mardi 2 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2311187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 27 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- En ce qui concerne le refus de départ volontaire :
- il méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le risque de soustraction à la mesure d'éloignement n'est pas établi ;
- En ce qui concerne l'interdiction de retour d'une durée de deux ans :
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'inscription dans le système d'information Schengen entraîne l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique de tout l'espace Schengen ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;
- le préfet n'a pas pris en considération sa situation personnelle ;
- elle est manifestement disproportionnée.
Le préfet de l'Isère a produit des pièces les 29 décembre 2023 et 2 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;
- les observations de Me Messaoud, substituant Me Vibourel, avocate de M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise d'une part, que le refus de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la vie privée et familiale du requérant et d'autre part, que l'interdiction de retour est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement et du refus de délai de départ volontaire ;
- les observations de Me Tomasi, avocat, du préfet de l'Isère.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 30 octobre 1985, est entré en France, le 1er novembre 2014, sous couvert d'un visa de court séjour valable 90 jours, selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 décembre 2023, notifié le même jour, le préfet de l'Isère a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un second arrêté du 27 décembre 2023, notifié le même jour, le préfet l'a placé en rétention administrative. M. A demande l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour d'une durée de deux ans.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".
4. M. A se prévaut d'une part, de sa relation avec une ressortissante portugaise avec laquelle il envisage de se marier et d'autre part, de la présence en France de sa tante et de ses cousins ainsi que de l'exercice d'une activité professionnelle dans le secteur de la restauration. Toutefois, il n'apporte, dans le cadre de la présente instance, aucun élément à l'appui de ses allégations. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition de l'intéressé du 26 décembre 2023, qu'il a déclaré être sans profession, sans ressource, avoir oublié son adresse, ne plus vouloir rester en France et vouloir partir en Espagne. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et en particulier des termes de la décision attaquée que M. A a sollicité l'asile, le 10 avril 2015. Sa demande a été rejetée, le 31 août 2015. Le recours qu'il a exercé à l'encontre de cette décision a également été rejeté, le 6 avril 2016. Le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, le 29 septembre 2016, à la suite du rejet de sa demande de titre de séjour. Il a, de nouveau, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 7 janvier 2021, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, puis le 12 octobre 2022, assortie d'une interdiction de retour de même durée, qu'il n'a pas exécutées. En outre, il n'a pas respecté l'assignation à résidence prise à son encontre, le 7 janvier 2021, selon le procès-verbal du commissariat de police de Grenoble du 29 janvier 2021. Enfin, M. A a été interpellé, le 6 janvier 2021, pour violation de domicile, le 1er mars 2022, pour abus de confiance, le 11 octobre 2022, pour vol avec destruction et dégradation et le 26 décembre 2023, pour des faits de détention de stupéfiant et port d'arme de catégorie D. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation notamment au regard de la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612 1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".
6. Le préfet de l'Isère s'est fondé, pour considérer qu'il existait un risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une part, sur l'inexécution des décisions d'éloignement précédemment prononcées à l'encontre de M. A et d'autre part, sur l'absence de respect de la mesure d'assignation dont il avait fait l'objet. Si le requérant fait valoir que sa situation personnelle a complètement changé depuis l'édiction de ces mesures, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et ne démontre pas que le risque de soustraction n'est pas établi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
7. En premier lieu, l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision portant refus de départ volontaire n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
9. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour prononcer à l'encontre de M. A, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de l'Isère s'est fondé notamment sur la durée du séjour du requérant et l'absence d'insertion sociale ou professionnelle particulière. L'autorité administrative a également relevé que le comportement du requérant représentait une menace à l'ordre public compte tenu des interpellations dont il avait fait l'objet et qu'il s'était soustrait aux trois mesures d'éloignement prononcées à son encontre.
10. En l'espèce, M. A s'est vu refuser un délai de départ volontaire et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, il se trouve dans la situation prévue par ces dispositions selon lesquelles le préfet doit prononcer une interdiction de retour. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant à deux ans la durée de cette interdiction, le préfet de l'Isère aurait pris une mesure disproportionnée notamment au regard de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté à supposer que M. A ait entendu le soulever à l'encontre de la décision attaquée. L'interdiction de retour n'est pas davantage entachée d'erreur dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur leur situation personnelle.
12. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
13. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige produit des effets sur un éventuel droit au séjour dans un autre État membre de l'espace Schengen en ce que cette décision, qui emporte une inscription dans le système d'information Schengen et l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour, constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen, une telle assertion relève d'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, mais demeure sans incidence quant à la légalité de cette mesure.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.
La magistrate désignée,
N. BARDAD
Le greffier,
T. CLEMENT
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026