jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310839 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | PINHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 décembre 2023, Mme A E, représentée par Me Pinhel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 23 novembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant six mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen préalable et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- la décision lui faisant interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- cette mesure est disproportionnée ;
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le signalement aux fins de non admission dont elle fait l'objet au sein du système d'information Schengen devra être annulé par voie de conséquence.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 25 janvier 2024.
La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 14 février 2024.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Pinhel, avocate de Mme E, qui a repris ses conclusions et moyens et soulevé, en outre, celui tiré de la méconnaissance, par les décisions contestées, de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- et les observations de Mme E, assistée de Mme F, interprète en langue géorgienne.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante géorgienne née le 6 avril 1996, est entrée pour la dernière fois en France le 7 janvier 2022 et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été déclaré irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 janvier 2023. Par des décisions du 23 novembre 2023 dont Mme E demande au tribunal l'annulation, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant six mois.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Mme E ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 25 janvier 2024 par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de cette aide.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 13 octobre 2023 de la préfète du Rhône, régulièrement publiée, le 16 octobre 2023, au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture et librement accessible tant aux parties qu'au juge. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire des décisions contestées doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui fait mention des considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est suffisamment motivé.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ou des termes des décisions contestées que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de faire figurer dans les motifs de ses décisions l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de la requérante, n'aurait pas procédé à un examen particulier et attentif de sa situation personnelle.
En ce qui concerne spécialement l'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Et selon le paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Mme E, qui expose être isolée sur le territoire français et assumer seule la charge de ses deux très jeunes enfants dont un est scolarisé en classe maternelle, n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, ni que ses enfants ne pourraient pas y être scolarisés. Compte tenu, par ailleurs, des conditions de séjour en France de l'intéressée, qui est prise en charge seulement temporairement par l'Armée du Salut, l'obligation de quitter le territoire français contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Elle n'a pas non plus, pour les mêmes motifs méconnu l'intérêt supérieur de ses deux jeunes fils. Cette décision n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne spécialement la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, Mme E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office.
8. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que cette décision porte au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.
9. En troisième lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Mme E, qui expose avoir fui son pays d'origine en raison des risques encourus du fait des opinions politiques de son époux, avec lequel elle n'a d'ailleurs, selon ses propres déclarations, plus aucun lien, ne verse aux débats aucun élément de nature à établir la réalité et les caractères actuel et personnel de ces risques. La requérante, dont la demande de réexamen de la demande d'asile a au demeurant été rejetée, n'est, dès lors, pas fondée à invoquer la méconnaissance des stipulations précitées.
En ce qui concerne spécialement l'interdiction de retour pendant six mois :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version qui était en vigueur jusqu'au 28 janvier 2024 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-8 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et l'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
12. Pour prononcer à l'encontre de Mme E une interdiction de retour sur le territoire français pendant six mois, la préfète du Rhône a relevé que l'intéressée était entrée pour la dernière fois en France au cours de l'année 2022, qu'elle n'y justifie d'aucune vie privée et familiale ancienne stable, et qu'elle a bénéficié, en 2019, d'une aide au retour volontaire de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, Mme E, qui assume seule la charge de ses deux jeunes enfants, n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, et quand bien même l'intéressée ne dispose pas d'attaches familiales en France à l'exception de ses enfants dont elle a la charge, en prononçant à son encontre une interdiction de retour pendant six mois, la préfète du Rhône a entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Il s'ensuit que Mme E est fondée à en demander l'annulation, et ce sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique nécessairement l'effacement du signalement de la requérante aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a par suite lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de faire procéder à l'effacement de ce signalement, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente la requérante au titre de l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme E tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision par laquelle la préfète du Rhône a prononcé à l'encontre de Mme E une interdiction de retour sur le territoire français pendant six mois est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de faire procéder à l'effacement du signalement de Mme E à fin de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La magistrate désignée,
A. C La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026