vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2311087 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, M. F A, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Vienne a prononcé son expulsion du territoire français, lui a retiré sa carte de résident valide du 19 mai 2021 au 18 mai 2031 et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui restituer sa carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;
En ce qui concerne la décision portant expulsion du territoire français :
- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors que le préfet de la Vienne a considéré à tort, d'une part, qu'il n'était pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et, d'autre part, qu'il ne démontrait pas entretenir avec sa mère, son frère et sa sœur des liens intenses, anciens et stables alors qu'il est incarcéré depuis le 22 juillet 2023 ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen préalable, sérieux, réel de l'ensemble de son comportement et est dès lors entachée d'une erreur de droit ; en effet, le préfet de la Vienne n'a pas pris en considération la date des faits qui lui ont été reprochés et pour lesquels il a été condamné alors que la commission d'expulsion a, pour sa part, constaté que les faits en cause avaient été commis quelques mois avant son hospitalisation sous contrainte et avant qu'un traitement ne lui soit prescrit ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public ; en effet, alors que celle-ci doit être appréciée à la date d'édiction de la décision attaquée, des " signalements " ne sauraient permettre de caractériser la menace à l'ordre public, lesdits " signalements " d'août 2021 et de février 2022 n'ayant donné lieu à aucune condamnation et la seule condamnation de juillet 2023 ne permettant pas de considérer que son comportement serait constitutif d'une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne pourrait pas bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine ; en effet, outre un suivi psychologique et psychiatrique, il se voit également administrer une injection de paliperidone toutes les quatre semaines ; cette substance contenue dans les gammes de paliperidone biogaran, paliperidone teva, trevicta et xeplion, n'apparaît pas dans la liste des médicaments essentiels en Côte d'Ivoire, pas plus que les quatre gammes précitées ; en outre, eu égard à sa pathologie (schizophrénie), son isolément, en cas de retour dans son pays d'origine, devra être pris en considération ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision d'expulsion du territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il ne pourra bénéficier en cas de retour dans son pays d'origine d'une prise en charge effective de son état de santé.
Un mémoire en défense présenté par la préfète du Rhône a été enregistré le 20 février 2024 et n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, l'instruction ayant été clôturée trois jours francs avant l'audience.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baux,
- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,
- et les observations de Me Guillaume, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 25 novembre 2002, de nationalité ivoirienne, est entré régulièrement en France, le 9 novembre 2018, muni d'un visa long séjour valable du 30 octobre 2018 au 28 janvier 2019, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial initiée par sa mère. Le 19 mai 2021, l'intéressé s'est vu délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, valide du 19 mai 2021 au 18 mai 2031. Au cours de l'année 2022, l'état de santé mentale de M. A s'est dégradé et il a fait l'objet de plusieurs hospitalisations sous contrainte, en soins psychiatriques. En outre, M. A s'est fait défavorablement connaître des services de police et de la justice puisqu'en août 2021, il a été poursuivi pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et port sans motif légitime d'armes de catégorie D, en février 2022, il a été mis en cause pour des violences sur une personne chargée d'une mission de service public, sans incapacité, et dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique, enfin, par un jugement du tribunal judiciaire de Poitiers en date du 24 juillet 2023, l'intéressé a été condamné, pour vol avec violence et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, à une peine de douze mois d'emprisonnement délictuel dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, avec interdiction de détenir ou de porter une arme pendant trois ans pour des faits de vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Aussi, à compter du 22 juillet 2023, M. A a été incarcéré au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, la date de sa libération a été fixée au 27 novembre 2023. En suivant, le préfet de la Vienne a diligenté à l'encontre du requérant une procédure d'expulsion. Ainsi, le 19 octobre 2023 M. A était informé de sa convocation devant la commission d'expulsion qui, réunie le 8 novembre 2023, rendra, le 17 novembre suivant, un avis défavorable à son expulsion. Le 24 novembre 2023, le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, son état de santé lui permettant par ailleurs de voyager sans risque an cas de retour vers son pays d'origine. Ainsi, par un arrêté en date du 27 novembre 2023, dont M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de la Vienne a prononcé son expulsion, lui a retiré sa carte de résident valide jusqu'au 18 mai 2031 et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par une ordonnance en date du 24 janvier 2024, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de ces décisions.
