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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310764

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310764

lundi 28 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 décembre 2023 et le 28 août 2024, M. B A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2023 par laquelle la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de le munir d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler puis de lui délivrer dans le délai de deux mois une carte de résident de dix ans l'autorisant à travailler ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur du refus contesté, qui est entaché d'un défaut de motivation ;

- le refus critiqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour bien qu'il soit en mesure de bénéficier d'une carte de résident de dix ans de plein droit en application des articles 10 a) et 10 c) de l'accord franco-tunisien de 1988 ;

- la décision contestée méconnaît le c) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 17 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Reniez,

- et les observations de Me Albertin pour M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 7 avril 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né en 1989, M. A a sollicité le bénéfice d'une carte de résident de 10 ans en qualité de parent d'un enfant français sur le fondement des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Ne s'étant vu délivrer qu'une carte de séjour temporaire d'un an par une décision de la préfète de l'Ardèche du 21 septembre 2023, il conteste cette décision en tant qu'elle rejette sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / (). ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Le silence conservé plus de quatre mois sur la demande de carte de résident présentée par M. A a fait naître une décision implicite portant rejet de cette demande. Une décision portant refus de titre de séjour étant au nombre de celles qui doivent être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, M. A a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande par une lettre reçue en préfecture le 26 octobre 2023. La préfète de l'Ardèche n'ayant pas répondu à cette demande, M. A est fondé à soutenir que le refus de la carte de résident qui lui a été implicitement opposé méconnaît l'exigence législative de motivation et ce refus doit en conséquence être annulé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. Compte tenu du moyen qui fonde l'annulation de la décision attaquée, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de carte de résident de M. A et qu'il soit statué sur celle-ci. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens à la préfète de l'Ardèche et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que M. A n'y soit pas déjà autorisé, il y a également lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de munir M. A sous huit jours d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler jusqu'à ce qu'il ait été statué sur son cas. Il n'y a en revanche pas lieu en l'espèce d'assortir ces injonctions de l'astreinte qui est demandée.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à M. A au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la préfète de l'Ardèche a rejeté la demande de carte de résident de M. A est annulée.

Article 2 : Sous la réserve mentionnée au point 4, il est enjoint à la préfète de l'Ardèche de munir M. A d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours et de procéder au réexamen de la demande de carte de résident de M. A et de statuer sur celle-ci dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2025.

La rapporteure,Le président,

E. ReniezA. Gille

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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