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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310816

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310816

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantANEGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Anegay, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 décembre 2023 par lesquelles le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi, lui a interdit de circuler sur le territoire pour une durée de 12 mois et l'a assigné à résidence pour l'exécution de la mesure d'éloignement ;

2°) d'effacer sans délai son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnait l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et ne respecte pas le principe du contradictoire ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023 a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 27 décembre 2023, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Anegay, avocat, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant roumain né le 11 janvier 1995, demande l'annulation des décisions du 14 décembre 2023 par lesquelles le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi, lui a interdit de circuler sur le territoire pour une durée de 12 mois et l'a assigné à résidence pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a fait obligation de quitter le territoire français à M. B vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 251-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre la situation familiale de l'intéressé qui a 5 enfants mineurs. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a entendu faire mention de ce que le requérant a fait l'objet depuis son entrée sur le territoire national de nombreuses interpellations pour des faits de vol dans un local d'habitation, de vol par effraction, de conduite sans permis et sans assurance, de vol en réunion, de vol à l'étalage, de falsification d'identité, de ce qu'il vit de manière précaire en France. Les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet n'est pas tenu en tout état de cause de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant mais ceux qui ont fondé sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.

3. Il ne ressort ni de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. B au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui a été entendu le 14 décembre 2023 tel que cela ressort du procès-verbal d'audition, n'aurait pu présenter des observations avant l'édiction de la décision attaquée. Le moyen tiré du défaut du contradictoire tel qu'il est articulé sera écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. M. B, ressortissant roumain né le 11 janvier 1995, soutient qu'il réside en France avec son épouse et ses 5 enfants mineurs. Il fait valoir qu'il travaille comme ouvrier agricole pendant 8 mois de l'année et qu'il ne se rend que durant des périodes limitées en Roumanie. Il ressort des pièces du dossier que M. B ainsi que son épouse se maintiennent de façon irrégulière sur le territoire national et qu'il ne justifie pas d'une intégration particulière. Le requérant est défavorablement connu pour de nombreux faits précédemment évoqués et fait l'objet d'une convocation le 30 mai 2024 pour les faits de vol commis en décembre 2023 dans le cadre d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. La circonstance, au demeurant non établie, que son épouse ne serait concernée que par un recel et non un vol est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie familiale du requérant et de ses cinq enfants mineurs dont l'ainé n'est âgé que de 10 ans ne pourrait se reconstituer dans le pays d'origine. En l'absence d'intégration particulière ou d'obstacle à ce que le requérant rejoigne son pays d'origine où il n'y est pas dépourvu d'attaches en y ayant vécu de nombreuses années, il n'apparait pas que l'obligation de quitter le territoire datée du 14 décembre 2023 porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis par une telle décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

Le magistrat délégué,

F. Bodin-Hullin

Le greffier,

T. Clement

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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