ayant produit l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 22 septembre 2023 au vu duquel la décision en litige a été prise, le moyen relatif aux vices de procédure que la requérante infère de l'absence de production de cet avis ne peut qu'être écarté.

4. Pour refuser de faire droit à la demande de Mme C tendant à ce qu'un titre de séjour lui soit délivré en raison de son état de santé, le préfet de la Loire a fait sien l'avis du collège des médecins de l'OFII du 22 septembre 2023 selon lequel la requérante pourrait bénéficier effectivement en Albanie d'un suivi approprié de sa pathologie. Si Mme C se prévaut du suivi clinique et radiologique qu'implique la spléno-pancréatectomie qu'elle a dû subir au mois de mars 2022 en raison d'une tumeur de Frantz, les éléments produits, en particulier le certificat médical du 9 décembre 2022 rédigé en termes généraux, ne suffisent pas pour remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 22 septembre 2023 faisant état de la possibilité d'un suivi approprié et de la décision prise au vu de cet avis. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une inexacte application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / (.) ". Aux termes l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

6. Pour soutenir que les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, Mme C fait valoir, outre son état de santé, l'ancienneté de sa présence en France, où elle est entrée en 2015, où se trouvent ses parents et où elle vit auprès de ses enfants A et B qui y sont nés en 2017 et 2021. Toutefois, la requérante s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile en 2017, ne justifie d'aucune insertion professionnelle et ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué qui relève que son conjoint n'est pas autorisé à séjourner en France et qu'elle s'est soustraite à l'exécution d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 31 janvier 2018. Dans ces conditions et compte tenu également de ce qui a été dit au point 4, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour en litige porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Les circonstances qui sont invoquées ne permettent pas davantage de considérer que l'autorité préfectorale a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Compte tenu de ce qui précède, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige doit être annulée en raison de l'illégalité du refus de titre sur lequel elle se fonde.

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4 du présent jugement, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de ces dispositions pour soutenir qu'elle ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Compte tenu de ce qui précède, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire pour soutenir que la décision qui y trouve son fondement et fixant son pays de renvoi est entachée d'illégalité.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Si Mme C fait valoir les risques liés à l'absence d'un suivi approprié de la pathologie dont elle souffre en cas de retour en Albanie, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Eu égard à ce qui précède, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire entache d'illégalité l'interdiction de retour qui y trouve son fondement.

12. Si Mme C soutient que l'interdiction de retour d'une durée de 6 mois qui lui est opposée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'expose à des risques de traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de cette même convention, méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de la requérante exposés au point 6.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet de la Loire du 16 novembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. Gille

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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