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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310407

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310407

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023, M. A B, représenté par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de deux mois, et de procéder sans délai à l'effacement de la mention de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dans le fichier des personnes recherchées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le refus de séjour critiqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, ainsi que celles de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi, qui méconnaît également les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 octobre 2023.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet,

- et les observations de Me Lulé pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain né en 1959, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 28 août 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue le requérant, la décision en litige a été prise conformément à l'avis d'un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 27 juin 2023 au vu des conclusions d'un rapport établi le 14 juin précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège. Dans ces conditions, le moyen tiré en ses diverses branches de l'irrégularité de la procédure suivie au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont se prévaut le requérant doit être écarté.

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, la préfète du Rhône s'est fondée sur l'avis du 27 juin 2023 mentionné ci-dessus selon lequel l'état de santé du requérant pourrait faire l'objet d'un suivi approprié dans son pays d'origine. Si, pour contester cette décision, M. B se prévaut des exigences du suivi du cancer et de la cirrhose du foie dont il souffre et qui ont justifié une intervention chirurgicale en France au mois de septembre 2022, les circonstances dont fait état le requérant en termes généraux et relatives à l'impossibilité d'une prise en charge de son état de santé au Maroc ne suffisent pas pour remettre en cause le bien-fondé de l'avis collégial du 27 juin 2023 et de l'appréciation portée par l'autorité administrative au vu de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Pour soutenir que les dispositions législatives et les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, M. B se prévaut de son état de santé et de ses attaches familiales en France, où se trouvent en particulier deux de ses enfants. Toutefois et alors qu'il ne ressort pas du dossier, ainsi qu'il a été dit, que son état de santé ne pourrait faire l'objet d'une prise en charge appropriée au Maroc, M. B, qui est né en 1959, ne conteste pas les attaches familiales importantes que la décision en litige lui prête au Maroc, n'établit pas être pris en charge par l'un de ses enfants en France et n'y justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière. Dans ces conditions et compte tenu également des conditions et du caractère récent du séjour du requérant en France, le moyen tiré de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Les circonstances invoquées ne permettent pas davantage de considérer que l'autorité préfectorale a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences du refus critiqué sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour ".

9. Si M. B expose qu'il a quitté le territoire national avant que la décision portant obligation de quitter le territoire ne soit prononcée, cette circonstance ne faisait toutefois pas en elle-même obstacle à ce que le préfet du Rhône prenne cette décision sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent et en considération de ce que le requérant s'était vu refuser un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré par M. B de ce qu'une mesure d'éloignement ne pouvait lui être opposée sans méconnaître les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive " retour " n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 doit être écarté.

10. Si les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce qu'un étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire lorsque son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et lorsqu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

11. Eu égard à ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qu'il conteste entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi.

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Si M. B expose que les pathologies dont il souffre ne pourraient être prises en charge dans son pays d'origine, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations au regard des risques encourus par le requérant en cas de retour au Maroc doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète du Rhône du 28 août 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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