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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310427

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310427

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 5, 6 et 8 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient, dans le dernier état de ses moyens que :

-la décision attaquée méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son éloignement ne représente pas une perspective raisonnable.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné Mme Feron, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- les observations de Me Hmaida, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête en demandant en outre l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B, et présente un moyen nouveau tiré de ce que l'éloignement de celui-ci ne serait pas une perspective raisonnable ;

-les observations de M. B qui explique la nature de ses attaches en France et déclare ne pas être en état de voyager ;

-le préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 10 octobre 2001, déclare être entré en France le 12 juin 2017. Par un arrêté du 17 mai 2023, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif de Lyon dans son jugement n°2304036 du 25 mai 2023. Un appel a été interjeté le 25 juillet 2023 contre ce jugement. Par ailleurs, par un arrêté du 1er décembre 2023 dont M. B demande l'annulation dans la présente instance, la préfète de l'Ain a prolongé de quarante-cinq jours son assignation à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

4. M. B, qui a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai le 17 mai 2023, se trouve dans la situation prévue par les dispositions précitées d'être assigné à résidence pour une période quarante-cinq jours renouvelable une fois. Il soutient, d'une part, que son éloignement n'est pas une perspective raisonnable en raison de son état de santé. Il produit un certificat médical d'un médecin généraliste daté du 17 octobre 2023 attestant que son " état de santé () ne lui permet pas actuellement de se rendre au Sénégal ". Toutefois, ce seul certificat, très peu circonstancié et antérieur de six semaines à la décision attaquée, ne suffit pas à démontrer que son éloignement ne serait pas une perspective raisonnable à la date de la décision d'assignation en litige. S'il fait d'autre part valoir ses attaches personnelles et professionnelles en France où il déclare résider depuis l'âge de 15 ans, il ne démontre pas en quoi les modalités de la décision d'assignation en litige, en vertu desquelles il doit se présenter trois fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Ambérieu-en-Bugey, l'empêcheraient d'exercer ses activités habituelles et porteraient ainsi atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les deux moyens présentés par M. B doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2023 doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Copie en sera adressée à Me Hmaida.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

La magistrate désignée,

C. FERON La greffière,

E. GROS

La République mande et ordonne la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Une greffière,

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