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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2311246

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2311246

jeudi 4 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2311246
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Penin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Savoie a fixé le pays de renvoi en exécution d'une décision d'interdiction définitive du territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet doit justifier d'une délégation de signature ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur entraînant une confusion dans l'analyse de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 dès lors qu'il doit avoir été mis à même de présenter ses observations, par le biais d'une notification écrite, et disposer d'un délai suffisant à cet effet ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Le préfet de la Savoie a produit des pièces, le 3 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Penin, avocat de M. A qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen dans la mesure où le préfet n'a pas pris en considération la demande d'asile déposée en Allemagne par le requérant ;

- les observations de M. A, en présence de M. C, interprète en langue arabe ;

- les observations de Me Tomasi, avocat du préfet de la Savoie, qui indique notamment que M. A se prévaut au stade de sa requête d'une demande d'asile en Allemagne, qu'il est inconnu des services de police allemands et qu'il n'existe pas de preuve du dépôt de sa demande d'asile dans ce pays.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 9 janvier 2004, a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Saint-Etienne du 21 septembre 2022, à une peine de deux ans d'emprisonnement, à l'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans et à une interdiction définitive du territoire français pour des faits d'une part,, de vol facilité par l'état d'une personne vulnérable commis le 20 septembre 2022 à Saint-Etienne (Loire) et d'autre part, de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours commis le 14 mars 2022, dans la même ville. Par une décision du 21 décembre 2023, notifiée le 30 décembre 2023, le préfet de la Savoie a fixé le pays à destination duquel M. A sera renvoyé en exécution de cette décision d'interdiction définitive du territoire français. Par une seconde décision du 28 décembre 2023, également notifiée le 30 décembre 2023, le préfet a prononcé son placement en rétention administrative. M. A demande l'annulation de la décision du 21 décembre 2023 fixant le pays de renvoi.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme Nathalie Tochon, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Savoie du 19 décembre 2023, publié, le 20 décembre 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. En outre, il mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Si le requérant fait valoir que l'autorité administrative n'a pas pris en considération la demande d'asile qu'il a déposée en Allemagne, il ressort des pièces du dossier et des observations formulées à l'audience par le préfet de la Savoie d'une part, que M. A s'est prévalu d'une demande d'asile déposée en Allemagne uniquement dans le cadre de sa requête et d'autre part, que l'intéressé est inconnu des fichiers de police allemands. Une demande d'asile a été enregistrée en Allemagne sous l'identité de M. D, né le 1er janvier 1993 à Oran (Algérie) et a été close, le 3 juin 2021, à la suite d'un départ pour un pays inconnu, le 27 mai 2021 et une menace d'expulsion, le 2 juillet 2021. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à se prévaloir d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. (). ".

7. La décision fixant le pays de renvoi prise par le préfet, en exécution d'une décision judiciaire d'interdiction du territoire français, a le caractère d'une mesure de police soumise notamment aux dispositions précitées des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

8. Par une lettre du 20 décembre 2023, notifiée le 21 décembre 2023, à 10 heures 35, le préfet de la Savoie a recueilli les observations de M. A sur le pays à destination duquel il envisageait de le reconduire en exécution de l'interdiction définitive du territoire français prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, le 21 décembre 2022. Cette lettre comporte les observations écrites de M. A selon lesquelles il a déclaré : " Je veux quitter la France, mais je ne veux pas aller en Algérie car j'ai trop de problèmes, je crains pour ma vie ". Par ailleurs, la décision du 21 décembre 2023 fixant l'Algérie comme pays de renvoi, ou tout autre pays où M. A serait légalement admissible, lui a été notifiée le 30 décembre 2023, à 10 heures 07. Dans le cadre de sa requête, M. A ne fait pas état d'autres éléments que ceux qu'il a exposés et qui auraient pu être de nature à exercer une influence sur la décision du préfet de la Savoie. Dans ces conditions, le requérant, qui a pu effectivement présenter ses observations, n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public doit être écarté dans toutes ses branches.

9. En cinquième lieu, le requérant soutient que le préfet commet des erreurs, dans la décision attaquée, qui entraîne une confusion dans l'analyse de sa situation lorsqu'il indique qu'il n'encoure pas de menace en cas de retour en Italie alors qu'il décide de le renvoyer à destination de l'Algérie.

10. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Savoie a relevé que si M. A déclarait craindre pour sa vie en cas de retour en Algérie, il n'avait pas sollicité l'asile ni en Italie ni en France depuis son arrivée sur le territoire national en 2021. Si l'autorité administrative conclut que le requérant n'établit pas notamment que sa vie ou sa liberté serait menacées en cas de retour en Italie, cette erreur matérielle est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dans la mesure où les motifs de cette décision permettent de comprendre que M. A sera renvoyé dans son pays d'origine où réside son enfant et où il a vécu la majeure partie de sa vie et que le dispositif de la décision prononce son éloignement à destination de l'Algérie ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En sixième lieu, aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou dans lequel il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Le requérant n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles il encourrait, à la date de la décision attaquée, des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2024.

La magistrate désignée,

N. BARDAD

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière.

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