jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310615 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | NAILI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2023, et un mémoire enregistré le 13 décembre 2023, M. A D, déclarant résider CCAS de Villeurbanne Place du Docteur F E à Villeurbanne (69100), représenté par Me Naïli, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler :
- les décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;
- l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se présenter deux fois par semaine pour justifier des diligences effectuées pour préparer son départ ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à un nouvel examen de sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Naili de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
- il est présent en France depuis plus de dix ans ;
- il n'a pas bénéficié d'un interprète en bengali ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet devra justifier de la délégation de signature ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, notamment s'agissant de son état de santé ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à la durée de sa présence en France et au fait qu'il travaille ;
- son état de santé, qui est grave et nécessite un traitement dont il ne pourrait pas effectivement bénéficier au Bangladesh, fait obstacle à son éloignement du territoire français ; par suite, la décision méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision, qui emporte des conséquences graves sur sa situation personnelle, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
en ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- le préfet devra justifier de la délégation de signature ;
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- le préfet devra justifier de la délégation de signature ;
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- le préfet devra justifier de la délégation de signature ;
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
en ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- le préfet devra justifier de la délégation de signature ;
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Des pièces ont été produites le 12 décembre 2023 par la préfète du Rhône.
La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023, a désigné Mme Maubon pour statuer au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 13 décembre 2023, Mme Maubon, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :
- les observations orales de Me Naili, représentant M. D, qui reprend les conclusions et les moyens de sa requête, en abandonnant les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'interprétariat en bengali et en soulevant en outre un moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par la décision fixant le pays de destination ; il fait valoir qu'il est présent depuis plus de dix ans en France, qu'il présente des problèmes de santé qui font obstacle à son retour dans son pays d'origine, que la préfète ne s'est pas livrée à un examen attentif de sa situation personnelle, qu'il craint de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Bangladesh, que sa vie privée et familiale se situe en France où il réside depuis de nombreuses années et où il travaille ;
- les observations orales de M. D, requérant, assisté par M. B interprète en bengali, par téléphone ; il expose qu'il souffre de divers problèmes de santé notamment psychiques, qu'il est présent en France depuis de nombreuses années, qu'il est dans une situation précaire qui ne lui permet pas de travailler légalement mais qu'il a des perspectives d'embauche sur un marché avec un ami malgré sa situation irrégulière, qu'il présente ses excuses pour n'avoir pas respecté la législation sur le travail déclaré, qu'il ne souhaite pas retourner au Bangladesh mais souhaite rester en France où il se sent bien, que sa mère réside au Bangladesh mais a dû fuir la famille de son mari, qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, où il avait des activités politiques et où son cousin le recherche ;
- les observations orales de Mme C, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en exposant que les décisions sont suffisamment motivées, qu'elle a procédé à un examen attentif de la situation de l'intéressé, que la décision d'éloignement est fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 puisque la demande d'asile de M. D a été définitivement rejetée, qu'il n'établit pas avoir eu sa résidence habituelle en France durant plus de dix ans, qu'il ne démontre aucune intégration particulière en France, qu'il a travaillé de manière illégale, qu'il a toujours été assisté d'un interprète en bengali, langue qu'il comprend, qu'il a fait l'objet de trois précédentes obligations de quitter le territoire français en 2014, 2017 et 2020, qu'il est sans emploi sans ressources et sans domicile propre, que la gravité de son état de santé ne ressort pas des pièces produites, que sa demande d'asile comme sa demande de réexamen ont été rejetées, que les craintes en cas de retour ne sont pas établies, que la décision de refus de délai de départ volontaire est fondée eu égard à la menace à l'ordre public qu'il constitue et à l'absence de garanties de représentation, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est fondée du fait de l'absence de circonstances humanitaires, de la méconnaissance de trois précédentes obligations de quitter le territoire français et de la menace à l'ordre public qu'il représente, qu'enfin la mesure d'assignation à résidence est justifiée par l'absence de préparation du départ, l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement et l'absence de domicile et de documents.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, le 13 décembre 2023 à 11 heures.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant bangladais né en 1990, déclare être entré sur le territoire français le 30 mars 2013. Par arrêté du 7 décembre 2023, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être renvoyé, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Par un arrêté du même jour, la même autorité a décidé de l'assigner à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Ces deux arrêtés lui ont été notifiés le 8 décembre 2023. M. D demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et assignation à résidence.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. D tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. "
