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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310453

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310453

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Nicolas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 27 novembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;

- il en va de même de la décision fixant le pays de renvoi.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 janvier 2024, M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 janvier 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Nicolas, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens à l'exclusion du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions qu'il déclare abandonner.

La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 janvier 2024, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions tendant à l'attribution provisoire de cette aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 (). ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

4. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. M. C, de nationalité albanaise, est entré en France pour la dernière fois en 2018 avec sa compagne et leurs deux premiers enfants. Une troisième enfant, A, est née sur le territoire français en 2021. La demande d'asile de M. C a été rejetée en dernier lieu le 29 novembre 2018. Pour soutenir que la décision porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, M. C fait valoir que la jeune A souffre d'une maladie génétique à l'origine de polymalformations nécessitant un suivi médical intense sur le territoire français. Il ressort en effet des nombreuses pièces médicales jointes au dossier que la fille du requérant est porteuse du syndrome de Crouzon. Elle a subi de nombreuses interventions chirurgicales depuis sa naissance, destinées à remédier à de multiples malformations, notamment du crâne, et à leurs conséquences. Selon les pièces médicales les plus récentes, la jeune A nécessite toujours un suivi pluridisciplinaire, à raison de nombreuses séances par semaine d'orthophonie, de kinésithérapie et de psychomotricité. Pour sévère que soit la pathologie affectant l'enfant et pour intense que soit son suivi médical, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas soutenu par M. C, qu'elle ne pourrait bénéficier d'aucun soin adapté à son état dans leur pays d'origine. En outre, en dépit de la durée de son séjour sur le territoire national, le requérant ne se prévaut d'aucune attache personnelle et familiale autre que son épouse et leurs enfants qui ont vocation à repartir avec lui en Albanie. Il ne justifie pas davantage de son intégration en France. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Albanie. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être évoqués, le moyen tiré de la violation de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit également être écarté.

7. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. C a déposé un dossier de demande de titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade, et qu'elle reste dans l'attente de la fixation d'un rendez-vous par les services de la préfecture du Rhône en dépit de ses nombreuses relances. Toutefois, le requérant, qui se borne à soutenir que la mesure d'éloignement serait, pour ce motif, entachée d'" erreur manifeste d'appréciation ", sans citer aucun principe ni aucune disposition légale ou règlementaire qui aurait été ainsi méconnu, ne met pas le tribunal en mesure de statuer sur le moyen qu'il invoque.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C, par les moyens qu'il invoque, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 novembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

10. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours serait elle-même illégale.

11. En second lieu, si M. C soutient que des circonstances particulières auraient dû conduire la préfète à lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, il ne précise pas lesquelles. Il n'est donc pas fondé à soutenir que les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :

12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision désignant un pays de renvoi serait elle-même illégale.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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