jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024 sous le n° 2400054, M. E H, représenté par Me Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 25 septembre 2023 de la préfète du Rhône portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir sans délai d'un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros HT à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la préfète du Rhône doit établir que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;
- elle n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de rejeter sa demande de titre de séjour, et a commis une erreur de droit ;
- la décision portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine du collège de médecins de l'OFII ;
- la préfète a méconnu les articles L. 423-23, L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire et du pays de destination sont illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024 la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.
Des mémoires enregistrés les 14 et 30 avril 2024 présentés pour M. H n'ont pas été communiqués.
L'instruction a été close au 16 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars 2024.
Par une décision du 10 novembre 2023, M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024 sous le n° 2400055, Mme B H, représentée par Me Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 25 septembre 2023 de la préfète du Rhône portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir sans délai d'un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros HT à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la préfète du Rhône doit établir que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;
- elle n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de rejeter sa demande de titre de séjour, et a commis une erreur de droit ;
- la décision portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine du collège de médecins de l'OFII ;
- la préfète a méconnu les articles L. 423-23, L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire et du pays de destination sont illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.
Des mémoires enregistrés les 14 avril et 4 mai 2024 présentés pour Mme H n'ont pas été communiqués.
L'instruction a été close au 16 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars 2024.
Par une décision du 10 novembre 2023, Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- les rapports de Mme Michel,
- et les observations de Me Lulé, pour M. et Mme H.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2400054 et 2400055 sont relatives au droit au séjour et à l'éloignement des membres d'un couple de ressortissants étrangers et présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme H, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 31 mai 2015 à l'âge, respectivement, de 62 et 63 ans, sous couvert de visas de court séjour. Après le rejet définitif de leurs demandes d'asile, ils ont obtenu chacun une carte de séjour temporaire pour raisons de santé, valable du 30 juin 2017 au 29 juin 2018 pour M. H et du 5 mai 2020 au 4 mai 2021 pour Mme H. Le préfet du Rhône a ensuite délivré à M. H une carte de séjour temporaire sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, pour lui permettre de demeurer en France aux côtés de son épouse, pendant la durée des soins nécessaires à l'état de santé de celle-ci, valable du 5 mai 2020 au 4 mai 2021. Le 8 janvier 2023, les époux ont déposé des demandes de renouvellement de leur titre de séjour. Ils contestent, chacun en ce qui les concerne, les décisions du 25 septembre 2023 de la préfète du Rhône portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme D G, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du 29 août 2023, régulièrement publié le 1er septembre suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions du 25 septembre 2023 doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. et Mme H. Si ses arrêtés mentionnent qu'ils ont une fille C et qu'elle réside en Géorgie alors que C est leur fils et vit aux Etats-Unis, la préfète a statué au vu des éléments qu'ils avaient portés à sa connaissance, puisqu'ils ont déclaré être parents, sans autre précision, de deux enfants prénommés F et C et que Tbilissi est le domicile de C, prénom qui peut prêter à confusion. Par ailleurs, s'ils reprochent à la préfète d'avoir estimé que les circonstances que leur fils F ait la nationalité française et soit présent en France sont sans incidence sur l'appréciation de leur vie privée et familiale, cette motivation ne révèle pas une erreur de droit.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / (). ".
6. La préfète du Rhône a versé à l'instance l'avis, dont la réalité est ainsi établie, émis le 27 juin 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur l'état de santé de Mme H. Le moyen tiré de ce que la décision refusant un titre de séjour à Mme H serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière doit, dès lors, être écarté. M. H, qui a demandé le 8 janvier 2023 le seul renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui lui avait été délivrée sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement soutenir que la décision de refus de titre de séjour le concernant serait entachée d'un tel vice.
7. Dans son avis du 27 juin 2023, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de Mme H nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. L'intéressée, qui est née en 1952, présente un syndrome anxiodépressif chronique sévère, caractérisé par des insomnies, des cauchemars, une tristesse de l'humeur et une hypervigilance et a commis deux tentatives de suicide. Elle souffre par ailleurs de fractures dues à des chutes répétées, de troubles neurologiques et d'une perte d'autonomie. Il n'apparaît pas, au vu des documents médicaux produits donnant des indications sur son suivi hospitalier et ses traitements médicamenteux en France, qu'il lui serait impossible d'accéder en Géorgie aux soins que son état de santé nécessite, alors que le lien éventuel entre son état psychiatrique et son pays d'origine n'est pas avéré, sa demande d'asile ayant été rejetée au motif que se déclarations quant à la réalité des persécutions rapportées étaient peu crédibles. Par suite, les moyens qu'elle invoque tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Si M. H soutient pour sa part qu'il est atteint d'une maladie dégénérative, dont il ne s'est pas prévalu, comme exposé au point 6, lorsqu'il a déposé la demande de renouvellement de son titre de séjour, les pièces à caractère médical produites n'établissent pas, toutefois, que son problème de santé présenterait les caractéristiques énoncées par le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / (). ".
9. Compte tenu de ce qui est jugé au point 7 alors que la présence en France de M. H est motivée par l'état de santé de son épouse, et de ce qu'ils ne sont pas isolés en Géorgie où réside leur fille, la préfète du Rhône n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Elle n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par la décision par laquelle elle a refusé, sur ce fondement, de renouveler la carte de séjour temporaire de M. H ni, en tout état de cause, par la décision par laquelle elle a refusé de renouveler celle de Mme H.
10. Compte tenu de ce qui précède, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire et du pays de renvoi ne sont pas illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.
11. Il suit de là que M. et Mme H ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions attaquées. Leurs requêtes doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme H sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E et B H et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
C. MichelL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
A. Lacroix
La greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Nos 2400054 ' 2400055
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026