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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310559

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310559

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. C B, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 24 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pendant un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros par application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est irrégulièrement dispensé de saisir le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

En ce qui concerne la décision le privant d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Drôme a produit des pièces qui ont été enregistrées le 11 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Goma Mackoundi, avocat du requérant, qui a repris les conclusions et moyens de la requête ;

- les observations de Me Tomasi, avocat du préfet de la Drôme, qui a conclu au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est susceptible de prospérer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, demande au tribunal d'annuler les décisions du 24 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Contrairement à ce que son intitulé erroné indique, il ressort des motifs et du dispositif de l'arrêté attaqué qu'il n'a pas pour objet de refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour. En effet, cet arrêté a seulement pour objet de faire obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de fixer son pays de renvoi et de lui faire interdiction de retour pendant un an. Il s'ensuit que les moyens dirigés contre un prétendu refus de séjour ne sont pas recevables, pas plus que celui tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité d'un tel refus de séjour, dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision a été signée par M. Cyril Moreau, secrétaire général, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié le jour-même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Puy-de-Dôme. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable et sérieux de la situation personnelle de M. B.

7. En quatrième lieu, aux termes du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

8. M. B est père de l'enfant A, née le 21 septembre 2020, de nationalité française. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 30 juin 2022, le tribunal pour enfants de E a instauré à l'égard de cette dernière une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert, et qu'en raison du comportement violent de M. B, le placement de l'enfant en famille d'accueil a été requis. Le requérant, qui ne s'est pas présenté au service de l'aide sociale à l'enfance pour visiter sa fille, a été incarcéré le 5 avril 2023 au centre pénitentiaire de E pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, usage illicite de stupéfiants et violence suivie d'incapacité par une personne ayant été concubin. Par un jugement du 7 avril 2023, le juge aux affaires familiales a décidé que l'autorité parentale sur la jeune A sera exercée exclusivement par sa mère, et exclu M. B de tout droit de visite et d'hébergement, tout en maintenant les devoirs de ce dernier tenant à la participation à l'entretien de sa fille. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou au moins deux ans. Il n'est, dès lors, pas fondé à invoquer les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, selon le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Et aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent ".

10. Si M. B a déclaré souffrir de bipolarité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait fait valoir à l'appui de ses déclarations des éléments médicaux suffisamment précis et circonstanciés pour établir qu'il serait susceptible d'entrer dans le champ de la protection prévue par les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est, dès lors, et par voie de conséquence, pas non plus fondé à soutenir que la procédure à l'issue de laquelle la mesure d'éloignement a été édictée est irrégulière en l'absence d'avis émanant de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

11. Enfin, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

12. M. B est entré en France en mars 2015, alors qu'il était encore mineur, et a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance, puis, à sa majorité, a résidé régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, et, ultérieurement, en qualité de parent d'enfant français. Toutefois, il n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, et il ressort des pièces du dossier qu'il n'exerce pas l'autorité parentale sur sa fille, et qu'il ne dispose d'aucun droit d'hébergement, ni même de visite. Par ailleurs, l'intéressé ne satisfait pas à son obligation de contribuer financièrement à l'entretien de sa fille. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a été condamné pénalement pour avoir exercé des violences sur son ancienne conjointe, mère de sa fille. Le requérant, qui malgré une durée de présence conséquente sur le territoire français ne fait preuve d'aucune intégration, n'est, dans ces circonstances, pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

En ce qui concerne la décision privant M. B d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ".

14. M. B a été condamné le 5 avril 2023 par le tribunal correctionnel de E à une peine de six mois d'emprisonnement pour vol avec destruction ou dégradation, récidive et usage illicite de stupéfiants, le 12 décembre 2022 à quatre moins d'emprisonnement pour violence suivie d'incapacité n'excédant par huit jours par une personne ayant été concubin, et le 12 mars 2021 à trois mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Il ressort également du traitement des antécédents judiciaires de l'intéressé que son dossier comporte dix-huit mentions. Au vu de la gravité et du caractère répété de ces faits, le préfet de la Drôme a pu, à bon droit, estimer que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. L'intéressé n'est, dès lors, pas fondé à invoquer la violation des dispositions précitées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit les décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. B et de la menace pour l'ordre public que représente son comportement, l'intéressé, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Drôme, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 précité, aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français, ni que cette mesure d'une durée d'un an mois serait disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023

La magistrate désignée,

A. D

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

2310559

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