mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310575 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 11 décembre 2023, M. E A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier associés, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
- la préfète devra justifier de la délégation de signature de l'auteur des décisions en litige ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure en raison de la consultation irrégulière du fichier des antécédents judiciaires ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6-1° de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision refusant le délai de départ volontaire est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartient à la préfète de produire l'habilitation de la personne ayant consulté le fichier des antécédents judiciaires ;
- la préfète n'établit pas l'existence d'une menace pour l'ordre public ; la décision attaquée est ainsi entachée d'une erreur d'appréciation, d'une erreur de fait et d'un défaut examen ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement et une décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire elles-mêmes illégales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 11 décembre 2023 à 16 h 22 et 18 h 41.
Vu les décisions attaquées ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;
- le code de justice administrative.
La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné Mme Jeannot, pour statuer en application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen ;
- les observations de Me Bescou, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en insistant notamment sur la durée de présence en France de l'intéressé, établie notamment par son parcours de délinquance ; ainsi, il devrait se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ; en outre, le risque de menace à l'ordre public n'est pas établi par les signalements dont il a fait l'objet ;
- les observations de Mme D, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé ; elle précise que seul le fichier automatisé des empreintes digitales a été consulté dans le cadre de la procédure légale et non le fichier relatif au traitement des antécédents judiciaires du requérant ; en outre, l'intéressé n'établit que ponctuellement sa présence en France ;
- et les déclarations de M. A qui indique être présent en France depuis 2008.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 30.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 1er décembre 1988, est entré en France en 2008 selon ses déclarations. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois.
Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. A, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, ajointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet en date du 30 novembre 2023, publiée le 1er décembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 230-6 du code de procédure pénale : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel () ". Aux termes du I de l'article R. 40-29 du même code : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorable sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ". L'article 8 du décret du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) précise que les agents désignés peuvent accéder au fichier : " 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1, L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé le 6 décembre 2023 pour défaut de permis de conduire et défaut d'assurance. Ainsi que le fait valoir la préfète en défense, pour établir l'identité de l'intéressé dans la décision en litige, identité que le requérant ne conteste pas, la préfète du Rhône s'est fondée sur des éléments tirés du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), qu'elle produit d'ailleurs dans le cadre de la présente instance, et non sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Ainsi, la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales est intervenue dans le cadre de l'examen de la situation de M. A avant d'édicter la mesure d'obligation de quitter le territoire. En outre, dès lors que le 3° de l'article 8 du décret du 8 avril 1987 prévoit la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, et à la supposer établie, de nature à entacher d'irrégularité la décision de la préfète du Rhône. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées et le moyen tiré de l'illégalité de cette consultation doit, en tout état de cause, être écarté.
6. En deuxième lieu, contrairement à ce que fait valoir M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision contestée, que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction de la décision en litige. Si le requérant fait valoir que sa durée de présence en France, supérieure à dix ans, n'est pas mentionnée, cette circonstance n'est pas de nature à établir un défaut d'examen de sa situation particulière, alors qu'il n'établit pas, en tout état de cause, que sa durée de présence sur le territoire excède dix années.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 1. au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
8. Si M. A soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées, il ne justifie pas, par les pièces qu'il verse au dossier, de la réalité et du caractère ininterrompu de sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, les pièces qu'il produit permettant seulement de constater sa présence ponctuelle en France depuis 2014. Le moyen tiré d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6-1° de l'accord franco-algérien ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
10. Si M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis plus de quinze ans, il ne l'établit pas par la seule production de pièces attestant de sa présence ponctuelle en France depuis 2014. Par ailleurs, bien que marié à une ressortissante algérienne, il se prévaut d'une relation de concubinage avec une compatriote en situation régulière. Toutefois, il ne justifie pas, par la seule production d'une attestation d'hébergement du 7 décembre 2023 signée par une ressortissante algérienne, titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'au 28 décembre 2030, de l'existence et de la durée de cette relation alors qu'il a déclaré, lors de son audition du 6 décembre 2023, vivre en concubinage mais ne pas connaître l'adresse exacte de ce lieu. En outre, il ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où il conserve nécessairement ses attaches culturelles. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Rhône aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 5 à 11 que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
14. Il résulte des termes de la décision litigieuse, prise au visa des dispositions précitées des articles L. 612-2 1° et 3° et L. 612-3 5° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle-ci est motivée par la circonstance qu'il existe un risque que M. A se soustrait à la mesure d'éloignement dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français le 22 octobre 2020 et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire en toute connaissance de cause pendant plusieurs années. En outre, si M. A produit, pour les besoins de la cause, une attestation d'hébergement portant sur une adresse située dans le 7ème arrondissement de Lyon en date du 7 décembre 2023, il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale par la production de cette seule pièce alors qu'il avait déclaré une adresse située dans le 2ème arrondissement de Lyon le 12 février 2022 lors de sa demande de renouvellement de passeport. Par ailleurs, alors que le requérant ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés, à savoir des faits de vols, violences avec usage ou menace d'une arme, violences conjugales, violences sur personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, menace ou chantage, dégradation ou destruction du bien d'autrui, vols à la tire, vols en réunion, vols à l'étalage, recel, conduite sans permis, refus d'obtempérer, faux documents, obtention frauduleuse de document administratif et contrefaçon, et nonobstant l'absence de condamnation à ce jour, la présence en France du requérant doit être regardée comme constitutive d'une menace pour l'ordre public compte tenu des nombreux signalements dont il a fait l'objet. Ainsi, la préfète a pu, sans erreur de droit, ni erreur de fait, ni défaut d'examen, ni erreur d'appréciation, estimer qu'il y avait lieu de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au point 13 ne peut qu'être écarté.
15. En dernier lieu, ainsi qu'il a été exposé précédemment, la préfète du Rhône, qui a, au surplus, relevé qu'il existe un risque que M. A se soustrait à la mesure d'éloignement dès lors qu'il s'est soustrait à l'exécution de la précédente mesure d'éloignement du 22 octobre 2020, n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en l'absence de consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ni de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception.
17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant 24 mois, la préfète du Rhône aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit les décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
19. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
20. Il ressort des termes de la décision contestée que la préfète du Rhône a mentionné que l'intéressé ne justifie ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il se maintient sur le territoire français sans avoir exécuté la précédente mesure d'éloignement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Toutefois, la décision contestée ne mentionne pas la durée de sa présence en France, alors que M. A fait valoir qu'il y réside depuis 2008 et produit des pièces attestant d'une présence ponctuelle depuis 2014. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'établit pas avoir pris en compte la durée de sa présence en France. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
21. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception.
22. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2023 de la préfète du Rhône en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
23. D'une part, aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".
24. D'autre part, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes du premier alinéa de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " I. Les données à caractère personnel et informations enregistrées dans le fichier sont conservées jusqu'à l'aboutissement de la recherche ou l'extinction du motif de l'inscription () ".
25. Il résulte des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 que l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A implique nécessairement l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette mesure. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la préfète du Rhône, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A réclame sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision de la préfète du Rhône du 7 décembre 2023 portant interdiction de retour pour une durée de 24 mois est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de M. A aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à la SELARL Bescou et Sabatier Avocats Associés.
Rendu en audience publique le 12 décembre 2023.
La magistrate désignée,
F. Jeannot
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°2310575
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026