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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400053

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400053

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024 M. C D, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 26 juillet 2023 du préfet de la Loire portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " ou " travailleur temporaire " et, dans l'attente et sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente et dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet de la Loire doit justifier que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;

- les décisions portant refus de titre de séjour, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées en fait ;

- le préfet de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-les motifs qu'il a invoqués ne sont pas de nature à justifier légalement l'interdiction de retour dans son principe et sa durée ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

Le préfet de la Loire a produit des pièces enregistrées le 28 mars 2024.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 10 novembre 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 16 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Michel ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, demande l'annulation des décisions du 26 juillet 2023 du préfet de la Loire portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. B A Floc'h, sous-préfet chargé de mission auprès du préfet et secrétaire général adjoint de la préfecture de la Loire, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du 19 juin 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions du 26 juillet 2023, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions portant refus de titre de séjour et fixation du pays de renvoi sont suffisamment motivées en fait, le préfet de la Loire n'étant pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. D dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il a jugé pertinents pour justifier le sens de ses décisions. Pour lui interdire de retourner en France pour une durée de trois mois, le préfet s'est fondé sur les circonstances selon lesquelles il était entré assez récemment, il n'avait pas d'attaches sur le territoire français, il s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement et il n'a jamais eu de comportement troublant l'ordre public. Ce faisant, le préfet a motivé sa décision compte tenu des quatre critères énumérés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En troisième lieu, M. D ne peut utilement soutenir que le préfet de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens.

5. En quatrième lieu, M. D se prévaut de sa présence en France depuis 2015, de l'obtention en 2018 du diplôme d'études en langue française au niveau A2, de son expérience de bénévolat aux " Restaurants du Cœur ", de son engagement en juin 2022 à temps plein par contrat à durée indéterminée en qualité de technicien fibre, de ses compétences et qualifications professionnelles et de ce qu'il a créé en décembre 2022 sa propre entreprise d'installation de fibre optique. Toutefois, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2018 qu'il n'a pas exécutée et il ne dispose pas d'attaches familiales en France alors que son épouse et leurs trois enfants résident en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. Le préfet de la Loire a décidé d'interdire à M. D de revenir en France pendant trois mois pour les motifs énoncés au point 3. Ces motifs justifient cette décision dans son principe et sa durée. Par suite, le préfet n'a pas une inexacte application des dispositions citées au point 6.

8. Il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ne sont pas illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

9. Il s'ensuit que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, vice-présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

C. Michel

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. Lacroix

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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