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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400047

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400047

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024 Mme A B, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 4 septembre 2023 du préfet de la Loire portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " ou " travailleur temporaire " et, dans l'attente et sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et, dans l'attente et dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- le préfet de la Loire doit justifier que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;

- les décisions portant refus de titre de séjour, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

Le préfet de la Loire a produit des pièces enregistrées le 28 mars 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2023.

L'instruction a été close au 16 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Michel ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise, demande l'annulation des décisions du 4 septembre 2023 du préfet de la Loire portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du 13 juillet 2023, régulièrement publié le 24 juillet suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions du 4 septembre 2023, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si Mme B fait grief au préfet de la Loire de ne pas avoir suffisamment motivé en fait les décisions portant refus de titre de séjour, fixation du pays de destination et interdiction de retour attaquées en ce qu'elle justifie d'un ancrage personnel et familial fort sur le territoire français depuis 2016 et en ce qu'il n'a pas mis en balance ses intérêts sur ce territoire face à la nécessité de lui opposer une interdiction de retour pendant une durée de six mois, un tel moyen se rattache, toutefois, au bien-fondé de ces décisions, qui sont suffisamment motivées en fait, et non à leur motivation formelle.

4. En dernier lieu, si Mme B se prévaut de sa présence en France depuis 2016 et de celle de son mari et de leurs deux enfants, âgés de dix et six ans à la date des décisions attaquées, le cadet étant né en France, de ce qu'elle a pris des cours de français et de ce qu'elle a constitué un réseau amical, son époux est également en situation irrégulière et rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine du couple où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Il en résulte que les décisions attaquées ne portent pas au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ne sont pas illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

6. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, vice-présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

C. Michel

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. Lacroix

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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