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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310706

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310706

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLASBEUR MOHAMED KHALED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Lasbeur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai qu'il plaira au tribunal de fixer ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour, dans la mesure où elle pouvait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ; la procédure de divorce engagée en France par son époux est toujours pendante ; la vie commune a duré trois ans et a cessé en raison du comportement maltraitant de son époux ;

La requête a été communiquée le 13 décembre 2023 au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rizzato, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 18 mai 1990 est, selon ses déclarations, entrée en France le 7 novembre 2016 et a bénéficié d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 13 février 2018. Par un arrêté du 28 février 2018, le préfet du Loiret a refusé de renouveler ce titre. Mme B a formé un recours contre cet arrêté. Sa requête a été rejetée par jugement du 30 juillet 2018 du tribunal administratif d'Orléans. Elle a également demandé, sans succès, l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2019 par lequel le préfet du Loiret a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour. Mme B, qui a déménagé dans le département de la Loire a saisi le préfet de ce département le 2 mai 2023 d'une nouvelle demande de titre de séjour en invoquant sa vie privée et familiale en France, au titre des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et a également demandé la délivrance d'un titre dans la cadre de l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation. La requérante demande l'annulation de la décision du 14 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la requérante, qui n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français ne peut, en tout état de cause, utilement ni faire valoir que la rupture de la vie commune est imputable à son époux, ni invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :() / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ".

4. Pour refuser de délivrer un certificat de résidence à Mme B, le préfet de la Loire a relevé que celle-ci s'est maintenue sur le territoire français malgré les mesures d'éloignement prises à son encontre le 28 février 2018 et le 21 novembre 2019 dont la légalité a été confirmée par le juge administratif, qu'elle exerce une activité professionnelle depuis février 2021 alors qu'elle est démunie de tout droit au séjour, qu'elle est entrée en France en 2016 à l'âge de 26 ans et que ses parents et sa fratrie résident dans son pays d'origine. La requérante qui indique être diplômée en médecine en Algérie et qui est séparée de son conjoint français, se prévaut de son insertion professionnelle comme auxiliaire de vie et de la présence en France de sa grand-mère en situation régulière. Toutefois, si elle justifie de son activité professionnelle, les éléments dont elle se prévaut ne sont pas de nature à faire regarder la décision en litige comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

5. En troisième lieu, au regard de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle et professionnelle du requérant, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation doit également être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".

7. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus des titres de séjour, dès lors que ces ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aussi, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 précité que le préfet est tenu de saisir la commission dans le cas des seuls ressortissants algériens qui remplissent de façon effective les conditions prévues aux articles 6 et 7 bis) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ses stipulations. Ainsi qu'il a été précisé au point 4, Mme B ne satisfait pas aux conditions posées par les stipulations du 5) de l'article 6 de cet accord, équivalentes aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour, doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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