jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | GODDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 décembre 2023 et un mémoire enregistré le 9 février 2024, Mme D C, représentée par Me Goddet, demande tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) à titre principal d'annuler les décisions du 29 novembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office, et à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de ces décisions jusqu'à l'intervention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, ne pouvant vivre dignement qu'en France ;
- la décision lui octroyant un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle a été prise par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen particulier de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
- la décision fixant son pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen particulier de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendue ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 1, 4 et 19 de la charte européenne des droits fondamentaux ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est fondée, subsidiairement, à demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'elle justifie d'éléments sérieux de nature à remettre en cause la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 13 février 2024.
La présidente du tribunal a désigné Mme Allais pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte européenne des droits fondamentaux ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de Mme Allais, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante monténégrine née le 12 mai 2002, est entrée en France à la date déclarée du 16 janvier 2023, pour y solliciter l'asile. Sa demande, examinée selon la procédure accélérée, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 novembre 2023. Elle a saisi le tribunal d'une requête par laquelle elle demande, à titre principal, d'annuler les décisions prises à son encontre le 29 novembre 2023 par la préfète du Rhône lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi, et à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de ces décisions jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur sa demande de protection.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions principales à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 13 octobre 2023, régulièrement publié le 16 octobre 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire des décisions contestées doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, cette décision, qui fait mention des considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, Mme C se borne à faire valoir que, ne pouvant " vivre dignement qu'en France ", la mesure d'éloignement prise à son encontre est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Un tel moyen ne pourra toutefois être écarté, la requérante ne s'expliquant, au demeurant pas, sur les raisons pour lesquelles elle ne pourrait vivre dignement qu'en France.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
6. En premier lieu, Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir pour demander l'annulation de la décision subséquente lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours.
7. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de cette décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 précédent du présent jugement.
8. En troisième lieu, la décision par laquelle le préfet accorde à l'étranger un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne saurait, eu égard à son objet et ses effets, être regardée comme ayant le caractère d'une décision défavorable que dans l'hypothèse où l'étranger avait saisi le préfet d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel. Il s'ensuit que Mme C ne peut utilement soutenir, ni que cette décision serait insuffisamment motivée, ni qu'elle a été prise alors qu'elle n'aurait pas été préalablement entendue.
9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en octroyant ce délai, la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir pour demander l'annulation de la décision subséquente fixant son pays de destination.
11. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la requérante n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'elle serait exposée dans son pays à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été prise sans réel examen de la situation de l'intéressée.
12. En troisième lieu, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait été informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine ou mise à même de présenter des observations avant la décision en litige, il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier qu'elle aurait pu faire valoir des éléments pertinents qui, s'ils avaient été connus de l'administration, auraient pu aboutir à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue, tel que reconnu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
13. En quatrième et dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
14. Mme C expose qu'elle a quitté précipitamment son pays d'origine, le Monténégro, pour échapper à son enrôlement dans un réseau de prostitution. Toutefois, elle ne produit à l'appui de son discours aucun élément de nature à établir la réalité, l'actualité et le caractère personnel des risques qu'elle prétend encourir. Ainsi, et alors que sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les dispositions et stipulations citées au point précédent. Les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 1er, 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui font obstacle à l'éloignement d'un étranger en cas de risques de torture, de traitements inhumains ou dégradants, doivent être écartés pour les mêmes motifs, de même que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension :
15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 de ce code dispose : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
16. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.
17. A l'appui de ses conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français, Mme C se borne à soutenir qu'elle dispose de nouveaux éléments à soumettre à la Cour nationale du droit d'asile, sans préciser lesquels. Ainsi, il n'existe pas de doute sérieux sur le bien-fondé de la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur sa demande de protection, et les conclusions de la requête à fin de suspension présentées sur le fondement des dispositions précitées doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être rejetées également.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée par la requérante au profit de son avocat sur le fondement combiné à celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La magistrate désignée,
A. AllaisLa greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026