mardi 26 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | DEME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 19 décembre 2023 à 16 heures et 20 minutes et le 26 décembre 2023 à 8 heures 23 minutes sous le n°2310918, M. A C, ayant pour avocat Me Deme, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et lui a en outre opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. C soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé en fait et en droit ;
- la préfète n'a pas examiné de manière sérieuse et attentive la situation administrative, familiale et sociale de l'intéressé ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en prenant la mesure d'éloignement contestée ;
- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui interdisant le retour pour une durée d'un an est entachée d'une erreur de droit, et d'une erreur d'appréciation, notamment au regard de son droit au respect de la vie privée et familiale.
La préfète du Rhône a produit un mémoire en défense, enregistré au greffe du tribunal administratif le 22 décembre 2023, par lequel elle conclut au rejet de la requête.
Vu les pièces enregistrées le 21 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif, présentées pour la préfète du Rhône.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023 a désigné M. Habchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et :
-les observations de Me Deme, pour M. C, qui rappelle la situation administrative de l'intéressé. Il précise en outre que le requérant a l'intention de contracter mariage avec une compatriote résidant en France ;
- les observations de M. C, qui se prévaut notamment de son prochain mariage en 2024 avec Mme B, ressortissante algérienne, étudiante, titulaire d'un certificat de résidence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien âgé de 31 ans, déclare être entré en France au cours du mois de janvier 2020, démuni de tout visa ou document de séjour. L'intéressé a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de l'Isère le 4 octobre 2021. En dépit de cette mesure, l'étranger s'est maintenu sur le territoire national, puis interpellé le 17 décembre 2023 par les services de police de Lyon pour défaut de permis de conduire, M. C a fait l'objet d'une seconde mesure d'éloignement édictée par la préfète du Rhône, par un arrêté du 18 décembre 2023, puis a été placé en rétention administrative à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté, en date du 18 décembre 2023, par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a en outre opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. C, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :
3.En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, adjointe à la cheffe de bureau de l'éloignement, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 29 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 31 mars suivant, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
4.En deuxième lieu, l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à M. C et a fixé le pays de destination vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national démuni de tout visa ou document de séjour, et s'y est maintenu en dépit d'une première mesure d'éloignement prononcées à son encontre en 2021. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète du Rhône a bien fait mention de la nationalité de l'étranger, et a par ailleurs visé les dispositions applicables à sa situation, tout en indiquant qu'il n'est pas porté atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. Les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. A cet égard, la circonstance que la préfète du Rhône n'a pas évoqué l'ensemble des éléments du parcours de vie de M. C est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que l'autorité administrative n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. C, au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Contrairement à ce qu'affirme le requérant au cours de l'audience publique du 26 décembre 2023, l'autorité administrative a bien fait mention, dans l'arrêté en litige, de son projet de mariage avec Mme B, ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence algérien. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la mesure d'éloignement :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, âgé de 31 ans, est entré en France au cours de l'année 2020, démuni de tout visa ou document de séjour. L'intéressé s'est maintenu en France malgré l'édiction, par le préfet de l'Isère, d'une première mesure d'éloignement, le 4 octobre 2021. En outre, l'intéressé a été interpellé à plusieurs reprises par les forces de l'ordre, notamment pour usage de faux documents administratifs, refus d'obtempérer, et pour agression sexuelle à deux reprises. Si l'intéressé se prévaut de la présence en France de sa compagne, Mme B, ressortissante algérienne actuellement étudiante sur le territoire national, il ressort des pièces du dossier que la vie commune avec cette compatriote, à la supposer établie, est très récente et date de moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué. M. C se prévaut en outre d'une activité professionnelle de soudeur en intérim, dans un secteur d'activité, il est vrai, en très forte tension en Auvergne-Rhône-Alpes. Toutefois, pour louable que soit sa volonté d'intégration professionnelle, l'intéressé ne justifie pas d'une intégration ancienne sur le sol français, ni n'a au demeurant déposé une demande de certificat de résidence algérien sur le fondement du travail. De plus, ses attaches privées et familiales, notamment ses parents et sa fratrie, résident en Algérie, pays dans lequel il a vécu la majeure partie de son existence. Par suite, M. C ne démontre pas que sa vie privée et familiale ne pourrait pas se poursuivre en Algérie, et n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, citées au point précédent, sera écarté. Pour les mêmes motifs, il n'apparait pas que la décision édictée par la préfète du Rhône serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " ; et de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C se maintient en France démuni de tout visa depuis plus de trois ans à la date de l'arrêté qu'il attaque. Il est constant qu'il a en outre déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2021 qu'il n'a pas exécutée, et d'une assignation à résidence édictée en 2022. Par ailleurs, la préfète du Rhône a pu légalement prendre en compte le comportement général de l'intéressé, lequel ne fait pas état, au demeurant, de relations privées et familiales intenses sur le territoire national, nonobstant son concubinage, très récent, avec Mme B, compatriote étudiante en France. Si M. C soutient à cet égard qu'il envisage de contracter mariage avec cette dernière, il ne l'établit pas de manière probante devant la juridiction ni ne justifie, au surplus, de l'intensité de la relation de concubinage qu'il invoque. Ainsi, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, la préfète du Rhône a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a, partant, entaché sa décision d'aucune erreur de droit. En outre, il n'apparaît pas qu'en édictant une telle mesure, la préfète aurait commis une erreur d'appréciation sur ce point, ou aurait porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Par conséquent, les moyens invoqués par M. C sur ce plan doivent être écartés.
10.Il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 9 que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, ainsi que celles introduites au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2310918 de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
H. Habchi
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°2310918
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026