jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 Lyon - Saint Exupéry) demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Isère en date du 19 décembre 2023 portant maintien en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer sa demande de protection internationale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet :
• la seule circonstance qu'il ait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne permet pas de présumer de son caractère dilatoire et le préfet ne s'est fondé sur aucun critère objectif lui permettant d'estimer qu'elle présentait un tel caractère ;
• la demande qu'il a déposée le 18 décembre 2023, postérieurement à son placement en rétention administrative, n'a pas été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;
- la décision contestée méconnaît les stipulations des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que son maintien en rétention administrative le priverait du droit à un recours suspensif devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) à l'encontre de l'éventuelle décision de rejet de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;
La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023 a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 28 décembre 2023, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Lachenaud, avocate, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Coquel substituant Me Tomasi, avocate du préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 30 décembre 1999, a fait l'objet le 1er décembre 2023 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et le 19 décembre 2023 d'un arrêté du préfet de l'Isère portant maintien en rétention administrative.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
3. Les décisions litigieuses ont été signées par M. Laurent Simplicien, secrétaire général, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
4. L'arrêté du préfet de l'Isère du 19 décembre 2023 portant maintien en rétention administrative vise notamment les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a fait état de ce que le requérant a effectué une demande d'asile le 18 décembre 2023 et présentée en rétention le 19 décembre 2023 postérieurement à son placement en rétention administrative intervenue le 1er décembre 2023 et que " si M. B A soutient dans son audition en date du 30/11/2023 avoir quitté l'Algérie en septembre 2019 car il était menacé de mort dans son quartier, il n'apporte pas plus de précisions sur la date et les conditions exactes de son arrivée en France ni d'élément probants sur les menaces encourues en cas de retour dans son pays d'origine ". Le préfet précise aussi que le requérant a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 8 juillet 2022 qu'il n'a pas exécutée et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol à l'étalage commis le 28 juillet 2022, vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail le 25 mai 2023, recel de bien provenant d'un vol et vol par effraction dans un local d'habitation ou lieu d'entrepôt le 22 avril 2023 et vol simple le 12 avril 2023. Le préfet mentionne une condamnation le 26 mai 2023 par le tribunal correctionnel de Lyon à une peine d'emprisonnement de 8 mois et à une interdiction de détenir une arme ou porter une arme pendant 5 ans pour avoir commis des faits de vol avec violence. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet n'est pas tenu en tout état de cause de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant mais ceux qui ont fondé sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. () ". Aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. ".
6. Il résulte des dispositions précitées que, hors le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, prise en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. La seule circonstance qu'un demandeur d'asile fasse l'objet d'une mesure d'éloignement et soit placé en rétention au moment de l'introduction de sa demande ne permet pas de présumer que ladite demande a été introduite dans le seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de cette mesure d'éloignement.
7. Pour prononcer le maintien en rétention administrative de M. B, le préfet de l'Isère s'est fondé sur le motif tiré de ce que la demande d'asile qu'il a déposée le 18 décembre 2023 n'a été présentée que dans le seul but de retarder ou de compromettre la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Le préfet a relevé que l'intéressé avait fait part de sa volonté de déposer une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention, que M. B, présent depuis trois ans sur le territoire national selon ses déclarations, n'avait jusqu'alors fait état d'aucun risque ou menace en cas de retour dans son pays d'origine. Le requérant conteste le caractère dilatoire de sa demande d'asile en invoquant des menaces de mort dans son quartier dans son pays d'origine. Toutefois, si le requérant indique de telles menaces, il ne produit aucun justificatif à l'appui de ses allégations. Qui plus est, M. B n'apporte aucune précision sur la nature et l'origine des menaces dont il indique faire l'objet en Algérie et alors que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait antérieurement fait part de menaces en Algérie. Il n'est pas davantage soutenu que le requérant serait venu en France pour solliciter l'asile, M. B indiquant être présent sur le territoire national depuis plusieurs années. Enfin, il ressort des pièces produites en défense que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a rejeté la demande d'asile de M. B par une décision du 26 décembre 2023 pour irrecevabilité. Ainsi, au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de l'Isère a pu valablement estimer que la demande d'asile de M. B n'avait été présentée que dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et il n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. L'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'OFPRA devant la CNDA, juridiction devant laquelle, au demeurant, il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Dans ces conditions, le droit à un recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la CNDA. Par suite, et en tout état de cause, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, en le privant d'un recours suspensif auprès de la CNDA, serait contraire aux stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.
Le magistrat délégué,
F. Bodin-Hullin
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026