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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310570

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310570

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310570
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCUCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. D B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Cuche, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- la préfète devra justifier de la délégation de signature de l'auteur des décisions en litige ;

- les décisions sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celles du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le centre de sa vie privée et familiale se trouve sur le territoire français et qu'il souhaite être présent pour son enfant ; en outre, elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de 18 mois méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées les 11 décembre 2023 à 16 h 12 et 17 h 07 et 12 décembre 2023 à 9 h 47.

Vu l'arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné Mme Jeannot, pour statuer en application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée ;

- les observations de Me Cuche, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en renonçant au moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées ; il indique que M. B est père d'un enfant né en 2021, qu'il souffre de problèmes psychiatriques, qu'il réside chez son oncle à Nantes et qu'il n'a pas pu renouveler son passeport, ni procéder à la reconnaissance de paternité ;

- les observations de Mme A, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé ;

- et les déclarations de M. B, assisté par M. C, interprète en langue arabe, qui indique vouloir voir sa fille avant de repartir en Allemagne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 50.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 1er janvier 2000, est entré en France en 2018 selon ses déclarations. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. B, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

3. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

4. La préfète du Rhône ayant produit le 11 décembre 2023 les pièces relatives à la situation administrative de M. B, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

5. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à leur édiction.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

7. M. B soutient qu'il serait protégé de l'éloignement en raison de sa qualité de parent d'un enfant français, sa fille née en 2021. Toutefois, aucune pièce du dossier ne permet d'établir qu'il disposerait de revenus, de telle sorte qu'il ne démontre pas participer à l'entretien de sa fille. S'agissant de la participation à son éducation, il ressort des déclarations du requérant qu'il est séparé de la mère de son enfant, qu'il " n'a pas eu le temps de reconnaître son enfant " et qu'il a seulement entrepris des démarches de reconnaissance de paternité. Si M. B soutient qu'il souhaite pouvoir être présent pour son enfant afin de l'éduquer, il ne ressort ainsi d'aucune pièce du dossier qu'il participerait effectivement à son éducation. Dès lors, il résulte de ces éléments qu'en l'absence d'éléments démontrant que M. B participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure, c'est sans méconnaître les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a pu lui faire obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. M. B se prévaut de son entrée en France en 2018, de ses problèmes de santé et de la naissance de sa fille en France en 2021.Toutefois, il n'est pas contesté que M. B est entré irrégulièrement en France où il s'est maintenu en dépit de deux décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à son encontre en 2021 et 2022. En outre, le requérant, séparé de la mère de sa fille, ne justifie pas de l'existence d'une relation stable en France. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, il n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Par ailleurs, il a été condamné le 15 août 2023 à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances en récidive. Il est également défavorablement connu des services de police pour des faits de vol aggravé, vol à la roulotte, vol par effraction, rébellion, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, recel de bien provenant d'un vol, vol aggravé par deux circonstances, détention illicite de psychotropes, vol simple, port sans motif légitime d'arme blanche et violation de domicile. Par ailleurs, M. B, qui se borne à produire quelques ordonnances, n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Enfin, il ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale en Algérie où il a passé l'essentiel de son existence, où il conserve nécessairement ses attaches culturelles et où réside son père. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Rhône aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis, ni qu'elle aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille mineure. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale du requérant en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

11. Il résulte des termes de la décision litigieuse, prise au visa des dispositions précitées des articles L. 612-2 1° et 3° et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle-ci est motivée par la circonstance que M. B ne peut justifier être entré régulièrement en France, qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement des 22 septembre 2021 et 26 octobre 2022 et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 15 août 2023 à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances en récidive et qu'il est également défavorablement connu des services de police pour les faits mentionnés au point 9. En outre, si M. B indique résider chez son oncle à Rouen, il n'établit pas l'existence d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation. Ainsi, compte tenu des éléments précédemment rappelés, la préfète a pu, sans erreur d'appréciation, estimer qu'il y avait lieu de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire en raison de l'existence d'une menace pour l'ordre public et du risque que le requérant se soustrait à la décision d'éloignement. Par ailleurs, la circonstance, au demeurant non établie, qu'il serait père d'un enfant français à naître ne saurait constituer une circonstance particulière au sens des dispositions précitées devant conduire la préfète à lui accorder un délai de départ volontaire. La préfète du Rhône a, en conséquence, pu à bon droit lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire pour ces motifs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, à supposer que M. B ait entendu soulever, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si M. B soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il s'est borné à déclarer qu'il se sentait en danger car il subissait des " persécutions de la part de membres de son quartier ". Par suite, M. B, qui n'apporte pas d'élément établissant le caractère réel, sérieux et personnel des menaces invoquées en cas de retour en Algérie, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit les décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre en conséquence dans les cas prévus à l'article L. 612-6 précité, pour lesquels la préfète assortit la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Or, la situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'elle a été exposée précédemment, ne relève pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. S'agissant de la durée de l'interdiction en litige, il ressort de la lecture de la décision attaquée que la préfète a relevé, au cours de l'examen global de sa situation, que le requérant, entré en France en 2021, ne justifie ni de la nature ni de l'ancienneté de ses liens avec la France et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Si M. B conteste cette appréciation, il est séparé de la mère de son enfant et il ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure, de telle sorte qu'il ne peut être regardé justifiant entretenir des liens d'une nature particulière en France. Par ailleurs, eu égard aux éléments qui ont été exposés au point 11, la préfète a pu valablement retenir l'existence d'une menace pour l'ordre public afin de fixer la durée de l'interdiction de retour en litige. Cette durée, fixée à vingt-quatre mois alors que la durée maximale pouvait aller jusqu'à trente-six mois, ne présente pas le caractère disproportionné dans les circonstances de l'espèce, M. B ayant de surcroît fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les 22 septembre 2021 et 26 octobre 2022. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces éléments que la préfète n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en édictant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

17. En second lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français étant écartés, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, par voie d'exception d'illégalité de cette décision, doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Cuche et à l'association Forum Réfugiés.

Rendu en audience publique le 12 décembre 2023.

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2310570

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