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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2311179

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2311179

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2311179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Paquet demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 février 2023, par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans le délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente de l'instruction de sa demande, un récépissé dans le même délai et sous la même condition d'astreinte ; à défaut, d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 8 jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Paquet en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation des faits et d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de vulnérabilité ne lui a pas permis de comprendre qu'il devait déposer sa demande de titre de séjour au titre de la santé dans un certain délai ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle pourrait avoir sur sa situation personnelle ;

- en prenant la décision attaquée, la préfète de l'Ain s'est estimée en situation de compétence liée et a méconnu son pouvoir discrétionnaire d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête de M. B n'est fondé.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle n°2023/006678 du 10 novembre 2023, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 relative à l'aide juridique du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme C, magistrate rapporteure,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 21 février 1978 à Gabrice (Yougoslavie), de nationalité kosovare, déclare être entré en France le 25 août 2022 avec son épouse et ses enfants. Le 1er septembre 2022, l'intéressé a introduit une demande de protection internationale, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 décembre 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 22 mai 2023. Par un courrier du 6 janvier 2023, reçu en préfecture le 16 janvier suivant, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 20 février 2023 la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de l'intéressé au motif que celle-ci a été introduite après l'expiration du délai de trois mois, prévu aux articles L.431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans aucune circonstance nouvelle susceptible de justifier l'enregistrement de ladite demande au-delà du délai imparti. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les circonstances invoquées par M. B, tenant à des périodes d'hospitalisation successives et longues l'empêchant de préparer et d'introduire son dossier de demande de titre de séjour en raison de son état de santé dans les délais, ne sont établies par aucune des pièces du dossier.. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, qui mentionne notamment que l'intéressé indique lui-même qu'il était d'ores et déjà atteint de sa pathologie à son arrivée en France, qu'elle aurait été prise sans réel examen de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

4. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées ci-avant, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande au motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai. Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre de séjour. L'étranger ne peut se prévaloir pour la première fois devant le juge d'une telle circonstance.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du document produit en défense, que M. B a été informé, le 1er septembre 2022, par la remise d'une notice d'information rédigée dans sa langue maternelle, de la possibilité de solliciter son admission au séjour sur un autre fondement que l'asile, notamment des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade. Il a également été informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, il ne pourra, à l'expiration d'un délai de deux ou trois mois, solliciter son admission au séjour. Dès lors, M. B, qui a par ailleurs fait l'objet d'une orientation à l'hébergement en centre d'accueil pour demandeur d'asile (CADA) où il a bénéficié d'un accompagnement administratif et juridique pris en charge par l'Etat, n'est pas fondé à se prévaloir d'un défaut d'information dans les conditions prévues par l'article L. 431-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même que, comme cela a déjà été dit au point 2 du présent jugement, les circonstances invoquées par M. B, tenant à des périodes d'hospitalisation successives et longues l'empêchant de préparer et d'introduire son dossier de demande de titre de séjour en raison de son état de santé dans les délais, ne sont établies par aucune des pièces du dossier.

6. En troisième lieu, le requérant, qui indique lui-même être atteint de sa pathologie depuis de nombreuses années et en tout état de cause dès son arrivée sur le territoire français, n'a fait état d'aucune circonstance de fait ou de droit nouvelle, c'est-à-dire d'un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration du délai de trois mois qui lui est opposé. Par ailleurs, l'identification par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de sa vulnérabilité le 3 octobre 2022, justifiant une orientation au sein du parc d'hébergement pour demandeurs d'asile n'implique pas par elle-même que la situation de l'intéressé relèverait de la délivrance d'un titre de séjour pour soins et confirme a contrario l'existence de ladite situation dès l'enregistrement de la demande d'asile. Par suite, la préfète de l'Ain a pu, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour que M. B a présentée au regard de son état de santé.

7. En quatrième lieu, un refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour ne porte pas par lui-même une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ce refus sur la situation personnelle de l'intéressé, doivent être écartés en ce qu'ils sont inopérants.

8. En dernier lieu, le requérant soutient que la préfète de l'Ain se serait sentie liée par l'expiration du délai d'introduction de sa demande et a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en méconnaissant son pouvoir discrétionnaire et la possibilité de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B. Toutefois, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète de l'Ain s'est estimée en situation de compétence liée du fait de l'expiration du délai et de l'absence de circonstances nouvelles démontrées par l'intéressé à l'appui de sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du pouvoir discrétionnaire d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Copie en sera adressée à Me Nolwenn Paquet.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pascale Dèche, présidente,

Mme Marie-Laure Viallet, conseillère,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

L. C

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

N°2311179

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