mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310822 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | DACHARY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, M. D C, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 15 novembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant six mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 15 février 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Dachary, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".
3. M. C, de nationalité arménienne, est entré en France le 3 avril 2022, et a déposé une demande d'asile enregistrée le 26 avril 2022. Celle-ci a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ayant statué en procédure accélérée, le 27 octobre 2022. La préfète du Rhône a alors ordonné son éloignement du territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme A B, qui avait reçu délégation à cet effet par arrêté du 13 octobre 2023 publié le 16 octobre 2023. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, si M. C soutient que la préfète n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort d'aucun des termes de la décision en litige et pas davantage que des pièces du dossier, il ne précise pas quelle disposition légale ou règlementaire ni quel principe aurait été méconnu de ce fait. De sorte que le moyen ne peut qu'être écarté.
6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'un stress post-traumatique très sévère, caractérisé par des troubles du sommeil, des cauchemars récurrents, une vigilance accrue et une anxiété générale, ainsi qu'un état dépressif. Si le requérant impute cet état à la grande violence des combats à laquelle il déclare avoir été confronté lorsqu'il servait dans l'armée arménienne contre l'Azerbaïdjan au Haut-Karabakh, la réalité de ses allégations n'est pas suffisamment établie. A ce titre, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a estimé ses déclarations relatives à son engagement dans l'armée confuses, évasives et peu personnalisées, sans que l'intéressé n'apporte d'éléments complémentaires dans le cadre du présent litige. Par ailleurs, il ressort des deux certificats médicaux joints à la requête que l'état de vulnérabilité de M. C nécessite un suivi intense et prolongé, l'un des médecins jugeant " indispensable " qu'il n'y ait pas de rupture dans le parcours thérapeutique. Cependant, selon les termes du certificat médical le plus récent, daté du 4 mai 2023, établi par l'un des médecins du centre de médecine et droit d'asile de Lyon, aucun suivi n'a été mis en place. Dans ces circonstances, en ordonnant l'éloignement de M. C, la préfète n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :
7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait elle-même illégale.
9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 ci-dessus que M. C n'établit pas la réalité de son engagement au sein de l'armée arménienne. S'il soutient par ailleurs avoir déserté de l'armée, et être recherché activement par les autorités de son pays, il n'en justifie pas. Ainsi, le moyen par lequel il soutient que la décision fixant le pays de renvoi serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas fondé et doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
11. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France afin d'obtenir une protection internationale. Le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée, est intervenu le 27 octobre 2022, l'intéressé ayant ensuite fait appel devant la Cour nationale du droit d'asile. Le recours était toujours pendant à la date d'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Par ailleurs, si M. C ne justifie d'aucune attache sur le territoire français, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, sa seule interpellation pour des faits de vol le 30 mars 2023 étant insuffisante à caractériser une telle menace. Enfin, il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement. Dans ces circonstances, la préfète du Rhône ne pouvait, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant, édicter à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois. Le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
14. Le présent jugement, qui annule seulement l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique pas qu'un titre de séjour soit délivré à M. C. Il n'implique pas davantage que la préfète réexamine sa situation. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision de la préfète du Rhône du 15 novembre 2023 interdisant à M. C de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois, est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026