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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2311118

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2311118

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2311118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2023, M. B C se disant M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 Lyon - Saint Exupéry) demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Loire du 25 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée ;

La première vice-présidente du tribunal, chargée par intérim des fonctions de présidente du tribunal pour la période du 1er au 31 décembre 2023 a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 décembre 2023, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Lachenaud, avocate, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Coquel substituant Me Tomasi, avocate du préfet de la Loire, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C se disant M. B A, ressortissant algérien né le 6 juin 2000, a fait l'objet le 25 décembre 2023 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

3. Les décisions litigieuses ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du préfet de la Loire du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

4. L'arrêté du préfet de la Loire du 25 décembre 2023 faisant obligation de quitter le territoire français à M. C vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a fait état de ce que le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de " port d'arme prohibé catégorie D recel de biens provenant d'un vol " et que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits constitutifs d'une menace pour l'ordre public de vol à l'étalage commis le 23 novembre 2022. Le préfet a enfin visé les dispositions applicables à sa situation et a rappelé que M. C est célibataire et sans enfant à charge et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet n'est pas tenu en tout état de cause de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant mais ceux qui ont fondé sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

5. Il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. C au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. C, né le 6 juin 2000 et de nationalité algérienne, déclare avoir quitté l'Algérie en 2019 et être entré en France ensuite à l'issue d'un séjour en Espagne. Il fait en effet valoir qu'après avoir résidé en Espagne pendant une année, il a rejoint la France pour loger chez son frère puis dans son propre logement. Il met en avant ses attaches familiales à travers la présence de deux frères en France et de deux frères en Espagne. Il ajoute qu'il exerce une activité professionnelle en qualité de mécanicien dans un garage et qu'il est " en train de monter un dossier pour déposer une demande de titre de séjour auprès de la préfecture ". Toutefois, il n'est pas contesté qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire sans avoir cherché à régulariser sa situation administrative. Alors que le préfet précise dans sa décision que le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de " port d'arme prohibé catégorie D recel de biens provenant d'un vol " et que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits constitutifs d'une menace pour l'ordre public de vol à l'étalage commis le 23 novembre 2022, M. C ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire national. Il dispose d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

8. Aux termes de l'article L. 612-10 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Pour interdire le retour sur le territoire français à M. C pour une durée d'un an, le préfet a considéré que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge et qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 24 novembre 2022, n'établit pas être dépourvu de toutes attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Le préfet indique qu'il a été placé en garde à vue pour les faits précédemment rappelés. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent ainsi être écartés. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans disproportion, que cette autorité a pu interdire de retour sur le territoire M. C.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B C se disant M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C se disant M. B A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C se disant M. B A et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le magistrat délégué,

F. Bodin-Hullin

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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