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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400076

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400076

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP RIVA ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a statué sur deux requêtes d'une enseignante contestant le refus de reconnaissance d'un accident de service et son placement en congé de longue durée non imputable au service. Le tribunal a rejeté ses demandes d'annulation, considérant notamment que le défaut de notification formelle de l'avis du conseil médical, bien que constituant un vice de procédure au regard de l'article 15 du décret n°86-442 du 14 mars 1986, n'avait pas été de nature à influencer le sens des décisions contestées ou à la priver d'une garantie. La juridiction a ainsi jugé ces vices sans effet sur la légalité des actes administratifs attaqués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


I - Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024 sous le n° 2400076, Mme A... B..., représentée par Me Maurice, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 3 novembre 2023 par laquelle le directeur académique des services de l’éducation nationale du Rhône a refusé de reconnaître l’imputabilité au service de son accident survenu le 11 mai 2023 ;

2°) d’enjoindre au directeur académique des services de l’éducation nationale de l’académie du Rhône de reconnaître l’imputabilité au service de son accident et des arrêts de travail y afférents ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :
- l’avis émis par le conseil médical ne lui a pas été notifié, en méconnaissance de l’article 15 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ; il n’est donc pas démontré que cet avis est motivé ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- c’est à tort que sa demande de reconnaissance d’imputabilité au service de l’accident survenu le 11 mai 2023 a été rejetée.


Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, la rectrice de l’académie de Lyon conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.



II - Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024 sous le n° 2400773, Mme A... B..., représentée par Me Maurice, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le recteur de l’académie de Lyon l’a placée en congé de longue durée non imputable au service du 5 septembre 2023 au 4 mars 2024 ;

2°) d’enjoindre au recteur de l’académie de Lyon de la placer en congé de longue durée imputable au service ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de procédure au regard des dispositions de l’article 12 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- l’avis émis par le conseil médical est entaché d’un défaut de motivation ;
- l’arrêté attaqué est entaché d’un défaut de motivation ;
- dès lors qu’elle a été placée en congé de longue durée suite à l’accident de service survenu le 11 mai 2023, ce congé aurait dû être déclaré imputable au service.


Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, la rectrice de l’académie de Lyon conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.


Par courriers du 11 mars 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de ce que Mme B... n’avait pas intérêt à demander l’annulation de l’arrêté du 24 novembre 2023.


Vu les autres pièces des dossiers.


Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.



Ont été entendus au cours de l’audience publique, à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées, le rapport de Mme Lahmar et les conclusions de Mme Eymaron, rapporteure publique.




Considérant ce qui suit :



1. Mme B..., professeure des écoles du premier degré affectée dans l’académie de Lyon, a été victime d’un accident le 11 mai 2023, dont elle a demandé qu’il soit reconnu imputable au service le 24 mai suivant. Elle demande au tribunal, dans l’instance n° 2400076, d’annuler la décision du 3 novembre 2023 par laquelle le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) du Rhône a refusé de faire droit à cette demande et, dans l’instance n° 2400773, de prononcer l’annulation de l’arrêté du 24 novembre 2023 par laquelle le recteur de l’académie de Lyon l’a placée en congé de longue durée non imputable au service du 5 septembre 2023 au 4 mars 2024.

2. Les requêtes susvisées concernent la situation d’un même agent et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre et d’y statuer par un seul jugement.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision du 3 novembre 2023 :

3. Aux termes de l’article 15 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : « L’avis du conseil médical est motivé dans le respect du secret médical. / Il est notifié à l’administration et à l’agent par le secrétariat du conseil médical par tout moyen permettant de conférer une date certaine à cette notification. / (…) ».

4. Un vice affectant le déroulement d’une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n’est de nature à entacher d’illégalité la décision prise que s’il ressort des pièces du dossier qu’il a été susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu’il a privé, en l’espèce, les intéressés d’une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... a été informée, par courrier du DASEN du Rhône du 10 octobre 2023, que sa demande de reconnaissance de l’imputabilité au service de l’accident du 11 mai 2023 serait examinée par le conseil médical le 19 octobre suivant et qu’elle pouvait consulter son dossier et présenter des observations et pièces médicales. Toutefois, Mme B... fait valoir que l’avis émis par le conseil médical le 19 octobre 2023 ne lui a pas été notifié, ce qui est corroboré par le courriel produit en défense par le rectorat de l’académie de Lyon, lequel émane du secrétariat du conseil médical et indique que les avis émis par le conseil n’étaient adressés qu’aux agents qui en faisaient la demande jusqu’au mois de décembre 2023. En outre, la décision attaquée du 3 novembre 2023 se borne à faire état du sens défavorable de l’avis émis par le conseil médical, sans en indiquer expressément les motifs. Il ne ressort, par ailleurs, d’aucune des pièces du dossier que Mme B... aurait été informée de la possibilité de consulter le procès-verbal du conseil médical ou des voies de recours permettant de contester son avis. Dès lors, Mme B..., qui fait valoir que l’absence de notification de l’avis ne l’a pas mise à même d’en connaître la motivation et la composition du conseil médical, doit être regardée comme ayant été privée d’une garantie. Elle est, par suite, fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision du DASEN du Rhône du 3 novembre 2023.


En ce qui concerne l’arrêté du 24 novembre 2023 :

7. Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté contesté fait droit à la demande formée par la requérante le 5 septembre 2023 tendant à son placement en congé de longue durée à compter du même jour. Dès lors qu’aucun accident ou pathologie affectant Mme B... n’avait été reconnu imputable au service, le congé de longue durée accordé à la requérante était nécessairement non imputable au service et l’arrêté contesté, s’il fait état de cette précision, n’a ni pour objet ni pour effet de fixer cette imputabilité. L’arrêté attaqué est donc favorable à la requérante et les conclusions par lesquelles elle en demande l’annulation doivent être rejetées comme irrecevables.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

8. Eu égard à ses motifs, l’exécution du présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint à la rectrice de l’académie de Lyon de réexaminer la demande de Mme B... tendant à la reconnaissance de l’imputabilité au service de son accident survenu le 11 mai 2023. Il y a lieu, pour ce faire, d’octroyer à la rectrice un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.









D E C I D E :



Article 1er : La décision du 3 novembre 2023 du directeur académique des services de l’académie nationale du Rhône est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l’académie de Lyon de réexaminer la demande de Mme B... tendant à la reconnaissance de l’imputabilité au service de son accident survenu le 11 mai 2023 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2400076 et n° 2400773 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l’académie de Lyon.




Délibéré après l'audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Viotti, première conseillère,
Mme Lahmar, conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.




La rapporteure,




L. Lahmar
Le président,




H. Drouet
La greffière,




A. Villain



La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,

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