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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310610

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310610

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Royon demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en qualité de membre de famille de ressortissant communautaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal, de lui délivrer le titre demandé et de lui remettre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai de deux mois et de lui remettre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Royon en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle établit être mère de deux enfants mineurs de nationalité italienne et justifier de ressources suffisantes ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'appelle aucune observation de sa part.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle n° 2023/006301 du 27 octobre 2023, Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B, magistrate rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C née le 8 janvier 1984 à Khemisset (Maroc), de nationalité marocaine, est entrée régulièrement en France le 4 octobre 2017, sous couvert d'un titre de séjour en cours de validité délivré par les autorités italiennes. Le 2 janvier 2023, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en qualité de membre de famille de ressortissants communautaires. Par une décision du 17 mars 2023, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / (). ".

3. Ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, confèrent au ressortissant mineur d'un Etat membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un Etat tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'Etat membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. L'Etat membre d'accueil, qui doit assurer aux citoyens de l'Union la jouissance effective des droits que leur confère ce statut, ne peut refuser à l'enfant mineur, citoyen de l'Union, et à son parent, le droit de séjourner sur son territoire que si l'une au moins de ces deux conditions, dont le respect permet d'éviter que les intéressés ne deviennent une charge déraisonnable pour ses finances publiques, n'est pas remplie.

4. Pour refuser l'admission au séjour de Mme C, dont il n'est pas contesté qu'elle est mère de deux enfants de nationalité italienne nés respectivement en 2011 et 2015 et dont il ressort des pièces du dossier que son frère, qui réside en France, est également de nationalité italienne, le préfet de la Loire s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée était divorcée de M. D, de nationalité italienne, par jugement du tribunal judiciaire de Saint-Etienne du 24 juin 2022 et qu'elle ne justifiait pas être membre de famille d'un citoyen de l'Union Européenne. Toutefois, le préfet ne pouvait légalement refuser de délivrer à l'intéressée le titre sollicité en qualité de membre de famille d'un ressortissant de l'Union européenne au seul motif qu'elle était divorcée de son époux de nationalité italienne. Par suite, la requérante est fondée à soutenir le préfet de la Loire a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à soutenir que la décision du 17 mars 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent arrêt implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme C dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Julie Royon, au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 mars 2023 du préfet de la Loire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme C dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Royon en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Julie Royon et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pascale Dèche, présidente,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Mme Charlotte Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

L. B

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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