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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2311272

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2311272

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2311272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantARCHENOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Marseille, M. A B, représenté par Me Archenoul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 28 novembre 2023 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d' " erreur manifeste d'appréciation " au regard des attaches familiales dont il dispose en France ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'erreur d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception de l'illégalité affectant le refus de délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 29 décembre 2023, transférant la requête de M. B au tribunal administratif de Lyon ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 15 février 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

3. M. B, de nationalité algérienne, est entré en France selon ses déclarations en 2020. Il a été interpellé le 28 novembre 2023. N'ayant pu présenter de document justifiant son entrée ni son séjour en France, le préfet a ordonné son éloignement sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En premier lieu, la décision contestée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé pour ordonner l'éloignement de M. B. Elle est donc suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition de M. B par les forces de police le 28 novembre 2023, que l'intéressé, qui a bien été informé de son droit à l'assistance d'un avocat, a pu présenter ses observations sur les conditions de son séjour en France et la perspective de son éloignement du territoire. Le moyen par lequel il soutient que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation du droit d'être entendu, manifestement infondé, ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, la décision contestée ne se prononce pas sur le droit au séjour de M. B, mais ordonne son éloignement du territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement en France et est dépourvu de tout document l'autorisant à séjourner sur le territoire. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir qu'elle aurait été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du même code, qui régit les conditions dans lesquelles un étranger peut obtenir de plein droit la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs tirés de sa vie privée et familiale. Au surplus, la situation des ressortissants algériens étant intégralement régie par l'accord franco-algérien du 21 décembre 1968, de telles dispositions ne lui sont pas applicables. Dans ces circonstances, le moyen soulevé par M. B est inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. A supposer que M. B ait entendu se prévaloir de ce qu'il entre dans la catégorie des étrangers susceptibles de se voir remettre un titre de séjour de plein droit, ce qui constituerait un obstacle à son éloignement, il ne l'établit pas par la seule invocation de la présence en France de deux de ses frères dont l'un serait en séjour régulier. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté, de même que le moyen selon lequel la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Il est constant que M. B est entré irrégulièrement en France, et n'a entamé aucune démarche en vue de régulariser son séjour. Il a par ailleurs indiqué au cours de son audition par les forces de police, être opposé à un retour en Algérie. Enfin, il est dans l'incapacité de justifier d'un hébergement. Dans ces circonstances, le préfet pouvait valablement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il existe un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement, quand bien-même le comportement de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, ce motif n'ayant d'ailleurs pas été retenu par l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

11. Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

12. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, sans invoquer d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français serait elle-même illégale.

13. En outre, cette décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Elle est ainsi suffisamment motivée.

14. Enfin, pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur la circonstance que M. B, qui est entré irrégulièrement en France, s'y est maintenu pendant près de trois ans sans entamer aucune démarche en vue de régulariser son séjour, et a également retenu que l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifiait d'aucune attache familiale intense en France à l'exception de deux frères, l'essentiel de sa famille résidant toujours en Algérie. En se bornant à invoquer la présence de ses deux frères sur le territoire français, M. B ne démontre pas que la durée de l'interdiction de retour présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle, compte tenu de l'ensemble des motifs fondant la décision et qui viennent d'être évoqués. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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