2. L'arrêté contesté du 27 novembre 2023 a été signé par M. E C, préfet de la Vienne, régulièrement nommé par décret du Président de la République en date du 15 février 2022 publié au journal officiel de la République française du 16 février suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant expulsion du territoire français :
3. En premier lieu, M. A soutient que le préfet de la Vienne aurait commis une double erreur de fait en relevant d'une part, qu'il ne serait pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et d'autre part, qu'il ne démontrerait pas entretenir avec sa mère, son frère et sa sœur des liens intenses, anciens et stables alors qu'il est incarcéré depuis le 22 juillet 2023. Toutefois, si le requérant fait état d'une part, de ce qu'il n'a plus de lien avec son père depuis 2012, ses grands-parents étant décédés en 2017, il ressort cependant des pièces du dossier et notamment des propos tenus lors de son audition par la commission départementale d'expulsion des étrangers, le 8 novembre 2023, que l'intéressé a vécu chez son grand frère à Abidjan lors du départ de sa mère pour la France. D'autre part, M. A ne verse au débat aucun élément permettant de justifier de ce que ses liens avec sa famille résidant sur le territoire français seraient " suffisamment anciens, intenses et stables " ainsi que le fait valoir le préfet de la Vienne. Par suite, alors que l'autorité administrative n'a pas contesté l'existence de liens entre le requérant et sa famille mais s'est borné à en apprécier la nature, c'est sans commettre d'erreurs de fait que le préfet de la Vienne a prononcé l'expulsion de M. A.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Vienne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. A avant d'édicter à son encontre la décision en litige. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative s'agissant de la grave menace que représenterait son comportement pour l'ordre public en soulignant qu'il a fait l'objet d'une unique condamnation et que l'infraction pour laquelle il a été condamné est en lien avec une pathologie qui n'a été détectée qu'au cours de son incarcération, il ressort toutefois de la lecture de la décision attaquée, que le préfet a effectivement pris en compte l'ensemble du parcours de l'intéressé depuis son arrivée sur le territoire national en 2018 et ainsi le déroulement chronologique des faits sur lesquels il lui revient de porter une appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen préalable, sérieux et réel de l'ensemble de son comportement doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". L'autorité compétente pour prononcer une mesure de police administrative sur le fondement de ces dispositions, qui ont pour objet de prévenir les atteintes à l'ordre public qui pourraient résulter du maintien d'un étranger sur le territoire français, doit caractériser l'existence d'une menace grave au vu du comportement de l'intéressé et des risques objectifs que celui-ci fait peser sur l'ordre public. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
6. Pour considérer que la présence en France de M. A constituait une menace grave pour l'ordre public au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vienne s'est fondé d'une part, sur le passé judiciaire de l'intéressé notamment sur les faits d'usage illicite de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 23 août 2021, pour lequel une convocation en vue d'une composition pénale en novembre 2021 lui a été remise, du vol à l'étalage et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 24 février 2022, de violence sur une personne chargée de mission de service public sans incapacité et dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité publique le 26 février 2022, du vol avec violence et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 6 juillet 2023, pour lequel l'intéressé a été condamné à une peine d'emprisonnement de douze mois dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans et a été incarcéré au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, d'autre part sur la méconnaissance du requérant de ses obligations dans le cadre de son sursis probatoire et enfin, sur plusieurs hospitalisations sous contrainte.
7. En l'espèce, alors même que la commission d'expulsion a rendu, le 17 novembre 2023, un avis défavorable à la proposition d'expulsion présentée par l'autorité préfectorale, il est constant d'une part, que les faits reprochés à M. A, alors même qu'ils n'ont pas tous été pénalement sanctionnées, sont récents, d'autre part, que leur gravité est croissante, le dernier épisode délictuel ayant abouti à une condamnation pénale d'un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis et enfin, que l'intéressé ne fait état d'aucun gage de réinsertion sociale ou professionnelle qui serait de nature à prévenir un risque de récidive. Par suite, alors même que M. A soutient que l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, auraient été commis alors que sa pathologie n'avait pas encore été prise en charge, en considérant que l'intéressé constituait une menace grave pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors au demeurant qu'il ne justifie pas être parfaitement pris en charge et suivi pour sa pathologie, le préfet de la Vienne n'en a pas fait une inexacte application.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la décision attaquée : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes () 5° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Et aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine. "
9. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
10. Par la décision attaquée, le préfet de la Vienne qui s'est approprié les termes et le sens de l'avis rendu, sur sa saisine, par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le 24 novembre 2023, et a considéré que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il pourrait y bénéficier d'un traitement approprié. Si l'intéressé qui fait l'objet d'un suivi psychologique et psychiatrique, soutient que son traitement ne serait pas disponible dans son pays d'origine et verse au débat notamment des attestations d'admission et de prolongation en soins psychiatriques au sein d'un centre hospitalier, une ordonnance de maintien de la mesure de soins psychiatriques durant douze jours du tribunal judiciaire de Poitiers, datée du 20 mai 2022 puis une mainlevée, ainsi qu'une unique ordonnance relative au médicament qui lui est prescrit et qu'il reçoit en injection, et s'il affirme que cette substance n'apparaît pas dans la liste des médicaments essentiels en Côte d'Ivoire, il n'apporte toutefois aucune autre pièce attestant que seul ce traitement pourrait lui être administré et qu'une autre molécule, disponible en Côte d'Ivoire, ne pourrait lui être substituée. Il résulte de ces éléments que le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 631-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. M. A fait état de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée sur le territoire français dès lors qu'il y réside depuis son arrivée en novembre 2018, avec sa mère et sa sœur, qu'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française et enfin qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine. Cependant, il ressort des pièces du dossier que si le requérant est effectivement présent en France depuis cinq années à la date de la décision attaquée, il ne justifie ni d'une insertion sociale ou professionnelle particulière alors que titulaire d'une carte de résident, valide du 19 mai 2021 au 18 mai 2031, il y séjournait régulièrement sous couvert d'une, ni davantage de réelles perspectives de réinsertion et qu'enfin, ainsi qu'il a été précisé au point 7, il constitue une menace grave pour l'ordre public. Par ailleurs, s'il affirme qu'il réside avec sa mère et sa sœur, il a également affirmé vivre chez Mme D B. Enfin, M. A qui demeure célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'en novembre 2018, l'intéressé ayant affirmé avoir vécu chez son grand frère, à Abidjan, lors du départ de sa mère pour la France. Par suite, eu égard aux conditions de son séjour en France, le préfet de la Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. En l'absence d'illégalité de la décision d'expulsion du territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
14. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
15. M. A soutient qu'il sera privé d'une prise en charge médicale appropriée en Côte d'Ivoire et qu'ainsi ce retour aura pour effet de l'exposer à des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 10, le requérant ne démontre pas qu'il ne pourrait être médicalement suivi dans son pays d'origine, ni qu'il ne pourrait y bénéficier du traitement approprié. Dans ces conditions, le moyen tel qu'il est articulé ne pourra qu'être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions à fin d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Guéguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
La présidente-rapporteure, L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
A. Baux C. Bertolo
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026