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône, qui a notamment pris en considération les demandes d'asile de l'intéressé et les précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D. Si l'arrêté contesté ne mentionne pas explicitement les problèmes de santé de l'intéressé, il n'est pas contesté que celui-ci n'en a pas fait mention lors de son audition par les services de police le 7 décembre 2023 ni lors de l'évaluation de son état de vulnérabilité réalisée le même jour.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "
6. M. D se prévaut de son état de santé, en faisant valoir qu'il ne peut pas être éloigné du territoire français du fait de son état de santé préoccupant et qu'il ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et en produisant des certificats médicaux d'un médecin généraliste, l'un du 17 janvier 2022 indiquant qu'il est l'objet d'épi-gastralgies persistantes, d'un asthme léger, d'une thyroïdite de Hashimoto et de troubles mnésiques, l'un du 3 novembre 2021 faisant état de lombalgies chroniques, l'un du 1er mars 2021 se bornant à indiquer qu'il est " suivi régulièrement ", l'un du 15 mai 2018 indiquant qu'il a été suivi plusieurs mois en 2017 pour des troubles confusionnels associés à une désorientation temporo-spatiale et des troubles du jugement et l'un du 7 juin 2017 relatif au diagnostic de thyroïdite de Hashimoto, à des cervicalgies persistantes et à une dysthymie, ainsi que des ordonnances dont la plus récente date de février 2023 et liste un anxiolytique et un antipsychotique. Ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que l'état de santé actuel de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, tandis qu'aucun élément produit n'est de nature à laisser penser qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, la préfète du Rhône aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
8. M. D fait valoir qu'il est présent en France depuis 2013 et qu'il y travaille pour subvenir à ses besoins même si sa situation reste précaire. Il ressort des pièces du dossier que M. D, interpellé le 7 décembre 2023 à Lyon pour " vente à la sauvette ", a fait l'objet de dix interpellations précédentes pour le même motif, le 18 octobre 2021, le 2 août 2020, le 19 juillet 2017, le 29 mai 2017, le 1er mars 2017, le 24 avril 2016, le 14 septembre 2015, le 13 août 2013, le 16 juillet 2013 et le 6 juin 2013. Sa demande d'asile déposée le 7 mai 2013 a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 septembre 2013 que par la Cour nationale du droit d'asile le 14 avril 2014. Sa demande de réexamen a connu le même sort les 25 avril 2016 et 30 août 2016. Il a fait successivement l'objet le 13 juin 2014 d'un arrêté du préfet du Rhône portant refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qui lui a été notifié le 17 juin 2014, le 11 mai 2017 d'un arrêté du préfet du Rhône portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qui lui a été notifié le 23 mai 2017 et dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 31 août 2017, et le 2 août 2020 d'un arrêté du préfet du Rhône portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui lui a été notifiée le 2 août 2020 et dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 10 août 2020. M. D se maintient donc en situation irrégulière sur le territoire français en dépit de plusieurs mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. L'intéressé, qui n'a pas de domicile propre et fixe, est célibataire et sans charge de famille en France. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Bangladesh, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où réside encore sa mère d'après ses déclarations. Enfin, si le requérant a travaillé en contrat à durée déterminée ainsi qu'il en justifie par la production de certificats de travail d'octobre 2018, octobre 2021, mars 2022 et septembre 2022 et s'il a déclaré des revenus pour 2013, 2018 et 2022, il ne justifie d'aucune intégration sociale ou perspective d'insertion professionnelle particulière sur le territoire français. Dans les circonstances ainsi décrites, eu égard notamment à l'absence d'intégration en France malgré la durée de présence sur le territoire français de l'intéressé, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision a été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En quatrième lieu, les circonstances dont fait état M. D, rappelées aux points précédents, tirées de son état de santé, de la durée de sa présence en France et de son souhait de s'y maintenir, ne sont pas suffisantes pour constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
12. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé au point 8 ci-dessus, que M. D a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement, en 2014, 2017 et 2020, qu'il n'a pas exécutées, qu'il a été interpellé à au moins onze reprises pour des faits de vente à la sauvette ou assimilés et qu'il ne dispose ni de documents d'identité ou de voyage en cours de validité ni de domicile propre. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. "
14. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
15. Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
16. Si M. D soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, du fait des menaces dont il fait l'objet de la part de son oncle et du fait de l'absence de traitement approprié à son état de santé au Bangladesh, il ne produit aucune pièce justificative à l'appui de ses affirmations. Dans ces conditions, alors que tant sa demande d'asile que sa demande de réexamen de sa demande d'asile ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "
18. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence] :
19. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). "
20. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. D.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'avocat de M. D demande sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Naili.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La magistrate désignée,
G. Maubon
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026